UNE ORCHIDÉE DANS LE JARDIN D’HIVER est un roman publié en 8 chapitres sur une base bimensuelle. Pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner au site sous la rubrique « pour s’abonner ». Si vous manquez un épisode, vous pouvez vous rattraper en allant sous la rubrique « rattrapage ».

CHAPITRE 6 : Aux marches du palais

Camion de police des années trente

Ça sent bon quand la neige commence à fondre. C’est beau aussi. Le soleil est très fort ; quand il s’y met, la neige n’a qu’à bien se tenir. Ce qui reste de cette neige est toute grise et sale. À certains endroits. Elle est même presque noire, surtout devant la petite bicoque. Mais elle fond très vite.

À cette période, maman travaillait très fort. Elle disait souvent : « Il faut que je finisse cette batch au plus vite ». Elle travaillait tard dans la soirée et commençait tôt le matin. Elle était fatiguée, je le voyais bien. Elle avait de grands cernes sous les yeux. Pour ne pas la déranger, je lui demandais la permission d’aller jouer dehors. Elle me disait alors : « Tu peux y aller ma Peggy, mais reste bien dans la ruelle. Il y a trop d’autos devant la maison. » Je sais bien que c’est dangereux devant la maison, à cause des autos, alors je n’y vais pas. Mais dans la ruelle, c’est moins drôle. Tout ce qu’il y a à voir, ce sont le derrière des autres vieilles bicoques, les cordes à linge pleines de vêtements qui sèchent et les escaliers de bois tout tordus. 

Quand je suis sortie, il y avait déjà des enfants qui jouaient au ballon, qui se criaient des noms ou se chamaillaient et se bousculaient, des garçons surtout. Les filles, elles jouaient à l’enfer et au paradis en sautant d’un pied sur l’autre. Elles ne voulaient jamais jouer avec moi. « T’es bien trop grande pour jouer avec nous », qu’elles me disaient. Les garçons, eux, ils se moquaient de moi, me faisaient des grimaces. Mais cela ne me faisait rien, je continuais à leur sourire.

Ce que j’aimais bien, c’est quand les voisins de l’autre côté de la rue sortaient mon ami Henri. Il est en fauteuil roulant. Ils le descendaient du deuxième étage en prenant toutes les précautions du monde. Ils le laissaient au bord de la ruelle afin qu’il puisse profiter du soleil et regarder les autres jouer. Les autres enfants avaient peur de lui et ne s’approchaient jamais. Pas moi. J’allais le voir chaque fois qu’il était là. Il a toujours l’air très content quand j’arrive. Il s’agite dans son fauteuil et les bras lui partent dans toutes les directions. Ça veut dire qu’il est content de me voir. Il ne parlait pas, comme moi.

Parfois, quand il tentait de parler, je le comprenais. C’est la même chose pour lui quand je lui parlais… quand je lui parlais à ma façon, bien sûr. Nous nous comprenions, il me semble. Je lui disais que maman travaillait fort et qu’elle était fatiguée. Il me disait qu’il avait mangé du bon poulet au dîner. Des choses comme ça, quoi. Nous nous comprenions, mais personne d’autre ne nous comprenait avec nos simagrées et nos sons bizarres. 

Il est très gentil. Je l’aime bien, Henri. C’est mon ami. Il me défend aussi. Quand un ou deux garçons voulaient s’approcher pour me taquiner, il leur faisait peur en agitant les bras, en criant et en faisant des grimaces. Ils partaient tout de suite en courant. Après cela, il me regardait avec une petite lueur dans les yeux en me disant à sa façon : « Ils ne t’embêteront plus tant que je serai là ». Et moi, je lui répondais par des petits sons et des grognements : « Ça ne me fait rien, tu sais. Si ça les amuse. »

Ce jour-là, nous avons bien ri tous les deux. Quand il rit, Henri le fait d’une bien bizarre de manière. Il s’agite dans tous les sens, sa bouche reste grande ouverte, et il sort des sons pas possibles. Si l’on ne savait pas qu’il riait, on penserait qu’il fait une crise. Bref, il est arrivé quelque chose de très drôle. Nous avons vu arriver M. Poitras dans la ruelle en zigzaguant et en s’arrêtant à chaque poteau pour se tenir. M. Poitras est plutôt gros. Pas très grand, mais gros. Il avait un chapeau sur la tête qui ne lui faisait pas du tout, car il était trop petit pour lui. Il passait son temps à le tenir ou à le ramasser.

M. Poitras est arrivé près de sa maison. Son logement étant au deuxième étage, il devait prendre l’escalier de bois qui branlait sous son poids. Il a commencé à monter en se tenant à la rampe solidement. Il semblait faire beaucoup d’effort pour se tenir sur ses pieds. Arrivé à mi-chemin, il a levé la tête et a vu Mme Poitras qui l’attendait sur le palier. Mme Poitras, c’est une toute petite femme maigrelette aux cheveux noirs. On ne le dirait pas comme cela, mais elle a beaucoup d’énergie. 

