Le LEGS D'ANDRÉA est un roman-feuilleton en 30 épisodes publié à raison d'un épisode par semaine. Afin de ne rien manquer, vous pouvez vous abonner au blogue sous la rubrique « pour s'abonner ». Vous recevrez en primeur une notification chaque semaine. C'est gratuit ! Si vous avez manqué un épisode, allez à la rubrique « Rattrapage ».

LEGS (Épisode 21 : Zoé se raconte à Sophie)

Angkor@Photo de Marcel Viau

C’était l’un de ces beaux dimanches d’été. Lorsque Zoé sortit du CHSLD ce jour-là, elle avait décidé de marcher un peu. Pour sentir le soleil sur sa peau. Pour humer l’air humide. Pour entendre le bruit de la vie autour d’elle, alors que la mort rôdait dans tous les recoins de la résidence d’où elle venait. On demandait aux bénévoles d’être présents auprès des bénéficiaires à des périodes inhabituelles. Le dimanche était particulièrement pénible pour certains alors qu’ils voyaient la famille des autres visiter leur proche. Le cas de Madame Andréa était sans doute l’un des plus navrants. Seule au monde.

L’histoire de sa grand-mère lui revenait par bribes. Son enfance dans le village du bout du monde. Ses moments d’exaltation, enfant, devant les étoiles. Son mariage malheureux, abandonnée à son sort. Sa rencontre avec Pierre, son grand amour. Les révélations de Phil sur son grand-père. Toute une vie qui se déroulait devant ses yeux avec ces instants de bonheur et ses périodes de malheur. « Ni tout blanc, ni tout noir », se dit-elle.

Son attention fut captée par un groupe de personnes âgées sortant d’une église. Il était midi et quelques. Ce devait être la sortie d’une messe. Cela lui rappela ces brèves périodes où elle était entrée dans une église plus jeune. Sans se poser plus de questions, elle s’approcha du porche et pénétra dans l’édifice. Elle alla s’asseoir dans le dernier banc alors que quelqu’un s’affairait à mettre un peu d’ordre à l’arrière.

L’immeuble n’avait rien à voir avec les églises et les chapelles qu’elle avait vues jadis lors d’un voyage en France avec ses parents. C’était il y a longtemps, mais elle en avait gardé de vifs souvenirs. Son père, toujours plein d’énergie, avait préparé un itinéraire épuisant. Sa mère avait été rapidement fatiguée et restait parfois à l’hôtel, mais Zoé et lui avaient passé leur temps à s’émerveiller devant ces mastodontes qu’étaient les cathédrales gothiques. Elle avait toujours préféré cependant les petites églises romanes, plus sombres, mais aussi jusqu’à un certain point, plus chaleureuses. Elle se souvenait fort bien de l’abbaye (son nom déjà ?) encore occupée par une communauté. Au moment où ils étaient là, les moines priaient en chantant du grégorien. Zoé avait été charmée par l’atmosphère qui ressemblait un peu à celle d’aujourd’hui. Elle s’était demandé ce qu’il pouvait bien y avoir dans l’air pour produire un tel effet sur elle.

Zoé retrouvait dans cette église-ci un peu de cette ambiance très particulière, comme si les croyants qui venaient de quitter l’église avaient laissé une vibration spécifique qui n’avait pas encore eu le temps de se dissiper. Il y avait quelque chose de vaporeux dans l’air, de léger, d’intemporel. Elle regarda l’abside vide. Elle reconnut l’aménagement, mais n’aurait pas pu nommer les différents objets. Elle vit bien sûr le crucifix qui dominait l’espace.

Elle se sentit bien ici. Elle n’aurait pas su dire pourquoi. Depuis la mort de son père, ils étaient extrêmement rares les endroits où elle pouvait vivre cet état d’âme. Quand son père était là, la maison avait été un lieu animé, paisible et rassurant. Oui, alors elle se sentait bien. Ici et maintenant, elle se laissa aller à ce moment fugitif, la paix au cœur. Au contact d’Andréa, elle commençait à comprendre que la contemplation malsaine et égoïste de ses malheurs lui faisait du mal. Il y avait un univers autour d’elle, tout un monde qu’elle refusait encore de voir. Comme la Belle au bois dormant, elle s’était endormie piquée par le fuseau de la réalité et elle refusait d’ouvrir les yeux. Il était peut-être temps qu’elle se réveille.

Elle regarda de nouveau en avant, vit le crucifix et repensa à ses rencontres aux Narcotiques anonymes. Sa marraine Sophie lui avait parlé du Grand Bonhomme en haut. Zoé sourit en voyant le crucifix. Elle ne se l’était pas imaginé comme ça, sanguinolent, pendu à un gibet. Il n’était pas certain que celui-là ne pourra jamais l’aider. Elle essaya de se rappeler la troisième étape. Qu’est-ce que c’était déjà ? « Nous avons décidé de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous Le concevions. »

— Bonjour, vous désirez voir un prêtre ? lui dit un homme âgé.

