APOPHASE fait paraître en sections cet automne le livre «Trente ans après». Il s’agit de la réédition du livre de Suzanne Charest «… Et passe la vie !» qu’elle a publié tout juste avant sa mort. Christophe Viau, son fils, s’est chargé de la réédition tout en y mettant sa touche personnelle, bouleversante. Le livre est disponible en version papier et numérique. Voir à la rubrique OÙ TROUVER LE LIVRE.

Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts?

«Lavande», une aquarelle de Christophe Viau

LA NUIT

Christophe, 9 ans

Dans la vie Il faut savoir souffrir Même s’il faut en mourir C’est triste Mais comment faire Faut-il être optimiste Ou faut-il se taire ? Comment s’inspire un artiste Pour écrire quelques vers D’un poème mortuaire.


Cette nuit, je me suis éveillée très souvent ; veille, silence, solitude… Je traverse un tunnel. Dans quelques semaines, ce sera la fin. La mort se présente, inévitable, tel un gouffre qui engloutit. Je me sens oppressée. Ce qui me chagrine le plus, ce n’est pas de partir, mais c’est de laisser mes affections : Marcel, les enfants avec qui je vis depuis tant d’années. C’est comme sauter du bateau avant la fin du voyage. Je me sens un peu « lâcheuse ». Le temps est lourd, chargé… Les enfants, instruits depuis le début de la précarité de ma situation physique, sont mis au courant de l’imminence d’un dénouement. Ils ne réagissent pas, comme si on parlait d’un fait divers. Je me souviens d’une période bien précise de ma vie où j’ai dû affronter « la nuit ». Après une période de sept ans passée dans un domaine, je me suis vue obligée de me réorienter, de faire un demi-tour complet. J’étais devant un trou noir, un peu comme je le suis maintenant devant ma mort. La seule chose qui me tenait alors était ma foi au Seigneur ; j’étais sûre qu’il ne me lâcherait pas. Il savait où Il devait me conduire ; moi, je ne voyais plus rien et lorsque je regardais en avant, je paniquais. Avec Son aide, je me suis sentie capable de faire le passage. Je me rappelle avoir pensé à Thérèse de l’Enfant Jésus et à sa faculté de se remettre entièrement entre les bras du Seigneur : « Lui, Il le sait, je me repose donc en Lui. » .

Ce que je vis aujourd’hui ressemble un peu à cette expérience que j’ai déjà vécue et je me dis alors : « Le passé est garant de l’avenir. » Je n’ai jamais regretté d’avoir fait confiance au Seigneur à ce moment-là. Cet immense trou noir qui m’effrayait tant, j’ai finalement passé à travers avec assez de facilité. C’est alors vraiment que je me suis dit : « Le Seigneur ne peut pas ne pas exister ; or si je L’ai vu une fois, je peux Le voir une deuxième fois. » (Extrait de mon journal en date du 23 janvier 1987)


Emmanuel, 11 ans

La mort de ma mère est devenue chose évidente, mais, avant qu’elle ne meure, il nous reste du temps. Du temps pour jouer, du temps pour nous amuser, et aussi du temps pour vivre une dernière fois le bonheur d’être ensemble. Mais ce temps de paix, un jour, finira. Ce sera la mort, mais aussi la résurrection, car elle sera plus heureuse dans l’au-delà. Cependant, pour nous qui resterons sur terre, ce sera un moment de grande tristesse. De grande tristesse, mais aussi de grande joie, car savoir que ma mère sera heureuse jusqu’à la fin des temps a de quoi me réjouir grandement.


LA SÉPARATION

Un grand voyage, ça se prépare, surtout lorsqu’il est sans retour. Je me sens toute légère après avoir mis à la poubelle mes notes de recherche en vue d’un mémoire de maîtrise. Ma garde-robe n’a plus besoin d’être aussi élaborée : je donne, je jette. Je me sens toute nue, prête pour un nouveau cap. Quelle sensation de liberté !