Quand M. Poitras a vu Mme Poitras, il s’est arrêté tout net. Après un instant d’hésitation, il lui a dit.

— Allô mon minou ! Tu prends du soleil ?

Puis, il a vu qu’elle tenait une poêle à la main.

— T’étais en train de faire cuire un steak ?

Mme Poitras n’avait pas l’air contente du tout. Elle lui a répondu :

— Où est-ce que t’étais encore passé, Roger ?

— Ben voyons, mon Minou, je cherchais une job, comme tous les jours.

M. Poitras, quand il parlait, on aurait dit qu’il avait des patates chaudes dans la bouche.

— Maudit menteur, que lui a répondu Mme Poitras. T’as encore passé la journée à la taverne.

— Pas toute la journée, mon minou. Juste un peu. Il fallait quand même que je me repose. C’est difficile, tu sais, de trouver une job.

— C’est sûr, les jobs sont rares à la taverne. Pis, c’est pas tes chums qui vont t’aider. Y sont aussi flanc-mou que toi.

— Ben voyons, mon minou…

— Crisse de soulon ! Tu sers juste à dépenser les sous qu’on a. Tu sers à rien, maudit flanc-mou !

— Ben mon minou… Laisse-moi t’expliquer…

— Va cuver ta bière ailleurs. Moi, je veux plus te voir icitte. Sacre ton camp !

Là, M. Poitras a voulu monter une marche de plus pour s’approcher de Mme Poitras. Elle a levé sa poêle bien haut dans les airs, comme pour le frapper. Alors M. Poitras a eu peur. Il a voulu se retourner pour descendre, mais il a perdu pied, est tombé sur son derrière et a descendu le reste des marches sur les fesses. En descendant, il a perdu son petit chapeau qui a disparu sous l’escalier. Arrivé en bas, il s’est relevé en se frottant le derrière, a saisi au plus vite son chapeau et est parti en trottinant pendant que Mme Poitras lui criait.

— Mon crisse de soulon, ne reviens plus jamais icitte !

Dans la rue tout le monde s’était arrêté de faire ce qu’il faisait et riait beaucoup. Quand M. Poitras est passé devant les garçons, ils se sont moqués de lui en lui criant.

— Chicken ! T’as peur d’une p’tite bonne femme comme ça ?

Pas longtemps après cela, Henri et moi, nous avons vu arriver en courant un gamin tout barbouillé de noir qui tenait une poche de jute à la main. Elle avait l’air lourd. Il courait très vite. Puis, il est entré dans l’une des maisons au rez-de-chaussée. Derrière lui, il y avait un grand policier qui courait moins vite que lui. Il était vraiment grand. Il essayait de rattraper le gamin. En arrivant près des garçons, il s’est arrêté tout essoufflé et leur a demandé.

— Avez-vous vu le voleur ?

Les garçons avaient pris leur air le plus innocent et faisaient tous non de la tête.

— Ben oui, il est entré dans ruelle en courant avec une grosse poche de charbon. Il vient juste d’en voler dans le port.

Les garçons faisaient semblant qu’ils ne savaient pas de quoi il parlait.

Le policier s’est alors approché de nous, Henri et moi. Il nous a regardés avec un air de dire : « Ça ne sert à rien de leur parler à ces deux-là ». Puis est reparti par où il était venu. 

Les garçons se sont tous mis à rire en même temps en regardant la porte où le voleur était entré et ils ont continué à jouer au ballon.

C’est vrai que ce n’est pas beau de voler. Rose m’a déjà parlé d’un des commandements de la Bible qui disait : « Tu ne déroberas point ». « Dérober », ça veut dire voler. Le Bon Dieu, il ne veut pas qu’on prenne ce qui ne nous appartient pas. Mais il faut dire quand même que lorsqu’une famille n’a pas de sous pour acheter de quoi chauffer le poêle, ce n’est pas bien non plus. C’est compliqué parfois !

Puis, j’ai entendu maman crier : « Peggy, rentre à la maison ». Je lui ai fait un signe, et j’ai salué mon ami Henri de la main. Il s’est mis de nouveau à s’agiter sur son siège.

Arrivée à la maison, j’ai vu que Loulou était arrivée. Presque tous les samedis, Loulou vient faire un tour à la maison. Loulou, c’est vraiment la meilleure amie de maman. Dès que je suis entrée, les deux avaient un grand sourire. Elles m’ont prise par la main toutes les deux et m’ont amené dans le salon près du fauteuil. Elles m’ont montré une belle robe qui était étendue là. Je ne l’avais jamais vu auparavant. Maman a dit :

— Regarde ce que Loulou t’a donné. Une belle robe ! Elle n’est pas neuve, mais elle est plus propre que celle que tu as.