Comme Zoé avait sursauté, l’homme s’excusa et répéta sa question.

— Non merci… je….

Zoé se leva brusquement et repartit vers la sortie sous l’œil interrogateur du vieux bonhomme.

Dès qu’elle mit un pied dehors, elle sortit son portable de sa poche arrière et signala le numéro de Sophie.

— Allô Sophie ? C’est moi, Zoé.

— …

— Moi aussi, je suis contente de te parler.

— ….

— Non, ça va, je t’assure. Je ne voudrais pas te déranger.

— …

— Tu es bien fine, Sophie. Je me demandais si nous ne pourrions pas nous voir aujourd’hui.

— …

— Luncher ensemble ? Pourquoi pas ? Tu es certaine que ça ne te dérange pas ?

— …

— Le bistro de la Gamelle ? Oui, je connais. À tantôt alors… et merci Sophie.

 

Quand Sophie entra dans le restaurant, elle ne passa pas inaperçue. C’était une femme très élégante sur ses talons hauts. Elle marcha vers Zoé avec la sûreté de celle qui avait réussi. Pourtant — elle aurait été la première à le reconnaître —, son attitude était le résultat d’une conquête quotidienne acharnée faite de hauts et de bas. Avant de s’asseoir en face de Zoé sur la banquette, elle alla l’embrasser alors que celle-ci resta assise.

— Allô la belle Zoé. Je suis si heureuse de te voir. Tu n’étais pas là la semaine dernière ? Ta nouvelle coupe de cheveux te va si bien. Tu me donneras le nom de ta coiffeuse.

— Moi aussi je suis contente. Non, je n’étais pas là. On commande et je t’explique.

Zoé n’avait jamais mis au courant sa marraine de ses tribulations. Il est vrai qu’elle n’était pas en état de faire la conversation au tout début, surtout à propos de choses qui la touchaient de près. Cette femme lui inspirait confiance toutefois. Elle n’aurait pas su dire pourquoi. Elle était rassurante. Et surtout, Zoé soupçonnait qu’elle avait dû franchir un sacré parcours du combattant avant d’arriver là où elle en était. Par ses témoignages, Zoé avait appris ses périodes de désespoir à un âge où les filles rêvent encore au Prince charmant. La séparation de ses parents, son désarroi, sa découverte de la drogue, douce d’abord, puis dure ensuite. Elle avait même fait un temps un peu de prostitution pour son propre compte, pour se payer sa dose.

Sophie était une survivante. Comment avait-elle fait ? Zoé se souvenait du jour où elle lui avait parlé du Bonhomme en haut. La troisième étape avait été la plus difficile à franchir pour elle. Elle ne croyait pas en Dieu. Elle n’y comprenait rien de toute façon. Ce n’était pas sa tasse de thé, comme elle le disait. Avec les NA, elle avait toutefois compris que d’affronter ce Dieu qu’elle trouvait pervers était inévitable. Ce fut une longue bataille émaillée de rechutes et de reprises. Jusqu’à ce qu’elle lâche prise.

Oui, Zoé avait une certaine admiration pour Sophie.

— Alors, Zoé, qu’est-ce qui se passe avec toi ?

— Je vais mieux… je le pense du moins. Je continue à suivre mon traitement pour me sevrer et je commence à en voir les effets. Je tremble moins, je ne vomis plus. C’est la grande forme quoi !

Les deux sourirent en même temps à la litote de Zoé. Celle-ci continua.

— Je pense t’avoir dit que j’avais failli aller en prison ?

— Non, tu ne me l’as pas dit. Tu n’étais pas très bavarde lorsque nous nous sommes rencontrées : un vrai chat sauvage. Tu te tenais dans ton coin, prête à attaquer tous ceux qui t’approchaient.

— T’as raison. J’étais si mal dans ma peau.

— J’ai connu ça, Zoé. Si tu savais comme j’ai connu ça.

Sophie la regarda avec tellement d’empathie que Zoé en fut émue.

— J’avais fait une belle connerie et je me suis retrouvée devant le juge. Je ne sais pas s’il m’a prise en pitié, mais il ne m’a pas jetée en prison. C’était ma première offense. J’ai eu droit à trois mois de travaux communautaires dans un CHSLD.

— Tu as été chanceuse. Le juge devait être dans ses bons jours. Ce n’est pas toujours le cas.

— Je suppose. Cela ne me plaisait pas, mais je m’en foutais. Me retrouver quotidiennement avec une bande de vieux avec un pied dans la tombe, ce n’était pas mon idéal de vie. De toute façon, je n’en avais pas d’idéal de vie… du moins, je n’en en avais plus.