La situation est donc très claire : je m’en vais. Quand on part en voyage, c’est qu’on a fait le choix de la séparation : choix libre ou imposé ! Devant cette situation, deux réactions sont possibles ; la première consiste à dire : « C’est épouvantable, mes proches et moi ne voyagerons plus dans le même train ; pire, je lâche le train en marche, alors que le voyage n’est pas fini, que les enfants ne sont pas prêts à être lancés dans la vie. » une autre réaction serait de dire : « Je fais foi en la vie : j’ai tellement foi en elle ! » Cette dernière réaction est mon option, ma croyance, mon pari !

Deux sentiments se bousculent en moi au sujet de la séparation. Le premier est une hâte intense de rencontrer enfin le Seigneur face à face. Le second est le regret de quitter des amours et des projets. Comme c’est moi qui pars, je ne souffrirai pas du vide, de la solitude du cœur. Pour ceux qui restent, l’absence sera bien réelle.

Je dois me raisonner beaucoup pour me dire que la vie est plus forte que la mort et que l’absence ne sera pas une absence véritable, puisque je leur serai présente dans le Seigneur. J’ai quand même l’impression de les abandonner, et je sens qu’il y a un peu d’indécence de ma part à leur parler de ma hâte de voir le Seigneur.

LE REFUS DE LA PEUR

Je n’ai jamais eu peur de la mort, du moins pas jusqu’à présent. Je n’ai jamais non plus vécu de révolte véritable à son égard. Quand je parle aux autres de ma mort imminente, je me vois face à deux sortes de personnes : celles qui ont déjà envisagé leur propre souffrance et celles qui en ont peur, qui la refusent et qui la fuient. Quand je parle de ma mort aux autres, c’est en fait leur mort qu’ils affrontent et chacun réagit différemment selon qu’il l’accepte ou la refuse. Certains paniquent littéralement et s’éloignent de moi ; d’autres se rapprochent, acceptent d’écouter, de se laisser provoquer et transformer. Beaucoup continuent d’être proches par affection. Certains m’ont dit : « La mort, ça me faisait très peur ; j’ai vu mourir des proches et je suis resté accroché. De te voir, de t’entendre, ça me réconcilie avec elle. »

Les personnes viennent me visiter pour deux raisons : pour me rencontrer et pour se rencontrer elles-mêmes. Certaines se forcent pour me rencontrer car elles pensent que cela me fera plaisir de les voir. Elles viennent me rassurer, m’encourager, me dire de ne pas me laisser aller. Elles le font avec bon cœur, généreusement. D’autres viennent pour elles-mêmes et ce sont celles-là les plus difficiles à porter. C’est parfois frustrant car je me demande ce qu’elles cherchent au juste. Ce que je peux leur apporter, elles le refusent ou en ont peur. La souffrance les insécurise dans leur valeur, parfois radicalement.

Une personne est venue me voir l’autre jour après avoir appris la nouvelle de ma rechute. Elle était complètement paniquée. Elle voulait me parler, prendre la journée pour me parler. C’est ce qu’elle a fait : elle a parlé tout le temps, sans prendre le temps d’écouter ce que j’avais à dire. Jamais elle ne s’est laissé provoquer par la situation. Après plusieurs heures de ce régime, épuisée, j’ai dû presque la mettre à la porte. Elle avait sans doute toute la bonne volonté du monde, mais ce qu’elle venait chercher, elle n’a pas pris le temps de le demander, de l’entendre, de l’accueillir. Elle avait peur.

J’ai de bons amis qui, même s’ils habitent loin d’ici, sont toujours restés près de moi. Lorsqu’ils viennent me voir, ils me disent : « Ça n’a pas de bon sens que ça t’arrive à toi. Tu es trop jeune. Pourquoi toi ? » J’ai tendance alors à répondre par une autre question : « pourquoi cela arriverait toujours aux autres et pas à moi ? » Cette réponse scandalise parfois. Les gens me trouvent défaitiste ; ils me disent que j’accepte trop facilement, que je vais délibérément à la mort. Mais, quand j’ai fait vraiment le tour de la situation, que je vois clairement que la maladie recommence à faire son ravage et qu’il n’y a plus rien à faire, il me reste deux options : ou je me cache la tête dans le sable pour ne rien voir, ou je regarde la mort en pleine face et je dis : « Écoute, tu ne manqueras pas ta sortie. »

