Carcajou-Chapitre 15

Fête de la Saint-Jean-Baptiste

Robinson venait de sortir de son hôtel. Il était d’un chic fou, habillé d’une redingote noire, d’une veste gris pâle avec des chevrons plus foncé, d’une boucle blanche sous un col de chemise immaculée et surtout d’un chapeau haut-de-forme. Il avait abandonné son éternel melon pour cette occasion très spéciale : un rendez-vous avec une dame. Cela ne lui était pas arrivé depuis… ? il n’osait y penser. Il était fébrile de revoir madame Dupuis— Rosalie — dans d’autres circonstances que celles de son métier de détective.

Il avait hésité longuement avant de se décider, préférant laisser passer une journée avant de lancer son invitation. La fête de la Saint-Jean-Baptiste, un jour très particulier pour les Canadiens français, avait eu lieu hier. L’Association de la Société Saint-Jean-Baptiste avait été créée une vingtaine d’années auparavant par un journaliste, Ludger Duvernay, lors d’un banquet ayant réuni le gratin de notables canadiens-français de l’époque. C’était avant la rébellion de 37–38. Les revendications patriotiques commençaient à prendre de plus en plus de place, au grand dam des Anglais. 

Tous les 24 juin depuis quelques années, l’Association organisait un défilé pour célébrer la « race canadienne française ». On décorait les vitrines de magasin et les rues avec des banderoles sur lesquelles étaient dessinés des feuilles d’érable et des castors. Les fanfares participant à la grande procession jouaient Ô Canada mon pays, mes amours ou encore Vive la Canadienne. On faisait parader des personnages allégoriques propres à l’identité canadienne française, comme Jacques Cartier par exemple. Il y avait aussi des représentants des Indiens et des Français. Pas d’Anglais dans la parade toutefois ni d’Écossais. La Saint-Jean Baptiste était devenue une grande fête dont la procession faisait pâlir les défilés de la Loge orangiste. Les Anglo-écossais de Montréal n’osaient pas se montrer ce jour-là. Les Irlandais restaient aussi chez eux. C’était Saint-Patrick, leur patron, et non Saint Jean-Baptiste. 

Voilà la raison pour laquelle Robinson avait attendu le lendemain afin d’inviter Rosalie. Il avait réservé une table dans l’un des restaurants de Montréal qui servait des mets français. Il ne savait pas ce que Rosalie aimait, mais il supposait que cela lui plairait. Il n’aurait pas voulu l’inviter dans un restaurant luxueux comme le St Lawrence Hall ou encore le Pickett. D’une part, il n’était pas suffisamment en moyens pour ce type d’établissements. D’autre part, les salles de ces restaurants étaient grandes, impersonnelles et bruyantes. Il cherchait plus d’intimité. 

Robinson s’apprêtait donc à héler un cab pour aller chercher Rosalie lorsque son regard fut attiré par un drôle de personnage qui circulait sur la Place du marché, laquelle était bondée même à cette heure tardive de la journée. Il reconnut immédiatement le vieux Télesphore. Au même moment, ce dernier l’aperçut et s’approcha de lui, le toisant de la tête aux pieds de ses yeux glauques. 

— Tiens, tiens!… Mon policier favori.

Robinson s’approcha de lui et lui tendit la main en disant.  

— Je suis le seul policier que tu connaisses, il me semble. 

— Pis, chic à part de cela. Enfin, tu t’es décidé.

— À faire quoi?

— À ne pas rester seul.

— Vieux sorcier, va, dit Robinson en éclatant de rire. Viens… on va marcher un peu en dehors de la foule. 

Les deux hommes formaient un couple des plus dépareillé, l’un en tenue de soirée et l’autre guenillard dans son habit élimé de trappeur. Ils sortirent ensemble de la Place du marché et allèrent faire une promenade sur le port. 