La serveuse arriva avec les plats qu’elles avaient commandés quelques minutes plus tôt : Sophie une salade et Zoé un tartare de saumon. Ni l’une ni l’autre n’avait commandé de vin. Elles entamèrent leur plat en silence. Zoé continua.

— Il est arrivé un événement au CHSLD.

— Ah oui ! Lequel ?

— Un drôle de hasard. J’ai commencé à m’occuper d’une vieille dame difficile, alcoolique au dernier degré, en phase terminale. J’ai pensé un temps que cela faisait partie de ma punition : on m’avait envoyée auprès de la plus hargneuse des femmes.

— Et le hasard, il est où ?

— Je te le donne en mille : c’est ma grand-mère ! Je croyais qu’elle était morte. J’ai appris par la suite que mon père n’avait jamais voulu me la faire connaître. Je ne comprends pas encore les raisons de cette rupture entre les deux. C’est une femme brisée, tu sais, et cela ne date pas d’hier. Depuis quelque temps, elle s’est mise à me raconter son passé… C’est touchant… elle me touche, cette vieille dame.

— Et bien. Ça alors ! Pour un hasard, c’en est tout un. Moi tu sais, je ne crois pas au hasard. Je suis convaincue qu’il n’arrive rien pour rien en ce monde.

— Tu crois.

— J’en suis certaine. Ne me demande pas comment ça se passe, mais ça se passe. Quand une rencontre comme celle-là arrive, nous avons deux choix : faire semblant que c’est une pure coïncidence ou comprendre que c’est une perche tendue.

— Une perche tendue ?

— Mais oui ! Une perche tendue par le Bonhomme en haut.

— C’est drôle ce que tu me dis là. En fait, c’est un peu pour cela que je voulais te voir. J’étais dans une église tout à l’heure. Des souvenirs me remontaient de mon enfance, surtout des états d’âme que je ne m’explique pas. Je me suis demandé si cela avait à voir avec la troisième étape.

— J’en suis certaine. Tu en es là, Zoé. N’aie aucun doute là-dessus, tu en es là. Il n’en tient qu’à toi maintenant.

— Mais je ne sais pas quoi faire. Je ne comprends pas. Je ne peux pas m’expliquer ce qui m’arrive.

— Tu ne peux pas t’expliquer !… Pourquoi sens-tu le besoin de tout expliquer, Zoé ?

— Parce que je suis comme ça… C’est mon père qui m’a appris ça…

Zoé baissa la tête en disant cela. Sophie comprit immédiatement que Zoé venait de toucher une corde sensible. Elle eut la prudence ou la décence de ne pas insister. Elles commandèrent un café et se mirent à parler de banalités, de choses du quotidien. Elles rirent ensemble de certains événements. Elles bavardèrent comme de vieilles copines.

Mais Sophie n’était pas sa copine. Elle était la marraine de sobriété de Zoé et elle sa filleule. Sophie voyait que Zoé en était à une étape difficile et importante. Elle savait par expérience qu’elle devait l’accompagner là-dedans. Mais le choix de franchir cette étape en revenait exclusivement à Zoé. Sophie ne pouvait que suivre le courant. Cela lui aurait fait plus de tort que de bien de la pousser dans une direction ou l’autre. Le chemin qu’elle entreprenait maintenant, elle devait le faire seule.

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LEGS (Épisode 20 : Le tribut de Peio)

Oslo@Photo de Marcel Viau

Méduse était en pleine expansion. Peio avait de nouveaux projets d’achat de camions et d’agrandissement de ses entrepôts. Il visait le développement de son entreprise vers l’Espagne et vers l’Allemagne. Rien ne pouvait l’arrêter, surtout pas les timides manifestations qu’il rencontrait parfois lorsqu’il venait au bureau. Des socialistes qui voulaient syndiquer ses travailleurs. Peio se demandait bien pourquoi. Ses employés étaient bien traités. Ils ne voulaient rien de plus, même si l’on disait le contraire chez ses adversaires politiques : ils étaient sous-payés, pas de pensions, n’avaient pas suffisamment de protection sociale contre un éventuel coup du sort, etc.

Peio se voyait lui-même comme un bon patron. Il lui semblait que ses employés étaient tous contents de le voir lorsqu’il venait les rencontrer parfois, pas souvent il est vrai. On le saluait avec un sourire. Il leur disait des mots d’encouragement. Oui, ils étaient heureux de le voir. Mais très franchement, on ne peut pas dire qu’à cette époque, c’était le sort de ses employés ni même de son entreprise qui le préoccupaient le plus. Méduse était devenue sa vache à lait personnelle destinée à lui fournir en permanence et en abondance de quoi alimenter son train de vie extravagant. Il considérait que tout cela lui était dû, comme un droit inaliénable. Il était né sous une bonne étoile et suivait le chemin tracé par la Voie lactée, comme sa mère l’avait prophétisé jadis.