Je ne comprenais pas ce que maman voulait dire. La robe que j’avais était propre. Je faisais bien attention de ne pas la salir. En tout cas ! Maman m’a demandé d’essayer la nouvelle robe. C’est ce que j’ai fait. Je savais comment faire parce que j’essayais presque tous les jours de nouvelles robes lorsque nous habitions le manoir. Elle était bleu foncé avec une collerette blanche. Quand je l’ai essayée, je trouvais qu’elle me faisait bien, mais maman s’est mise à faire des ajustements avec des épingles en disant à chaque fois : « Il faudra rétrécir ici, élargir là ». Quand l’essai a été terminé, il y avait plein d’épingles partout. Je sais que maman allait travailler sur la robe pour une partie de la journée. Elle est bonne couturière, maman. 

— Tu sais comment j’aurais aimé pouvoir t’aider lundi, a dit Loulou. J’aurais pu garder la grande.

— Non, c’est correct comme ça. De toute façon, je tiens à ce que Peggy m’accompagne.

— Un palais de justice, ce n’est pas la meilleure place pour elle.

— Peut-être. Peut-être.

— En plus, es-tu certaine de pouvoir entrer ? Étant donné la publicité autour de Kenny, il va y avoir une foule pour l’attendre de pied ferme aux portes du Palais de Justice. Ils vont sûrement tous vouloir entrer. Je te dis qu’ils ne le manqueront pas. Ils lui mettent tout sur le dos : la pauvreté, le chômage, même la Crise. En plus, on le traite de fraudeur.

Alors maman a dit entre ses dents.

— Il peut bien crever…

Puis, elle a ajouté.

— Nous allons pouvoir entrer, ne t’inquiète pas. Après tout, nous sommes de sa famille, non ? De toute façon, il s’agit seulement de l’enquête préliminaire.

— Ah ce n’est pas le procès ?

— Non, Loulou, pas encore. Il faut que le juge décide s’il y a assez de preuves pour l’emmener au procès.

— Ça veut dire qu’il est possible qu’il n’y ait pas de procès.

— Oui, c’est possible… Mais je t’avoue qu’étant donnée la pression populaire, ce sera difficile pour le juge de ne pas l’emmener au procès. Encore faut-il que le juge ne soit pas acheté. Kenny est capable de tout…

— Tu penses vraiment qu’il serait capable de ça.

— Eh oui ! Je n’ai plus aucune illusion sur mon charmant beau-frère. Aucune.

Loulou et maman ont cessé de parler. On entendait toujours les garçons crier dehors en jouant au ballon.

***

Maman et moi, nous sommes descendues du tramway juste en face d’une place où l’on apercevait la statue en bronze d’un grand monsieur. Il portait fièrement un drapeau dans une main alors qu’il tenait une épée dans l’autre. Il avait aussi un large chapeau au bord relevé, une tunique, des pantalons et de hautes bottes aux bords repliés. Autour de lui, d’autres messieurs étaient déguisés de la même façon, sauf pour un Indien avec des plumes qui n’avait pas beaucoup de vêtements sur lui.

Je tenais maman par la main pour nous rendre au Palais de justice. Il fallait descendre une grande côte. C’était amusant. Maman m’a empêchée d’aller trop vite. Lorsque nous avons tourné le coin de la rue, j’ai entendu des cris. Une grande foule était rassemblée devant un bâtiment « imposant ». Il était en pierres grises, carré comme une boîte de chaussures. Le plus impressionnant, c’était les grandes colonnes qu’on voyait devant. Il y avait une, deux, trois, quatre, cinq…. C’était trop. Il y en avait trop pour toutes les compter.

J’avais quand même un peu peur lorsque nous nous sommes approchées de la foule. Il y avait plein de messieurs, mais aussi des dames qui criaient avec le poing levé : « En prison, le crook » ou encore « Maudit bandit d’Anglais ». Ils hurlaient des choses très vilaines. Je ne savais pas de qui ils parlaient. Maman et moi, nous nous sommes approchées par le côté et faufilées dans la foule. Ce n’était pas facile parce que nous nous faisions bousculer. Mais maman, elle est forte. Elle poussait les gens devant elle et me tirait par la main.

Arrivées près des marches du palais, nous nous sommes arrêtées. Au coin de la rue, un camion tout noir a tourné au ralenti. Des policiers poussaient les gens qui attendaient et qui criaient de vilaines choses. Le camion, c’était une espèce de grosse boîte carrée sur des roues toutes minces. Il y avait de petites fenêtres en hauteur sur les côtés. Quelque chose était écrit en grosses lettres en dessous de ces fenêtres. J’ai reconnu un « p » et un « c ». Je ne sais peut-être pas lire, mais je suis capable de reconnaître certaines lettres. Je ne suis pas idiote !