***

Rosalie était éblouissante, aux yeux de Robinson du moins. Ses cheveux bruns, mis en évidence par une coiffe beige posée au milieu de la tête, cachaient ses oreilles en un chignon sophistiqué. Décidément, cette femme savait comment mettre son visage en valeur. Elle portait une robe de soirée en gaze de soie d’un beau vert émeraude. Le décolleté arrondi découvrait son cou, ses épaules et ses bras dénudés. Le corsage formé par des pinces de buste verticales se prolongeait en de courtes manches. De jolis motifs à fleurs, verts aussi, ressortaient du beige des trois volants des manches qui se terminaient au milieu du bras, bien avant le coude. 

Lorsqu’il l’aida à descendre du cab, Robinson vit s’épanouir la plénitude symétrique de la robe en forme de cloche se terminant par des cartouches à la taille. Elle était ornée de trois volants. Les couches à cascade de ces volants étaient une caractéristique des jupes de l’époque. Les motifs de ces derniers reprenaient les fleurs des manches, puis ils se terminaient par des Paisley vert émeraude qu’on aurait dit tirés d’un châle de cachemire. La robe était jolie, certes, mais il fallait toutes les précautions de Rosalie pour descendre du véhicule sans la froisser ou même la déchirer. 

Le couple était vraisemblablement attendu, car on alla les installer immédiatement à la dernière table près d’une fenêtre qui donnait sur la cour. Deux chandelles de cire d’abeille étaient déjà allumées au centre de la table. Le couvert en porcelaine et la coutellerie en argent reposaient sur une nappe blanche impeccable. Le restaurant était petit avec à peine une vingtaine de tables. Il s’agissait d’une ancienne auberge construite en pierres équarries du temps du régime français. Un Français l’avait racheté et transformé en restaurant. Depuis, il s’était acquis une excellente réputation, en particulier pour sa cave à vin de Bourgogne, sa région d’origine.

— Vous avez fait les choses en grand, dit Rosalie en souriant à Robinson. 

— C’est peut-être trop ? 

— Je ne dirais pas cela. Ne soyez donc pas mal à l’aise. 

— La plupart du temps, lorsque « j’invite » des gens, ils sont rarement désireux d’être en ma compagnie. Il est vrai que la salle d’interrogatoire où je les reçois n’a pas le cachet de ce restaurant. 

— En ce qui me concerne, je suis très heureuse d’être ici avec vous ce soir. Vous pouvez être rassuré.

Le serveur surgit sur les entrefaites. Il remit un menu à Madame Dupuis, sans les prix, et un autre à Robinson. Celui-ci demeura imperturbable devant le coût probable de la soirée. Madame Dupuis, qui lisait les attitudes de l’homme qu’elle avait devant elle comme dans un livre, se contenta d’esquisser un sourire énigmatique.

Le menu était on ne peut plus varié. Pour ouvrir l’appétit, on trouvait un potage ou un macaroni, au choix. Ensuite, il était possible d’opter pour une variété de poissons (aiglefin, brochet, saumon) servis avec sauce aux câpres ou maître d’hôtel. On trouvait aussi un homard mayonnaise (hors de prix). Ensuite, il y avait un choix d’entrées : du veau en sauce bordelaise, des rognons ou encore un agneau braisé à la Cuba (lui aussi hors de prix), le tout accompagné de pommes de terre en purée. Pour céder aux caprices de la mode anglaise, on présentait aussi du Roast Beef. Enfin pour terminer, fromage ou tarte à la crème et café.

Robinson choisit une bouteille de Bourgogne, évidemment, puis il donna son choix et Rosalie donna le sien au serveur qui repartit aussitôt, tout aussi discret que lors de leur arrivée. 

— Vous avez pu faire garder vos enfants ? 

— Oh, vous savez, ils sont habitués. Une de mes compagnes est de garde ce soir. Je la soupçonne de trop les gâter quand je ne suis pas là. 

— Quel homme s’occupe d’eux depuis que vous êtes veuve ? 

— Un vague cousin à moi. Je lui demande de signer certains papiers de temps à autre. Il ne voit pas mes enfants, ou presque. C’est un bon arrangement. 

— C’est lui qui s’occupe de votre compte bancaire ? 