Un jour, il reçut une sorte d’avertissement, comme un éclair soudain et fugace dans un ciel bleu sans nuages. Comme d’habitude, il était allé danser au Cascarot, une discothèque à la mode à Biarritz. La musique était infernale, les lumières kaléidoscopiques créaient une ambiance hallucinée. Les corps sautaient sur place, entassés les uns sur les autres. Peio en était déjà à sa dose limite de cocktails et il commença en avoir marre. Les deux filles qui l’encadraient rivalisaient de minauderies en espérant que l’une d’elles serait choisie. Mais Peio décida de partir seul.

Il s’approcha lentement de sa voiture en se demandant s’il n’avait pas trop bu pour conduire lorsqu’il entendit une voix derrière lui. « Hé Mec ! ». Il ne se retourna pas, persuadé que l’interpellation ne s’adressait pas à lui : « Hé mec. C’est à toi que je parle ». Alors, Peio vira les talons et aperçut dans l’ombre celui qui lui parlait. C’était un clochard assis par terre le dos appuyé sur un muret. Il était sale et pouilleux, habillé d’un long manteau pouvant sans doute le tenir au chaud l’hiver, mais qui était nettement moins approprié pour cette saison. Il était barbu, hirsute, pas vraiment attirant.

— T’as une clope ? File-moi une clope.

Peio resta sur place pendant qu’il lui parlait, ne sachant trop comment réagir. Il avait l’habitude de voir ces mendiants dans certains quartiers où il allait. Jamais il ne se serait arrêté pour eux. Mais ce soir, allez savoir pourquoi, le type l’intrigua. Il sortit trois cigarettes de sa poche et s’avança vers lui, l’odeur le guidant.

Arrivé tout prêt du clodo, il lui présenta ses cigarettes.

— Je t’ai demandé une clope, pas trois.

Le clodo prit l’une des cigarettes, la posa sur ses lèvres et attendit. Peio resta figé.

— Et alors ! T’as du feu ?

Peio, comme s’il se réveillait, sortit son briquet en or et alluma la cigarette. En s’approchant du visage de l’homme, il put observer ses yeux. D’habitude les alcooliques finis ont les paupières lourdes et les yeux éteints. Mais pas celui-ci. Ses yeux brillaient littéralement dans le noir et ils le fixaient avec intensité.

— Il est l’heure…, lui dit le clodo comme s’il lui donnait un ordre.

Peio le regarda sans comprendre, se demandant ce qui se passait. D’habitude si sûr de lui, il se sentit — il ne savait trop comment dire — « vulnérable » en présence de ce mendiant. Pourtant, rien ne prédisposait cet individu à lui faire cet effet. Rien. Et Peio n’avait jamais été homme à se laisser intimider par quiconque. Normalement, il serait reparti sans demander son reste. Pourquoi avait-il plutôt décidé de rester ?

— L’heure de quoi ?

— Il est l’heure que tu paies ton tribut au roi.

— Qu’est-ce… c’est quoi ce… ce roi ? balbutia-t-il.

— Bien oui, le roi. Il faut que tu paies maintenant.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— C’est le roi qui t’a mis sur le trône. En retour, tu lui dois un cadeau.

— Un cadeau ? Quel cadeau ?

— Un cadeau de roi : une tête.

Peio était désemparé par cette conversation de plus en plus surréaliste. Qui était ce type ? Et pourquoi lui disait-il de telles choses ? Un illuminé qui apostrophait de la même façon tous ceux qu’il voyait ? Pourtant, il semblait s’adresser spécifiquement à lui, à lui seul, comme s’il le connaissait intimement. Pendant une fraction de seconde, Peio pensa que ce clodo était descendu de la voûte céleste pour lui parler. Pourtant, ce ne pouvait pas être le cas. Il avait sûrement trop pris de cocktails.

— Une tête ? Une tête de quoi ? demanda stupidement Peio

— La tête du monstre.

— Un monstre ?

— Celui que tu as créé.

— J’ai créé un monstre, moi ?

— Oui et tu ferais bien de la lui couper, la tête. Il faut payer ton tribut au roi.

Peio décida que le jeu était terminé. Il jeta un dernier regard sur le mendiant qui le fixait toujours. Il tourna ensuite sur lui-même et s’approcha rapidement de son auto sport. Arrivé tout près, il se retourna machinalement pour jeter un dernier coup d’œil au clodo. Il constata, surpris, qu’il n’était plus là. Peio jeta un regard à la ronde afin de tenter de l’apercevoir, sans succès. Il n’était vraiment plus là, il avait disparu, comme s’il n’avait jamais existé.

Peio secoua la tête en souriant. Il se dit qu’il avait sûrement rêvé cette rencontre. C’était même certain. Il avait trop pris de cocktails. Il s’apprêta à prendre ses clés dans sa poche lorsqu’il sentit quelque chose dans sa main. Il la leva vers lui, puis l’ouvrit. Il regarda longuement ce qu’il tenait.