Ce n’est pas comme une mort accidentelle, il me reste encore du temps pour vivre pleinement. Je vais vivre ces moments le mieux possible, non pas à plat ventre, mais debout. Je dirai, à chaque jour qui se lève : « Je suis encore là, c’est fantastique ! » Bien sûr, il y a une question de tempérament là-dedans ; j’ai vu des gens apprendre l’échéance de leur mort, vouloir croire à la guérison malgré tout et même se dire miraculés, à un certain moment ; personnellement, je ne vis pas cela ainsi : ce n’est ni mieux ni pire, c’est différent !

LE BRUIT

J’ai toujours détesté le bruit, le vacarme. Je n’aime pas que l’on élève la voix dans la maison, je suis viscéralement incapable de supporter la violence sous toutes ses formes. Il y a un autre bruit qui est également pénible à subir, c’est l’envahissement de mon intimité. Beaucoup s’arrogent le droit d’entrer chez moi, de m’interroger, de me palper l’âme. Je me sens parfois littéralement happée, comme si on voulait de moi une réponse que je ne peux pas donner.

J’ai reçu récemment des personnes qui venaient me parler de leur maison, de leur auto, de l’argent que ça prend pour élever des enfants. Elles me démontraient, preuves à l’appui, comme il est important de planifier l’avenir de leurs enfants, pour que ces derniers prennent leur vie en main et fassent de bons salaires. Je restais là, muette, incrédule. Je savais pourtant qu’elles étaient venues me réconforter, m’offrir bien généreusement leur aide. Mais comment était-ce possible qu’elles ne comprennent pas la futilité de leurs paroles ? D’autres personnes comme celles-là s’annoncent pour bientôt. Il faut vraiment que je prenne le temps et que je réfléchisse. Est-ce que c’est le Seigneur qui me les envoie, ou cela fait-il partie du vacarme et du bruit ?

Moi qui ai tant besoin de solitude, je me sens envahie par les gens, par leur présence physique et par leurs désirs de relation qui se réveillent… Parfois un peu tard ! Autant il est bon de pouvoir échanger en profondeur avec quelques intimes, autant il est pénible de recommencer plusieurs fois par jour à exprimer des choses si profondes. J’ai parfois envie de crier : « Laissez-moi vivre ! Ne cherchons pas à bâtir entre nous, en quelques jours, ce que l’on n’a pas choisi de faire durant la vie. Permettez à mes énergies de ne pas être tournées uniquement vers la mort. Je suis une mourante, il est vrai, mais je vis encore ! J’ai encore des goûts, des plaisirs, des projets, des intérêts. »

il n’est pas facile de rester maître de son temps, de limiter les visites, d’exprimer clairement ce que l’on attend de ces rencontres, de ces conversations, de garder en main l’organisation de son calendrier, de ses activités. Et pourtant, il le faut, car la qualité de la vie qui reste en dépend.

LA CULPABILITÉ

Voici ce qui est écrit dans Jean 9, 1-3 : « Et en passant, il vit un homme aveugle de naissance et ses disciples l’interrogèrent en disant : Rabbi, qui a péché pour qu’il soit aveugle-né ? Lui ou ses parents ? Jésus répondit : Ni lui n’a péché, ni ses parents. Mais c’est pour qu’en lui soient manifestées les œuvres de Dieu. »

Il faut vivre une maladie incurable pour voir à quel point les gens ont un très fort besoin de trouver un coupable. Ce que l’on entend fait parfois dresser les cheveux sur la tête : « Les personnes qui ont le cancer, c’est parce qu’elles sont trop orgueilleuses pour se réconcilier avec elles-mêmes. » « si ton corps est malade, c’est parce que tu t’es mal alimenté. » « C’est la faute de ton hygiène mentale. » « si tu faisais un peu d’effort, par ta volonté tu pourrais guérir. » « Chacun fait sa propre maladie. » « il y a des tempéraments pour certaines sortes de maladies. »