Quand le camion est arrivé à la hauteur des escaliers menant aux portes au fond du portique, il s’est arrêté. Certains messieurs dans la foule ont réussi à cogner sur le camion avec leur poing avant que les policiers les repoussent un peu plus loin. La bousculade était forte, les chapeaux et les casquettes tombaient par terre. Des dames pleuraient parce qu’on les poussait trop fort. 

Finalement, beaucoup de policiers sont sortis de l’édifice avec un grand bâton noir dans les mains et ils ont commencé à bousculer assez fort les gens jusqu’à ce qu’il se forme un cercle vide autour du camion. Certains ont reçu quelques coups. Ils se prenaient la tête à deux mains. Cela avait l’air de faire très mal. Je n’ai pas aimé voir cela. Je n’aime pas lorsque des gens se font faire du mal, même quand ce sont des policiers qui le font.

Puis, la porte du camion s’est ouverte derrière. J’ai vu d’abord un grand policier descendre, puis un autre. À ce moment-là, on avait permis à des messieurs d’installer des trépieds avec dessus un appareil photo sur le palier au-dessus des marches. Je sais que c’était des appareils photo parce que papa en avait acheté un pour nous prendre en photos, toute la famille, puis de la maison et du jardin et des automobiles. Papa aimait bien cela, prendre des photos.

Lorsqu’un monsieur en complet gris est apparu dans le camion, la foule s’est alors mise à hurler. On criait, on montrait le poing. C’était difficile à entendre, je me suis bouché les oreilles. Le grand monsieur avait aux poignets une espèce de bracelet en métal qui lui retenait les deux mains ensemble. Il essayait de cacher son visage en tenant son chapeau vers le bas de ses deux mains — il ne pouvait pas d’une seule main. Comme il fallait qu’il descende les deux marches du camion, il a dû enlever les mains de son chapeau. C’est alors que j’ai été très surprise de reconnaître oncle Kenny. 

Que faisait-il là, oncle Kenny ? J’ai regardé maman avec un air interrogatif. Mais elle ne me voyait pas. Elle ne faisait que regarder oncle Kenny. Son visage était très dur et ses yeux étaient en feu. Oncle Kenny avait le visage pâle ; il était effrayé. Je le reconnaissais à peine, lui qui avait toujours l’air si sûr de lui. J’ai voulu lui envoyer la main, parce que ça faisait longtemps que je l’avais vu, mais maman m’a empêché de le faire. De toute façon, oncle Kenny ne regardait rien d’autre que ses pieds.

Juste avant d’arriver en haut des marches, un des messieurs dans la foule a réussi à s’approcher de lui. Il lui a donné une grande claque derrière la tête. Son chapeau est tombé par terre et a roulé très loin. Quand oncle Kenny, qui s’était penché sous le choc, s’est relevé, il était tout dépeigné. Alors je suis parti à rire. C’était la première fois que je voyais oncle Kenny dépeigné. J’ai regardé maman, mais elle ne riait pas. Pas du tout. Elle avait toujours les yeux pleins de feu. En haut des marches les deux policiers qui encadraient oncle Kenny se sont arrêtés afin que les messieurs avec leur appareil puissent prendre des photos. Et ils en ont pris pas mal, des photos. Ensuite, les policiers et oncle Kenny sont entrés par la grande porte du Palais de Justice.

Maman m’a de nouveau tiré par la main et nous nous sommes approchées de la porte. Il y avait d’autres personnes qui, comme nous, voulaient entrer. Des policiers nous ont arrêtées. Maman a expliqué qu’elle était de la famille et qu’elle voulait assister au procès. Les policiers lui ont demandé une pièce d’identité.

— Ida McIntyre ! Vous êtes sa sœur.

— Non, sa belle-sœur.

Et ils nous ont laissé passer. En entrant, j’ai vu de grands lampadaires en bronze se terminant par des sortes d’abat-jours renversés qui ressemblaient à des fleurs. À des tulipes ! Oui c’est ça : des tulipes. Il y en avait beaucoup dans le jardin d’hiver de maman. Par contre, c’est en levant la tête pour regarder le plafond — qui était très haut — que j’ai compris pourquoi on appelait cela un palais. Le plafond était tout décoré et sculpté en brun et en rouge foncé avec des dessins en or : c’était des balances, comme celles sur le comptoir de la pharmacie qui servent à mesurer le poids des médicaments. Je me suis demandé pourquoi il y avait des balances comme cela. Ce n’était pas une pharmacie ici ? En tout cas !