Il y avait là un briquet et deux cigarettes. Seulement deux.

Peio oublia cet incident jusqu’au jour où les événements se précipitèrent. Cela avait commencé par quelques actes isolés de vandalisme sur ses camions. Il n’y avait pas pris garde au début, certain que c’était ces foutus socialistes. Croyaient-ils vraiment qu’on lui ferait peur ? Il avait rapporté ces faits à la police sans plus s’en préoccuper.

Ensuite — c’était plus sérieux —, une compagnie bretonne spécialisée aussi dans le transport réfrigéré, Céto et cie, était récemment venue s’installer dans la région. De prime abord, il n’y avait là qu’un fait des plus banal. Céto avait acheté un petit entrepôt abandonné et l’avait rénové. Personne n’avait vu plus de deux ou trois camions sur le parking, rien à comparer à la flotte de la trentaine de semi-remorques de Méduse.

Peio ne s’inquiéta pas jusqu’à ce qu’il prenne des renseignements sur la compagnie. C’était en fait l’une des plus grosses entreprises de transport de Bretagne dans ce créneau. Sûr de lui comme il l’était, il n’avait jamais pris la peine de s’informer des entreprises qui pouvaient lui faire du tort. Et là, c’était bien le cas. La stratégie de Céto était toujours la même. Elle s’installait dans une région côtière en faisant profil bas. Elle se constituait lentement un réseau local en cassant les prix. Quand le poisson était ferré, elle prenait rapidement de l’expansion. Peio ne s’était pas méfié, mais Céto en était déjà rendu à un point de non-retour.

Rien ne sembla ébranler la confiance de Peio en sa bonne étoile. Il ne voyait rien tout en continuant comme avant, plus qu’avant même, à dépenser sans compter, séjournant dans les meilleurs hôtels d’Ibiza ou perdant des sommes astronomiques à Monte-Carlo. Il délaissa de plus en plus la gestion quotidienne de Méduse aux mains de ses comptables et de ses avocats.

Puis un jour, il reçut un coup de fil de sa banque. On lui annonça que son découvert était beaucoup trop élevé. On lui demanda de rembourser ses dettes dans les plus brefs délais. Lorsque Peio s’assit avec ses comptables pour examiner la situation, il prit conscience de l’état catastrophique des finances. Méduse était au bord du gouffre. Pour la première fois de sa vie, Peio fut confronté à une situation qu’il ne pouvait pas contrôler et il dû demander des conseils, ce qui le répugnait au plus haut point. Il fallut engager un expert afin d’effectuer un audit qui lui révéla l’état de sa situation : elle était désespérée. Même s’il réduisait la taille de l’entreprise en vendant certains actifs, en licenciant des employés et en réduisant drastiquement son niveau de vie, il était sans doute trop tard.

La nouvelle commença à se répandre. Méduse avait le cou dans la guillotine et ce n’était qu’une question de semaines, voire de jours, avant que la lame tombe. Les fournisseurs se bousculèrent au bureau pour se faire payer. Les employés qui le croisaient lui demandèrent avec des visages inquiets :

— M. Loyola, c’est vrai ce qu’on dit : Méduse va déposer son bilan ?

Peio s’efforça de calmer tout le monde en disant que c’était une mauvaise phase normale dans une entreprise en expansion, qu’il fallait être patient et surtout ne pas cesser de se battre pour la compagnie. « Ensemble, nous allons y arriver », disait-il avec une conviction feinte. Il est vrai qu’il avait toujours été un beau parleur. Il maîtrisait bien les fibres sensibles autant des consommateurs que des fournisseurs ou des employés. Mais il était inquiet. Et surtout un sentiment nouveau s’insinua chez lui qu’il n’avait jamais connu auparavant : la peur.

Toutefois, Peio ne reconnut pas cette peur en lui, tout simplement parce qu’elle était inavouable. Il n’en resta pas moins qu’elle le faisait hésiter sur les actions à prendre et surtout sur ses propres capacités à relever le défi. Lui qui avait toujours cru aveuglément en lui, il était en train de comprendre que cette confiance démesurée n’était peut-être qu’un leurre soigneusement entretenu par sa mère. L’idée qu’il s’était toujours faite de son destin éclatait en mille morceaux.