— Officiellement, oui. Mais il n’y connaît rien en finance. Encore là, il n’est tuteur que sur papier. Non, mais vous trouvez ça juste, vous, qu’une femme doive dépendre ainsi d’un homme pour se consacrer à des choses qu’elle connaît mieux que lui ? Cela me révolte qu’à notre époque les femmes soient traitées comme des mineures. On nous a même enlevé le droit de vote en 1849, et cela sous un régime soi-disant réformiste. 

— Vous avez raison, dit Robinson en baissant les yeux.

— Ne faites pas cette tête ! Ce n’est quand même pas votre faute si notre système politique est si tordu. 

Les deux interlocuteurs sourirent à cette drôle de réflexion.

— Madame Dupuis…

— Rosalie… S’il vous plaît.

— D’accord… Rosalie… À la condition que vous m’appeliez Silas.

— J’en serais enchantée, Silas.

Après un petit moment de silence alors que les potages arrivaient sur la table, Robinson dit.

— Je suis curieux de savoir comment vous est venu l’idée de transformer votre résidence en asile.

— Je vous l’ai expliqué, me semble-t-il. Ce fut surtout l’effet du hasard.

— C’est une explication trop simple à mon goût. Je crois qu’il y avait quand même quelque chose de plus profond qui vous prédisposait à cette initiative.

— Vous avez raison. Je crois que cette « prédisposition », comme vous l’appelez, provient de mes parents, de mon père en particulier. Je vous ai dit qu’il était avocat ? C’était l’un des hommes les plus droits que je connaisse. Il n’acceptait de défendre que les causes qu’il considérait justes. Il détestait la corruption que sa profession l’amenait à côtoyer parfois. Il s’en tenait le plus loin possible. Il avait l’habitude de citer cette phrase de la Bible : « La pratique de la justice et de l’équité, voilà ce que l’Éternel préfère aux sacrifices. » C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il n’est jamais devenu riche. 

— Pourtant, il me semblait vous avoir entendu dire que vous veniez d’une famille de bien nantie.

— Nous avons vécu dans un bien-être relatif à cause de l’argent de ma mère surtout. Elle avait reçu un héritage en provenance de sa famille. Son père avait fait fortune dans la vente de bois et de potasse. C’était un Écossais pure laine qui avait une aversion pour les Anglais. Certes, il devait composer avec eux, mais il ne les aimait pas.

— Vous êtes donc le fruit d’un drôle de mélange : un père canadien-français et une mère écossaise. 

— Une mère écossaise qui tenait à parler français à la maison et à m’éduquer comme une bonne catholique romaine. 

— Une femme originale, vraiment ! 

— Et pas qu’un peu ! Elle avait été éduquée chez les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame qui offraient la meilleure formation au Canada à son époque. Ma mère avait un talent particulier pour la musique et jouait du piano superbement bien. Parfois, il m’arrivait de m’asseoir sur le banc tout près d’elle. Je sentais les mouvements de son corps pendant qu’elle jouait. Merveilleux souvenir ! 

— Et vous, vous êtes musicienne ?

— Il m’arrive parfois de jouer, mais jamais comme ma mère. D’ailleurs, je n’ai plus tellement de temps pour ce genre de loisirs.

Les plats de poissons arrivèrent. Lui, il avait commandé du saumon et elle, de l’aiglefin (pas de homard, Dieu merci !),

— Bon, cessons de parler de moi. J’aimerais en savoir un peu plus sur vous. 

— Il n’y a pas grand-chose à dire. Vous allez être déçue. 

— Vous n’êtes pas marié à ce que je vois.

— Comment voyez-vous cela ?

— Vous ne portez pas d’alliance au doigt.

— Je ne savais pas qu’un homme pouvait porter une alliance.

— C’est la dernière mode en ville, vous savez.

— Non je ne suis pas marié et je ne l’ai jamais été, si c’était là votre prochaine question.

Rosalie ria franchement à la réflexion de Silas. Elle avait un rire tout à fait charmant, gai et entraînant. 