Je regardais toujours le plafond tellement il était beau lorsque maman m’a de nouveau tirée par la main. Nous nous sommes approchées du grand comptoir en bois. Il était haut, ce comptoir. On ne voyait que la tête d’un petit monsieur avec des lunettes et pas de cheveux. Quand il nous a regardée — on aurait dit qu’on le dérangeait —, maman a demandé la salle où se déroulait l’enquête préliminaire de Kenneth McIntyre. Le petit monsieur a seulement indiqué une porte avec sa main et a continué à écrire quelque chose sur le comptoir. Ce devait être important, parce qu’on l’avait dérangé et qu’il avait hâte de continuer à écrire.

Nous nous sommes approchées de la porte. Il y avait là déjà plusieurs personnes qui attendaient pour entrer. Certains étaient assis sur un banc collé sur le mur ; d’autres attendaient debout en marchant de long en large. En arrivant près de la porte, une dame avec un grand chapeau à plume s’est levée et est venue vers nous. C’était une grande dame plutôt corpulente. D’abord, je ne l’ai pas reconnue. Il me semblait l’avoir déjà vue il y a très longtemps. Puis, les souvenirs me sont revenus — je me souviens de tout. C’était ma tante Nelly. Nous ne l’avions pas rencontrée souvent, tante Nelly. Je crois qu’elle est venue deux ou trois fois au manoir pendant tout le temps où nous y avons habité. C’était la sœur de papa, du moins l’une de ses sœurs. Je ne sais pas combien papa a de sœurs ou même s’il en a d’autres. En tout cas, tante Nelly est la seule que je connais. 

Je me souviens bien la dernière fois qu’elle est venue au manoir. Elle était avec un monsieur ; un petit monsieur qui ne parlait pas beaucoup. Il me semble que c’était son mari, mais je n’en suis pas sûre. Je ne l’ai rencontré que cette fois-là. Il avait l’air très impressionné par le manoir. Tante Nelly avait été gentille avec moi. Tout le monde s’est installé au salon. La femme de chambre nous a servi le thé. Moi, je me suis assise à ma place habituelle en jouant avec mes doigts. Tante Nelly a commencé à parler en anglais en me regardant. Elle semblait vouloir que je m’en aille, mais maman lui a dit quelque chose et tante Nelly a semblé satisfaite de sa réponse.

Ensuite, l’entretien a été plutôt pénible, c’est du moins ce que j’ai cru comprendre. Tante Nelly a longuement parlé. On aurait dit qu’elle donnait beaucoup de détails. Puis, à un moment, elle s’est mise à pleurer. Son mari assis près d’elle n’a pas bougé. Il ne disait rien, se contentant de baisser la tête. À ce moment-là, il y a une conversation assez longue entre tante Nelly et papa. Maman ne disait rien pendant ce temps-là. Tante Nelly avait l’air très triste et pleurait en parlant. Elle avait sorti un grand mouchoir en dentelles de sa poche et s’essuyait régulièrement les yeux. 

À un moment, papa s’est levé pour se rendre à son bureau. Pendant ce temps-là, Tante Nelly et maman ont dit quelques mots ensemble en lorgnant de mon côté. Je ne sais pas ce que maman a dit, mais tante Nelly m’a de nouveau regardée en essayant de sourire. Elle m’a dit en français avec un accent très fort : « Ma petite Peggy, tu as bien grandi ». Je lui ai souri à ton tour. Je savais qu’elle était triste et j’ai voulu lui sourire pour qu’elle ne le soit plus. Je suis triste quand les gens autour de moi sont tristes. Je veux toujours les rendre plus gais.

Puis, papa est revenu de son bureau avec un grand cartable. Il s’est assis sur la chaise en face du petit secrétaire tout joli qu’il y avait près du mur. Il a écrit quelque chose avec sa belle plume noire, celle qui a un bout en or. Puis, d’un geste bref, il a arraché un petit morceau de papier, s’est levé et est venu le remettre à tante Nelly. Celle-ci a regardé le bout de papier et est de nouveau partie à pleurer. Elle a pris les mains de papa et les a mises sur sa joue en lui disant plusieurs fois : « Thank you, thank you, thank you ». Je me rappelle ces mots, mais je ne sais pas ce que ça veut dire. En tout cas, elle avait l’air très content de ce morceau de papier. Elle s’est de nouveau essuyé les yeux, a mis son mouchoir dans sa sacoche en même temps que le papier. Son mari et elle se sont levés. Tante Nelly a embrassé papa bien fort ; elle a aussi embrassé maman. Je n’ai pas revu tante Nelly depuis ce jour. C’est pour cela que j’ai eu de la difficulté à la reconnaître.

Tante Nelly s’est donc avancée vers nous quand elle nous a vus. Elle a tendu les deux mains à maman. Elle avait de beaux gants en cuir. Puis, elle m’a regardé en disant avec un accent :

— Peggy est de plus en plus jolie.

Je lui ai souri, comme d’habitude. Ensuite, elle a ajouté en parlant à maman.

— C’est terrible ce qui arrive à votre famille. Terrible !