Son orgueil démesuré lui fit se chercher des excuses. C’était cette compagnie de merde qui ne jouait pas franc-jeu. C’était ses employés qui n’étaient pas suffisamment productifs. C’était les banques, ces requins, qui étaient trop pressées et trop gourmandes. Personne ne disait rien quand ils s’en mettaient plein les poches. Maintenant, ils étaient tous à l’affût de sa débandade. De petits diablotins venaient même lui souffler à l’oreille : « ne te laisse pas entraîner dans la chute. Va-t’en loin et laisse tout cela derrière toi ». Il était horrifié par cette idée qui allait à l’encontre de tous ses principes. Il leur répondait alors : « Je ne suis pas un lâche. Je suis Peio, celui que les étoiles ont désigné pour faire de grandes choses. Je ne m’enfuirai pas et j’affronterai mon destin. »

Jamais il n’avait été si abattu que le jour où son frère Iban lui tomba dans le bras en pleurs. On venait de lui apprendre que sa prochaine tournée à Rungis serait la dernière.

— Ce n’est pas vrai, Peio. Dis-moi que ce n’est pas vrai. Tu avais promis. Tu te souviens ? Tu avais promis.

— Calme-toi, Iban, calme-toi ! Je suis vraiment désolé. Vraiment désolé. Je ne peux rien y faire. Je suis pris à la gorge.

 — Mais tu peux tout faire, mon grand frère. Je le sais.

— Non, Iban, je ne peux plus rien faire. Nous allons fermer boutique dans quelques jours.

Peio était si triste de voir pleurer sur son épaule, ce grand gars baraqué. Peio en avait les larmes aux yeux. Son pauvre frère, dans son si simple raisonnement, se sentait trahi par lui. Et pourtant, il ne lui en voulait pas. Il avait encore un espoir que Peio puisse transformer la situation. Il pouvait tout.

— Ce n’est pas possible Peio. Ce n’est pas possible. Qu’est-ce que je vais devenir ?

— Tu trouveras autre chose, Iban. Tu es un bon conducteur de camion. Tout le monde le sait.

Iban le regarda alors d’un air si désespéré que Peio baissa les yeux.

— Non Peio, je ne pourrai jamais trouver un autre travail. Jamais.

Puis il partit pour sa dernière tournée à Rungis sans même le saluer. Peio ne le savait pas encore, mais ce jour-là avait été décisif pour lui.

La faillite de Méduse avait été déclarée deux jours plus tard. La tête du monstre venait de tomber.

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LEGS (Épisode19 : Peio et Méduse)

Bangkok@Photo de Marcel Viau

Peio avait perdu aux élections législatives de 1973. Ce fut un coup dur. Même s’il prenait de gros risques en se présentant à un tel poste — il était trop jeune, on le lui avait répété —, il n’avait pas écouté les conseils. De toute façon, ce n’était sûrement pas de sa faute. Ses collaborateurs avaient foiré, on ne l’avait pas assez soutenu au parti, les fonds avaient manqué pour faire une campagne plus agressive, etc.

Peio était quelqu’un de très sûr de lui et de sa destinée. Il avait été encouragé par sa mère dès son plus âge à accomplir de grandes choses. Elle lui avait appris à croire en lui, à prendre son destin en main. Elle lui avait enseigné à se forger un caractère trempé de probité et de loyauté, seul capable de le propulser dans les plus hautes sphères. Quand ils regardaient ensemble les étoiles au bord de la mer, elle lui montrait la Voie lactée : « Ton chemin ressemblera à celui-là », lui disait-elle avec un accent espagnol qui ne l’avait jamais quitté.

Sa mère, Daniela, avait elle-même eu un destin peu commun. Elle était née dans le pays basque espagnol, deuxième enfant d’une famille aristocratique qui s’était ralliée aux Républicains dès le début de la guerre civile espagnole en 1935. Son père, un ingénieur de formation et grand amateur de la culture gréco-romaine, avait même été un acteur important dans la Euzko Gudarostea, l’armée basque qui se battait contre les troupes de Franco. Déjà membre du gouvernement républicain hostile à la montée des Nationalistes qui voulait le renverser, il avait été horrifié par le bombardement de Guernica, celle ville symbole rasée par l’aviation allemande, ce qui l’avait incité à prendre les armes.

Sa fille Daniela de même que son frère plus vieux avaient aussi pris part aux combats jusqu’à la fin de la bataille de Bilbao. Le père et le frère y avaient perdu la vie. Elle seule avait pu en réchapper en embarquant sur une petite chaloupe de pêche. Le père de Peio l’avait récupéré en mer, blessée, épuisée et déshydratée. Il l’avait recueillie chez lui, avait pris soin d’elle et l’avait finalement mariée. Jamais elle n’avait voulu remettre les pieds dans son pays d’origine tant que Franco serait au pouvoir. Trop de mauvais souvenirs la hantaient, trop de morts inutiles, trop de massacres de civils innocents. Elle en avait trop vu.

Daniela avait gardé de cette époque un sens très vif de l’honneur. Elle avait combattu solidaire avec des hommes et des femmes qui avaient cru en leur cause. Malgré les nombreuses dissensions et les multiples idéologies de cette armée disparate, une chose les tenait ensemble : la loyauté envers les camarades, la fidélité indéfectible envers leurs sœurs et frères d’armes. Elle avait vu des braves refuser de se retirer d’une position dangereuse et tombés au combat pour protéger les autres. Elle avait elle-même sauvé in extremis un collègue en l’aidant à s’extirper, blessé, d’une zone de combat. Peio avait une haute considération pour sa mère.