Chacun propose sa propre solution qui sera selon lui infaillible : un livre à lire, quelqu’un à écouter, un pèlerinage à faire, une prière à réciter, une petite boule à faire tourner sous le pied, un massage à un point bien précis du corps et Dieu sait quoi encore ! « tu es responsable de ta propre maladie ; il faut que tu guérisses à tout prix ; survivre est la valeur suprême » : voilà qui résume bien tous ces discours.

il fait bon entendre Jésus reprendre la question et dire : « s’il est malade, c’est pour qu’en lui soient manifestées les œuvres de Dieu. » Lui ne s’attarde pas aux causes, il regarde vers l’avant. Dans cet événement qu’est ma mort, il y a un message. Et si l’entourage veut bien être à l’écoute, pour lui aussi cet événement sera porteur de message.

Et si vivre à tout prix n’était pas la valeur suprême ? Il faut avoir côtoyé de très près la souffrance pour savoir jusqu’à quel point elle comporte et apporte une richesse profonde. Elle est l’occasion d’une relation profonde avec l’autre et avec l’au-delà. Elle véhicule une joie innommable issue d’une vision nouvelle ; rien n’est changé, mais tout est transformé.

Joie intérieure, paix, sérénité, dépouillement du regard, nudité qui nous place devant l’essentiel.

LE MAL

Dieu est-il responsable de la souffrance, du mal, de la mort ?

Moi, je crois que Dieu a mis dans la « nébuleuse gazeuse originelle » tout ce qu’il fallait pour guérir de la leucémie ou de toute autre maladie ; c’est à nous, les humains, de travailler fort et de trouver les médicaments qu’il faut. Jusqu’ici, les chercheurs n’ont pas trouvé : c’est un échec de la médecine qui fait que je vais mourir !

Par contre, dans ma lecture de foi, je me dis que c’est le Seigneur qui me parle dans cette maladie, qu’il veut me dire quelque chose à moi et à tous ceux qui m’entourent, à Marcel, aux trois garçons qui vivent avec moi. Dans chaque événement, c’est Dieu qui me parle !

« père, […] que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! » (Lc 22, 42)

LE CORPS


Christophe, 9 ans

Ma mère Suzanne préférait, au lieu d’aller à l’hôpital uniquement pour vivre une ou deux semaines de plus, rester à la maison avec nous le plus longtemps possible. À quoi sert-il donc de vivre couché sur un lit d’hôpital à vivre une vie mécanique, solitaire et ennuyante ? C’est ce que ma mère s’est posé comme question. Aussi vaut-il mieux rester à la maison, faire le travail lentement sans se presser. Ma mère se fatigue de plus en plus, bientôt elle ne pourra plus faire le travail. Nous le ferons, bien sûr, au début avec de l’aide. Le moral est très dur à garder pour moi, mes deux frères et mon père. Ma mère, elle, garde le sourire bien qu’elle ait la leucémie. Sa maladie ne semble pas la déranger, elle ne souffre aucunement. Cette maladie (on ne sait pas comment la guérir) demande quelques exigences, il ne faut pas trop circuler ni parler trop fort. Il n’y a aucun risque de contagion.


Mon corps n’a jamais été tellement au centre de ma vie. Mais il m’arrivait de temps en temps de récriminer contre mes cheveux, qui frisaient mal et qui étaient raides. J’en voulais aussi à mon front, trop large, trop haut. Le Seigneur a eu de l’humour, il m’a dégagé complètement le front que je cachais d’habitude avec un petit toupet ; il me l’a découvert en m’enlevant complètement les cheveux par deux fois lors des traitements de chimiothérapie. Par la suite cependant j’y ai gagné puisque les cheveux ont repoussé plus frisés.

perdre mes cheveux n’était pas nécessairement une tragédie pour moi. Entre mourir et perdre les cheveux, il n’y a pas de choix véritable. Par contre, les gens qui me voyaient la tête découverte étaient souvent stupéfaits, alors que, pour moi qui étais en danger de mort, c’était un détail. Pour eux, la perte de mes cheveux devenait plus importante que la conscience de la situation dans laquelle j’étais. Pour mes enfants aussi, la perte de mes cheveux était impressionnante. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté de porter une perruque pendant quelque temps. Je la portais quand les gens étaient là, mais quand j’étais seule, j’étais plus à l’aise en l’enlevant.