Maman était encore très en colère, mais je sentais bien qu’elle se retenait.

— Sans doute, mais c’est ainsi. Personne n’y peut rien.

— Je suis vraiment désolée pour ce que mon frère a fait. Il a toujours été égoïste. Il était comme cela tout jeune. Il voulait tout avoir et ne partageait jamais ses jouets. Il faisait toujours des mauvais coups sans s’apercevoir du mal qu’il faisait.

— Et plus vieux, le mal qu’il fait est beaucoup plus grand encore.

— Je sais bien. Je comprends. Il n’a pas été tendre pour nous non plus, tu sais. En réalité, c’est Bruce et toi qui nous avez aidés quand nous étions dans le besoin. Au fait, comment va Bruce ?

— Il est à l’Asile de la Providence. Les sœurs en prennent bien soin.

— Un presbytérien soigné par des papistes ???

— Elles sont très humaines, tu sais. Très généreuses. Avoir du cœur n’a pas de religion.

Il y a eu alors un silence. Dans ces moments-là, maman dit toujours qu’un ange passe. Mais moi, je n’en ai jamais vu passer. C’est vrai qu’un ange, c’est invisible ; c’est Rose qui me l’a dit. Mais ça ne veut pas dire que ça n’existe pas. Il y en a de toutes les sortes, des anges. Même que nous en avons tous un qui nous aide. On appelle cela un ange gardien. Moi, je sais que j’ai un ange gardien. Il est toujours tout proche de moi. Parfois, j’aimerais bien le voir pour lui parler, mais il est invisible. Les seules fois que je l’ai vu, c’est en rêve. Il avait de grandes ailes, comme sur les livres d’images. Il était tout illuminé et il me regardait avec bonté. Oui, j’ai un ange gardien qui veille sur moi.

En tout cas, l’ange qui passait est resté quand même un peu plus longtemps que d’habitude. Ensuite, tante Nelly s’est décidée à parler.

— Ma chère Ida, si tu as besoin un jour, n’hésite pas à m’appeler. Tu connais mon numéro de téléphone ?

— Non.

À ce moment-là, tante Nelly a griffonné quelque chose sur un bout de papier et l’a remis à maman. Elle a ajouté en reprenant les mains de maman.

— Au revoir, Ida. Au revoir Peggy.

Puis, tante Nelly est entrée dans la salle dont la porte venait de s’ouvrir. Nous l’avons suivie après avoir laissé entrer tous les autres qui attendaient.

Il n’y avait presque plus de places lorsque nous sommes entrées dans la salle. Nous nous sommes assises sur les bancs de bois avec des dossiers faits de barreaux. Ce n’était pas très confortable ni pour les fesses ni pour le dos. La salle n’était pas grande. On pouvait voir en avant un grand panneau de bois de la couleur caramel avec de la sculpture au sommet. Il y avait un crucifix au milieu. En dessous, on voyait un fauteuil et un grand comptoir surélevé. Ça faisait très « solennel ». 

Oncle Kenny était assis d’un côté. Un monsieur bedonnant portant une grande robe noire avec une bavette blanche était installé près de lui. De l’autre côté, on pouvait aussi voir deux autres messieurs avec le même genre d’accoutrement. Ils ressemblaient à monsieur le curé ou au vicaire, mais ce n’était pas des curés ni des vicaires. 

À un moment, un monsieur en uniforme est venu se planter en avant et a crié quelque chose en anglais. Tout le monde s’est levé. Je me suis levée aussi, évidemment. Après un moment, un vieux monsieur est sorti par une porte de côté. Il était habillé d’une robe aussi, avec une cape où il y avait du minou blanc sur les bords. Il a monté quelques marches en se tenant à une rampe, puis il s’est assis dans un fauteuil en face du grand comptoir. On ne voyait que sa tête, des cheveux blancs et une barbichette blanche aussi. Il a pris un marteau qui devait traîner sur le bureau. Pourtant, il n’avait pas l’air d’un journalier ? Il a cogné un grand coup avec le marteau. Ça m’a surprise et j’ai sursauté. Il a dit quelque chose, puis nous nous sommes tous assis de nouveau.

L’un des deux messieurs assis du côté du mur s’est levé, celui qui avait les cheveux comme une brosse de plancher, et il s’est mis à parler, en anglais toujours. Il parlait et il parlait. Il faisait de grands gestes en même temps. Il avait l’air choqué. Je ne comprenais rien. Je me suis tournée vers maman, mais elle avait l’air si concentré — et si furieux — que je n’ai pas osé la déranger. À un moment, j’ai entendu quelqu’un chuchoter des choses juste derrière moi. On aurait dit qu’une personne traduisait à une autre personne ce qui se passait en avant. Comme j’ai l’oreille fine, j’ai tendu l’oreille.