S’il avait appris de son père le travail manuel et le sens de l’effort, il tenait de sa mère sa culture classique. Elle jouait du piano à merveille, un instrument qu’elle maîtrisait déjà très jeune. Malgré la pauvreté relative dans laquelle ils avaient vécu au début, elle n’avait jamais voulu se départir de son piano droit qui sonnait faux. Quand elle jouait, il arrivait souvent au petit Peio de s’asseoir à côté d’elle, sentant le mouvement de ses mains et de son corps près de lui.

Elle lui avait appris à lire très jeune. Bien avant qu’il aille à l’école, il avait déjà lu les contes de Perreault et un ou deux romans de la Comtesse de Ségur. Comme son père avant elle, la mère de Peio était férue de littérature grecque qu’elle lisait dans la langue d’origine. C’était elle d’ailleurs qui avait trouvé le nom de l’entreprise que son père avait mise sur pied et que Peio dirigeait maintenant : Méduse.

Pratiquement tout le monde croyait que ce nom venait des animaux marins gélatineux que l’on retrouve en abondance dans le golfe de Gascogne. Pourtant, on avait tort. Lorsque son père avait décidé que la pêche n’était pas suffisamment rentable pour faire vivre sa famille, il avait eu l’idée d’acheter à crédit un et puis deux camions réfrigérés destinés au transport des poissons et des crustacés sur de longues distances. À l’époque, le marché se développait à peine. De nouvelles technologies de réfrigération mobile rendaient plus accessible la distribution de la précieuse marée. À cette époque encore, près de 60 % de la cargaison se perdait en route. Le nouveau système permettait de réduire cette perte à 30 %.

Lorsque le père de Peio avait cherché un nom pour son entreprise, sa mère s’était tout naturellement tournée vers la mythologie grecque. Elle avait pensé à Méduse, l’une des trois Gorgones dont le seul regard a le pouvoir de pétrifier tout mortel. De la pierre à la glace, il n’y avait qu’un pas symbolique à franchir. Le démarrage de l’entreprise avait été difficile. Méduse ne faisait pas ses frais. Son père avait été un bon pêcheur, mais un médiocre homme d’affaires.

Lorsque Peio s’était associé à lui tout en continuant ses études, l’affaire avait pris son envol. L’entreprise avait acheté d’autres camions et fait construire un entrepôt frigorifique, des garages et un bureau dans la zone industrielle de Saint-Jean-de-Luz. L’entrepôt s’était rapidement avéré trop petit. Il avait fallu l’agrandir au cours des années. Le succès de Méduse reposait sur le transport des surgelés. La plupart des camions-remorques pouvaient charger jusqu’à vingt tonnes de marée. Pour la plupart, ils filaient directement sur Rungis pendant la nuit afin d’approvisionner les fameuses halles de Paris.

À l’âge de vingt et un ans, Peio était déjà le maître incontesté de Méduse. Son père avait décidé de se retirer après quelques années de camionnage, heureux de laisser aux mains de son fils génial une entreprise qu’il n’aimait guère. Cet investissement avait été pour lui un gagne-pain pénible qui lui avait fait regretter les nombreuses heures de travail en mer.

Méduse faisait vivre plus d’une centaine d’employés de la région, des ouvriers travaillant à l’usine de réfrigération et quelques dizaines de camionneurs. Elle était l’un des fleurons non seulement de la ville, mais aussi du pays basque en entier. Sa popularité tenait autant à son succès économique qu’à une bonne dose de marketing. Peio était passé maître dans l’art de vendre le label de son entreprise.

Par ailleurs, le succès avait aussi apporté une bonne dose de récriminations et de rancunes. Il y avait ceux qui n’avaient pas su apercevoir à temps ce filon prometteur et qui rongeaient leur frein en attendant la chute de ce géant au pied d’argile. Ceux aussi qui ne profitaient pas des retombées économiques de cette manne et qui cherchaient par tous les moyens à lui mettre les bâtons dans les roues, par pure jalousie. Ceux enfin, bien intentionnés, mais lucides, qui se demandaient jusqu’où la chance allait durer pour cette étoile filante surfant à la limite de sa marge de crédit. On craignait le coup du sort ou le brusque changement du cycle économique qui viendrait mettre une fin brutale à cette aventure.