Je suis une personne très active. J’aime beaucoup faire les choses par moimême. Depuis le début de ma maladie, j’ai de la difficulté à affronter mes tâches quotidiennes à cause de la forte médication. J’ai dû accepter de me faire aider. Ce n’est pas facile d’avoir toujours quelqu’un dans la cuisine qui fait pour nous le travail, mais qui ne le fait pas toujours comme nous. Pourtant, mon handicap physique m’a aussi permis de développer l’autonomie des enfants à l’intérieur de la maison. J’ai commencé à leur apprendre à se débrouiller dans la cuisine, le ménage et même la couture. Je me disais que lorsqu’il s’agira pour eux de choisir une compagne, ce sera pour des motifs plus nobles que celui de recoudre des pantalons.

Mon corps se souvient encore des conséquences des interventions que l’on a pratiquées sur lui : mal de cœur, perte des cheveux, manque d’appétit, etc. J’aime toujours ce corps qui a participé avec efficacité à une multitude de projets qui me tenaient à cœur ; je me sens bien avec lui et je ne suis pas fâchée à l’idée que je vais un jour le retrouver. Pour le moment, il décroche, il ne veut plus me suivre, nos routes ont l’air de se séparer. Par contre, de « l’autre côté », il semble qu’il n’y ait pas de temps. S’il n’y a pas de temps, on va donc se retrouver très vite. Lui et moi, nous faisons bon ménage. Je dirais même que nous sommes inséparables : nous faisons un tout.

Lorsque mon corps sera exposé, je veux qu’on laisse un petit mot bien en vue sur mon cercueil. C’est une lettre d’adieu temporaire que j’ai déjà préparée et qui dit à peu près ceci : « Ce qui est là, c’est mon corps ; mais dans la foi, je suis déjà retournée en Galilée, comme le Seigneur après sa résurrection ; je suis déjà retournée chez moi, dans ma maison, mais sous une autre forme. Ma présence restera aussi intense quoique différente. » C’est pourquoi je répète aux enfants que lorsqu’ils voudront me parler, ils n’auront qu’à entrer dans leur cœur comme ils le font maintenant : là où le Seigneur sera, je serai !

Lorsque mon corps sera exposé au salon funéraire, je veux qu’il soit revêtu de vêtements rouges pour le préparer à la fête. J’aurais aimé pour la circonstance que l’on installe partout dans le salon des ballons de toutes les couleurs et qu’on en donne à ceux qui viennent afin de rompre cette atmosphère solennelle, cette atmosphère de mort. Quand on est croyant, la mort n’existe pas vraiment ; elle n’est qu’une illusion. Elle est uniquement la jonction entre deux vies et marque le passage entre le connu et l’inconnu. Ce vœu, j’hésite à le formuler, car je sais que cela peut être trop provocant. Je veux respecter les gens qui vivent cela différemment. Pourtant j’aurais bien aimé…

Mon corps, pour une dernière fois, sera transporté à l’église et sur lui on exécutera des rites et des prières. Il sera pour les vivants une provocation, une interrogation de leur vécu, de leurs valeurs, du sens qu’ils donnent à la vie. Puis on le déposera en terre, dans le cœur de cette terre-mère qui m’a vu naître, cette terre qui continuera son processus de mort-vie. Sur moi, chacun déposera une poignée de terre ; ce sera le signe de son accompagnement et aussi de son acceptation du nouveau projet que le Seigneur a sur moi. Et ce sera la fin visible de ce corps, de mon corps. On se souviendra alors de cette parole de l’Évangile : « pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est pas ici. Il s’est relevé de chez les morts. Et voici qu’il vous précède en Galilée. » (Lc 24, 5-6 ; Mt 28, 7)

 

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