— C’est le procureur. Il dit au juge comment McIntyre… a fraudé sa propre compagnie… en sortant de l’argent par toutes sortes de moyens… et en la mettant dans des comptes personnels.

L’autre répondait parfois en disant « Quel bandit, ce McIntyre ! » ou des choses comme cela.

Le monsieur avec des cheveux comme une brosse parlait toujours. Il n’arrêtait pas. Je regardais autour pour voir qui était là. Mon regard s’est arrêté sur un jeune homme. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à Pete, mais ce n’était pas Pete. Mon Pete s’était envolé vers le ciel… et je n’ai pas pu lui dire au revoir. La dernière fois que nous nous sommes vus, il y a un bout de temps déjà, Pete était très énervé. En fait, il était plutôt excité. Ça lui arrivait parfois d’être excité. Il fallait que maman le reprenne souvent. 

La dernière fois que je l’ai vu, il était encore tout excité. Il parlait tout le temps, comme le monsieur en avant. La plupart du temps, il parlait en anglais et je ne le comprenais pas. Il est arrivé qu’il change de langue, et là je me souviens de ce qu’il disait — je me souviens de tout.

— Mais oui maman, je vais être très riche, tu verras. 

— À quoi cela va-t-il te servir Pierre, si tu perds ton âme ?

— Ben voyons ! qu’est-ce que tu racontes ?

— Tu commences à ressembler de plus en plus à ton oncle Kenny.

— Non, ça, ce n’est pas vrai. Je ne veux pas être comme oncle Kenny. Tu devrais voir comment il traite ses secrétaires et ses employés. Je ne serai jamais comme ça. Quand j’aurai ma businessà moi, je ne ferai pas cela.

— Mais pourquoi donc veux-tu avoir ta businessà toi ? Ton père est prêt à te laisser les rennes lorsque tu seras prêt.

— Tu ne comprends pas, maman. Je ne serai jamais prêt pour papa. Il me voit encore comme un petit garçon. Je dois lui prouver que je suis capable tout seul. Et je suis en train d’y arriver. Mes placements rapportent beaucoup d’argent.

— C’est très risqué, Peter, ce genre de placements.

— Ah ça, c’est la différence entre vous et moi. Vous ne prenez jamais de risques. À quoi ça sert de vivre si on ne prend pas de risques ?

Il avait éclaté d’un grand rire franc, comme il le faisait parfois étant plus jeune. Avant de partir du manoir cette fois-là, il s’était approché de moi, m’avait flatté les cheveux comme il le faisait souvent et avait dit.

— Au revoir, ma grande sœur.

« Au revoir, ma grande sœur ». Au revoir ? Je ne l’avais plus jamais revu. Il a préféré s’envoler plutôt que de me revoir. Il a préféré faire de la peine à papa et surtout à maman. Pourquoi, mon Pete, pourquoi as-tu voulu partir vers le ciel ? Tu sais que ce n’est pas possible. Tu n’es pas un oiseau. Et les oiseaux qui partent vers le ciel, on ne les revoit jamais. Jamais !

Le monsieur avec les cheveux comme une brosse a finalement arrêté de parler. Il est parti se rasseoir. C’était au tour du monsieur bedonnant près d’oncle Kenny de se lever. Lui aussi, il a commencé à parler et à parler. Il avait une grosse voix et parlait fort en faisant de grands gestes. Quand il levait les bras, les grandes manches de sa robe volaient comme les ailes d’un oiseau. 

En arrière, la même personne s’est mise à chuchoter à sa voisine.

— L’avocat dit au juge que c’est une méprise… que son client n’a jamais fraudé personne… et encore moins sa propre compagnie… que ce sont des calomnies sans fondements… qu’il n’a pas de preuves… que c’est un bon citoyen qui paye ses impôts.

— C’est des menteries, tout ça. Et pourquoi il n’y a pas personne qui vient témoigner ? J’ai vu ça dans un film au cinéma. 

— C’est parce que ce n’est pas un procès.

— Comment, pas un procès ? Il y a un juge, des avocats. Et ce n’est pas un procès ?

– C’est une « enquête préliminaire », pas un procès.

— Ça veut dire quoi ?

— Ça veut dire que les deux avocats présentent leurs arguments au juge et lui, il décide s’il va y avoir un procès ou non, avec jury, témoins et tout le tralala.

— Pourquoi on a besoin de ça ? Il est coupable, c’est sûr.

Le monsieur bedonnant a cessé de parler et est venu se rasseoir. Celui à la cape de minou a cogné très fort avec son marteau. Il a dit quelque chose, il s’est levé et nous nous sommes tous levés à notre tour. Puis, il est disparu derrière la porte de côté, là où il était entré. Tout le monde est resté sur place. Nous attendions quelque chose, c’est certain, mais quoi ?

En arrière, on chuchotait encore.