— Et pourquoi ne l’êtes-vous pas ?

Robinson trouva audacieuse la question de Rosalie. Après tout, ils se connaissaient à peine. Mais cette femme était franche et sans détour. De plus, il ne sentait rien de malicieux dans cette remarque. Seulement une grande curiosité. 

— C’est que tout simplement, je suis marié à mon travail.

— Vous ne me ferez pas croire cela.

— Je vous assure.

Rosalie le regarda du même sourire mystérieux qui troublait tant Robinson.

— Vous n’avez jamais été amoureux, Silas ?

Cette fois, la question le prit par surprise. Il sauva du temps avant de répondre en mâchouillant quelques bouchées de saumon. Rosalie ne se laissa pas démonter et attendit la réponse.

— C’est une question plutôt indiscrète.

— Oh, pardonnez-moi, Silas. Mes amies disent parfois que je suis trop « naturelle » et que cela peut gêner mes interlocuteurs, les mettre sur la défensive ou je ne sais quoi d’autre encore…

— Ce n’est pas cela… 

— Alors, c’est quoi ? dit-elle avec son air le plus ingénu.

Robinson la regarda en souriant. Fort heureusement, les entrées arrivèrent pour le sauver. Après avoir entamé leur plat respectif, Robinson répondit.

— Nous, les Anglais, nous restons sur notre quant-à-soi lorsqu’il s’agit de parler de certains sujets.

 — Le quant-à-soi, je connais. Ce n’est pas l’apanage des Anglais, je peux vous l’assurer. Pour arracher des confidences à mon Joseph, je pouvais y passer des heures. Faites quand même attention ! J’y arrivais toujours.

Décidément, cette femme lui plaisait de plus en plus. Il la regarda découper délicatement un morceau de veau. Elle gardait la même élégance dans ce petit geste anodin. Elle reprit.

— Je vais vous confier un secret. Quand j’étais jeune…

— Vous l’êtes encore, Rosalie… 

— Quel charmeur tout de même ! Quand j’étais jeune, dis-je, j’étais amoureuse de mon cousin de la campagne. Ce qu’il était beau ! Nous étions toujours ensemble. Nos parents se visitaient souvent. Mes premières émotions érotiques, je les ai vécues avec lui.

Robinson se remit à être mal à l’aise devant le franc-parler de Rosalie. Pourtant, il en avait entendu de toutes sortes à propos de l’érotisme, la plupart du temps des histoires tordues d’ailleurs. Mais d’écouter parler Rosalie aussi directement de ses rapports amoureux le déconcertait. En définitive, il admirait sa liberté de parole, alors que lui…

— Nous avons appris ensemble… Comment nous aimer. À la campagne, il suffit de regarder faire les animaux, vous savez.

Elle éclata d’un rire sonore qui fit se tourner certaines têtes.

— Je vous admire, Rosalie.

— Ah oui ?

— Je vous admire d’être capable de parler aussi librement. Je n’ai pas vu cela souvent chez une femme du monde.

— Encore là, ma mère y est pour quelque chose. Et vous… Avez-vous été amoureux un jour ?

— Voilà que vous recommencez.

— Je vous ai prévenu : je suis persévérante.

— Il m’est très difficile d’en parler.

— Prenez votre temps.

Il entama un morceau du rognon encore tout chaud. Il hésitait encore à se livrer. Finalement, il avança presqu’à regret..

— J’ai connu autrefois une jeune fille… En fait, j’étais amoureux d’elle… Follement!

— C’était une cousine ? demanda Rosalie en souriant.

— Non. Une voisine plutôt. Je ne crois pas vous avoir dit que mon père était pasteur et qu’il avait officié dans une paroisse d’Irlande pendant plusieurs années. En réalité, j’ai passé mes années de jeunesse en Irlande.

— Vous êtes anglican pourtant. Ce ne devait pas être facile de tenter de convertir des Irlandais catholiques.