Enfin, on trouvait les éternels insatisfaits, syndicalistes ou autres, qui reprochaient à Peio de s’enrichir sur leur dos de ses employés. Il est vrai que son train de vie prêtait à de telles attaques. Peio était un homme flamboyant qui aimait montrer au tout venant sa réussite. Il donnait des pourboires démesurés dans les palaces où il descendait ou dans les restaurants trois étoiles Michelin. Il pouvait payer régulièrement la tournée à tout le monde dans les bars. Il s’habillait avec des vêtements griffés, possédait plusieurs automobiles, dont une Bentley hors de prix. Il avait un chauffeur, très peu utilisé parce qu’il préférait conduire lui-même, une cuisinière et quelques domestiques.

Peio était un bon patron selon les dires de la plupart de ses employés. Il engageait de préférence des gens de la région qui devait faire vivre leur famille et dont c’était le seul revenu. Il aidait aussi sa propre famille. Ses parents vivaient dans une nouvelle maison au bord de la mer. Il payait les études de ses deux sœurs et surtout il faisait travailler son plus jeune frère Iban.

On avait diagnostiqué chez Iban dès son plus jeune âge un « léger retard de développement », une litote trouvée par le médecin pour ne pas parler de handicap mental. Il avait eu beaucoup de difficulté à l’école. Peio l’avait beaucoup aidé à faire ses devoirs scolaires. Il le revoyait, peinant à écrire la moindre phrase, tirant la langue et suant à grosses gouttes sur son cahier. Son grand frère l’avait toujours protégé à l’école, démolissant à coup de poing tous ceux osant s’en prendre à lui.

Dès qu’il avait été en âge, Peio lui avait mis entre les mains l’un de ses camions. À son étonnement, il avait rapidement appris à conduire ces mastodontes et s’était pris d’une véritable passion pour les transports au long cours. Il avait trouvé sa voie. Quand il arrivait dans la cour avec son camion vide, il se précipitait dans le bureau de Peio et lui disait immanquablement. « Allô, grand frère, c’est fait. Tu dois être fier de moi ». Peio adorait son frère. Oui, il l’adorait.

Récemment toutefois, après un retour de Rungis, il vint voir Peio avec moins d’enthousiasme.

— Allô grand frère.

— Hey Iban ! Encore un beau voyage ?

— Oui, oui. Un beau voyage.

— Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’as pas l’air réjoui.

— Oui, oui. Pas de problème.

Quelque chose clochait, Peio le voyait bien. Iban avait toujours eu des hauts et des bas. Autant pouvait-il s’emballer pour un petit rien, autant tombait-il inactif sans raison. Il ressemblait à leur père à cet égard. Alors Peio s’approcha de lui et le prit par les épaules en lui disant.

— Allons, Iban, je te connais. Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Non… rien…

— Quelqu’un t’a fait du mal ?

— Non. Personne.

— Tu me le dirais n’est-ce pas ? Je ne tolère pas que l’on te fasse du mal.

— Non… Ce n’est pas ça…

Lorsqu’il était dans cet état-là, Iban se refermait comme une huître et il était difficile de lui arracher quoi que ce soit. Seul Peio y arrivait… parfois.

— Voyons Iban, tu peux me le dire. Je suis ton grand frère. Tu sais que tu peux tout me dire.

— C’est parce que… Il y a quelqu’un à Rungis qui…

— Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

— Il ne m’a rien fait, mais il savait que j’étais ton frère et il m’a parlé de toi.

— Et alors ?

— Tu sais… je ne l’ai pas cru…

— Qu’a-t-il dit, Iban ? Tu peux me dire, ne t’en fais pas.

— Il a dit… il a dit que tu n’étais pas très prudent, que tu dépensais trop et que tu étais au bord du gouffre.

— Ah ce n’est que ça ! J’entends dire des choses comme ça tous les jours.

— Mais lui, il avait l’air sérieux. Il me disait cela comme pour me prévenir. Qu’est-ce que je ferais moi, si la compagnie fait faillite ? Qu’est-ce que je deviendrais ? Conduire un camion, c’est toute ma vie.

— Que me chantes-tu là ? La compagnie ne fera pas faillite voyons. Puis tu ne perdras pas ton emploi non plus.

Peio dit ces derniers mots sans réelle conviction. Iban sut par intuition quand Peio n’était pas sincère.

— Peio, tu me le dirais si les choses allaient mal, n’est-ce pas ?

— Bien sûr. Je te le dirais, mais ce n’est pas le cas. Tu peux te fier à ton grand frère. Ça n’arrivera pas. Tu as confiance en moi ?

— J’ai confiance en toi, mon grand frère. Ça n’arrivera pas.

Peio était si sûr de sa bonne étoile que même s’il décelait certains signes annonciateurs, il était persuadé que rien ne pourrait le faire dévier de sa route. Il voulait faire de Méduse la plus importante société de transport réfrigéré d’Europe. Il y arriverait, c’était absolument certain dans son esprit. Il croyait en lui au-delà de toutes mesures. Sky is the limit. Seul le ciel pouvait l’arrêter.

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