— Qu’est-ce qu’il fait, le juge ? C’est fini ?

— Non, non ! Il s’en va « délibérer ». Ça veut dire qu’il va réfléchir à la décision qu’il va prendre.

— Ah, il va « rendre un verdict », comme dans le film.

— Mais non ! Il n’y a pas de verdict dans une enquête préliminaire. Il va simplement décider s’il y aura un procès ou non.

Après un long moment, je ne savais plus quoi faire de mes mains et de mes doigts. J’ai regardé maman en lui demandant par signes si nous pouvions partir. Elle m’a dit « non » d’un ton sec. Cela voulait dire dans ce temps-là qu’il ne fallait pas la déranger. Alors j’ai continué à attendre et à attendre.

Ma maman, elle est très souvent en colère depuis que Pete est parti et que papa est malade. Je ne sais pas pourquoi. Je vois qu’elle n’est pas bien et je ne sais pas quoi faire pour qu’elle aille mieux. Je l’aime tellement, ma maman. Quand on aime quelqu’un, Rose dit qu’on devrait faire tout pour que cette personne soit heureuse. Et ce que Rose dit, c’est vrai, parce qu’elle lit la Bible et ce qui est écrit dans la Bible, c’est vrai. 

Rose m’a souvent lu une phrase de la Bible : « C’est ici mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Elle disait que s’il fallait retenir seulement une seule phrase de la Bible, ce serait celle-là. Mais moi, je me souviens de tout ce qu’elle m’a lu. De tout. 

« Donner sa vie pour ses amis ». Maman, c’est plus qu’une amie, c’est ma maman adorée. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire « donner sa vie pour ses amis ». Si je le savais, je n’hésiterais pas une seconde à le faire pour ma maman. Mais je ne sais pas ce que cela veut dire. Je ne sais pas comment faire pour « donner ma vie ». En tout cas !

Cela faisait beaucoup de temps que nous attendions. Je commençais à avoir faim, mais je n’ai rien dit à maman, parce que je savais qu’elle ne voulait pas être dérangée. Après avoir attendu longtemps, longtemps, le monsieur à la cape de minou est revenu, lentement. Il a grimpé lentement le petit escalier et s’est lentement assis dans sa chaise. Puis, il a commencé à parler, cela n’en finissait plus. Vers la fin, il a dit quelque chose qui a fait crier la plupart des gens qui étaient présents. En arrière, la dame a demandé à son voisin.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? Qu’est-ce qu’il a dit ?

— Le juge a dit… qu’il avait entendu les deux avocats, qu’il avait examiné la cause, qu’il l’avait prise en délibéré et qu’il n’avait pas…. trouvé assez de… preuves pour envoyer l’accusé au procès… et qu’il le libérait.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ça veut dire que ce maudit bandit d’Anglais n’aura pas de procès… Il est libre comme l’air.

— Mais ce n’est pas possible !

— Ben oui, c’est possible. Quand on a de l’argent, on peut tout acheter… même un juge.

J’ai vu oncle Kenny se lever d’un bond et tomber dans les bras du monsieur bedonnant avec un grand sourire. Une qui ne riait pas, mais pas du tout, c’était maman. Elle était toute rouge et ses yeux étaient devenus de la braise. Une colère noire. Elle m’a saisi la main, m’a tirée en dehors de la salle. Nous avons alors presque couru dehors, pour attraper le tramway.

Elle n’a pas dit un mot du trajet. Même si j’ai essayé plusieurs fois d’attirer son attention. Quand nous avons descendu du tramway, je me suis aperçue que nous étions encore un peu loin de chez nous. Je ne reconnaissais pas notre rue. Maman a continué à marcher vite sur le trottoir, puis elle s’est arrêtée devant une vitrine de magasin. Il y avait toutes sortes de choses dans la vitrine : des clous, des marteaux, des vis, des tournevis et d’autres machins comme cela. Nous sommes entrées. Un vieux monsieur attendait derrière le comptoir. Il n’y avait que nous. Maman lui a demandé.

— Une bouteille d’alcool de bois, s’il vous plait.

Le vieux monsieur est revenu avec une bouteille dans laquelle on voyait un liquide transparent. Il l’a mis dans un sac brun en disant.

— Vous voulez enlever la vieille peinture de vos meubles ?

— Oui… oui… Je veux les repeindre. Ils ne sont pas très beaux.

— Faites attention avec ça, ma p’tite dame. C’est nocif, vous savez.

— Oui, je connais. Merci.

Maman a payé le vieux monsieur. Elle a pris la bouteille et nous sommes reparties vers chez nous à pied.

Je ne sais pas trop ce que maman voulait faire avec l’alcool de bois. Nous n’avons que quelques meubles et ils ont été repeints lorsque nous sommes arrivées à la petite bicoque. En tous cas !

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