— Effectivement. C’était peine perdue en fait. Mais ce n’est pas ce que mon père voulait vraiment. Il avait adhéré à un mouvement anglican progressiste qui cherchait à soulager la misère des gens plutôt qu’à les convertir.

— Vous avez gardé certaines de ses idées ?

— Certainement. Mon père m’a beaucoup influencé… Il continue à le faire malgré qu’il soit mort depuis longtemps.

— Et comment s’appelait-elle ?

— Qui donc ?

— Ne jouez pas au plus fin, Silas. Nous parlons toujours de votre petite voisine, non ?

Il avala quelques bouchées en gardant le silence.

— Décidément, vous ne lâchez jamais rien, vous.

— Je vous avais averti.

— Oui… Bon… Elle s’appelait Deirdre.

— Un prénom qui ne peut pas être plus irlandais.

— En effet. Et elle n’avait pas seulement le nom d’irlandais, mais aussi la tête : rouquine, yeux verts, taches de rousseur.

— Vous semblez en avoir gardé une image très vive.

— On peut dire cela ainsi.

— Un premier amour, cela ne s’oublie pas.

— Je ne l’ai jamais oubliée…

Silas était maintenant triste et raconter cette histoire le faisait souffrir, vraisemblablement.

— Je vois que je brasse de vieilles émotions. Pardonnez-moi, je ne voulais pas faire surgir de mauvais souvenirs.

— Ce ne sont pas de mauvais souvenirs, bien au contraire. Deirdre avait tout de la femme parfaite pour moi. 

— Et c’est encore le cas? On dirait bien que vous magnifié cette jeune fille. Vous en avez fait la « femme idéale ».

L’homme reprit quelques portions de pommes de terre qu’il fit passer par une ou deux gorgées de vin rouge. Il semblait maintenant trouver que la conversation allait trop loin. Il s’apprêtait à se refermer comme une huître lorsque Rosalie lui demanda.

— Que s’est-il passé, Silas ? Je sens qu’il est arrivé quelque chose, quelque chose d’important.

— Je n’aime pas me souvenir de tout cela, Rosalie. Vous devez comprendre…

— Je comprends bien, soyez assuré. Toutefois, je suis une femme très intuitive, et vous, vous êtes moins secret que vous ne le voudriez.

Silas regardait Rosalie avec l’air de dire : « je ne vous crois pas ». Il se rendit compte cependant qu’elle disait vrai. Le regard qu’elle posait sur lui était empreint d’une telle sympathie qu’il en fut démonté.

— Il s’est passé ce qui se passe généralement dans ces circonstances, nous nous sommes perdus de vue.

— Et vous le regrettez depuis ce jour.

— Même si c’était le cas, je n’y puis rien maintenant.

— Vous n’avez jamais repris contact avec elle ?

— Nous nous sommes quittés lorsque mon père a décidé de retourner à Londres après la mort de ma mère. J’avais 14 ou 15 ans à l’époque. J’ai dû me résigner…

— … À vous séparer d’elle…

Robinson vida son verre de vin, puis il ajoute.

— Ça m’a brisé le cœur.

Rosalie était attendrie de voir ce gros nounours dans cet état. Elle glissa doucement sa main sur la table et la déposa sur la sienne. Elle était chaude et robuste. Celui-ci eut un tressaillement, mais il garda sa main en place.

— Vous ne l’avez jamais revue ?

— Jamais. En partant, elle m’avait laissé un portrait d’elle que je garde toujours par-devers moi. Nous nous sommes écrit pendant quelques années. Nous promettant de nous revoir bientôt… Mais le « bientôt » n’est jamais venu.

Le café venait maintenant d’arriver, ce qui vint briser le charme. Rosalie avait dû retirer sa main. Les deux gardèrent le silence pendant qu’ils sirotaient leur café. Ils n’avaient pris ni dessert ni fromage. Enfin, Robinson proposa à Rosalie d’aller la reconduire chez elle, ce qu’elle accepta. Il alla demander au serveur d’aller chercher un cab qu’ils attendirent dans l’entrée, sans dire un mot.