Carcajou-Chapitre 4

Panorama de Montréal en 1852

— Madame Mary Walker ? 

— Oui, c’est moi. 

— Je suis l’inspecteur-chef Silas Robinson de la police de Montréal et voici mon adjoint, Émile Leclerc. Pouvons-nous entrer ? 

— Mon mari n’est pas là. 

— C’est à vous que nous voulons parler. 

— Ah bon !…  Et à quel sujet ? 

— Ce serait plus facile de tout vous expliquer si nous étions à l’intérieur. 

Après leur dîner, l’équipe d’inspecteurs s’était partagé le travail pour le reste de la journée. Kelly était reparti à la chasse à l’information afin de retrouver le trappeur qui connaissait la cabane du vieux Télesphore. Robinson et Leclerc allèrent à la rencontre de la femme qui avait tant intrigué le constable Morin par ses déclarations. Ils marchèrent sur la rue Dorchester jusqu’à l’avenue Union. Les rues comme Union, Stanley ou Metcalfe avaient toutes été ouvertes perpendiculairement à la rue Dorchester, s’orientant au nord jusqu’à la rue Sherbrooke. Elles faisaient partie d’un nouveau développement construit à partir de 1840 pour une clientèle de familles aisées qui désiraient sortir de la vieille ville et s’établir dans un milieu plus salubre. Le quartier accueillait des maisons en rangée de qualité architecturale exceptionnelle, inspirées des Terrace Houses que l’on retrouvait à Londres. Les représentants de la moyenne bourgeoisie anglo-écossaise protestante s’y étaient rassemblés en un groupe homogène. Il s’agissait pour la plupart de cadres supérieurs de grandes entreprises. 

Robinson était évidemment sensible au fait que cette partie de la population devait être traitée avec certains égards. Il n’était pas question de faire un scandale en étant trop brutal dans son approche ou dans ses questions. Les deux inspecteurs pénétrèrent donc dans la coquette maison qui comportait trois étages. L’entrée donnait sur l’escalier ouvragé qui amenait aux chambres. Madame Walker les invita à passer au salon et leur demanda s’ils désiraient du thé. Les inspecteurs acceptèrent, sachant que c’était là une marque de politesse qui pourrait jouer en leur faveur face à une interlocutrice plutôt méfiante. 

L’hôte de la maison sonna une petite cloche et aussitôt une servante apparut avec son ample robe, son tablier et son bonnet blanc.

— Marguerite, voulez-vous nous préparer du thé ? Apportez-nous également un plateau de petits gâteaux. 

La servante repartit aussitôt après avoir répondu « Bien, Madame ». Robinson prit alors la parole.

— Nous enquêtons sur une agression qui s’est produite lors de la soirée de l’émeute, vendredi dernier. Vous étiez à la maison, je crois? 

— Oui, j’étais ici. Vous parlez d’une seule agression? N’y a-t-il pas eu que cela, des agressions, ce soir là? 

— Celle-là  est particulière. Elle s’est produite un peu après l’émeute et a eu lieu plus loin. Il y a eu un mort.

— Oh! C’est affreux.  

— Le soir de l’émeute, vous êtes-vous rendu compte des événements qui se sont produits sur la Place des Commissaires, juste en bas de la côte Beaver Hall ? 

— Pourquoi me demandez-vous cela ? 

— Lors de nos investigations ces derniers jours, vous avez eu l’occasion de parler à l’un de nos constables. 

— Oui, effectivement. Un policier est venu chez moi pour me poser des questions. Il m’a demandé si j’avais entendu quelque chose le soir de la manifestation. Je n’avais presque rien à dire.

— Je suppose que, comme la plupart des gens de votre voisinage, vous avez entendu du vacarme, des cris, des coups de feu peut-être ?

— Comme je l’ai dit au policier, j’ai bien entendu qu’il se passait quelque chose, mais sans plus. Mon mari n’était pas là et j’ai préféré ne pas trop me mêler de tout cela.

— Plusieurs de vos voisins ont dit qu’ils étaient sortis sur le palier par curiosité. Et vous ? 

— Oui… peut-être… Une fois ou deux, dit une Madame Walker de plus en plus réticente à parler. 

— Et qu’avez-vous vu à ce moment-là ? 

— Rien… Vraiment. J’entendais des bruits et du vacarme plus bas… c’est tout. 

Robinson en était à la partie délicate de son interrogatoire. Il devait lui faire avouer ce qu’elle gardait pour elle. Il sortit de sa besace quelques feuillets et se mit en frais de les lire attentivement en silence. Madame Walker le regardait d’un air inquiet. 

— Pardonnez-moi, mais je consultais les notes que le constable a prises après vous avoir vue. Il semble que vous ayez dit quelque chose comme « ce sont de bons garçons ; ce sont de bons protestants ». 

— C’est possible, et alors ? 

— Je ne comprends pas pourquoi vous avez dit une telle chose alors qu’il vous interrogeait simplement sur ce que vous aviez vu et entendu. Pourquoi avez-vous dit cela ? 

— Je ne sais pas… c’était une simple réflexion générale. 

— C’est quand même un peu étrange que cette « réflexion générale » vous soit venue à l’esprit alors que vous étiez interrogée sur autre chose. 

Robinson arrêta de parler pendant quelques instants, puis continua en chuchotant presque, comme pour lui-même 

— À moins qu’il y ait un lien finalement… Peut-être… Oui. Madame Walker, y aurait-il un lien entre le vacarme de la Place des Commissaires et ces « bons garçons » ?

— Peut-être…

— Peut-être quoi, Madame Walker ?

— C’est un hasard, assurément.

— Un hasard ?…

— … Qu’ils se soient trouvés là au moment même de cette manifestation. Il y avait tellement d’agitation. 

— Vous avez donc vu des garçons dans votre rue ? 

— Comme je vous le disais, je ne suis sortie sur le palier que quelques fois. La première fois, c’est après avoir entendu des bruits et des cris plus bas. La deuxième fois, comme le vacarme s’amplifiait et que j’ai cru entendre des coups de feu, je suis de nouveau sortie.

— Continuez.

— En sortant, j’ai vu plusieurs jeunes garçons courir et passer devant moi. J’ai cru qu’ils fuyaient la manifestation qui avait dégénéré un peu plus bas. 

— Quelle heure était-il ? 

— Je ne sais pas avec certitude, mais la clarté commençait à se faire rare.

— Ces garçons, ils étaient combien ? 

— Ça s’est passé très rapidement. Je ne les ai pas comptés. Ils devaient être sept ou huit. Ils se dirigeaient vers la rue Sherbrooke. 

— Les avez-vous entendus dire quelque chose ? 

— Il y avait tellement de bruit. Ils criaient des choses, c’est certain, mais je ne pouvais pas entendre ce qu’ils disaient.

— Et vous êtes certaine qu’ils fuyaient seulement la manifestation. 

— C’est ce que j’ai cru, en tous les cas.

— Était-ce un groupe compact ?

— Que voulez-vous dire ? 

— Est-ce que les sept et huit garçons se tenaient serrés tous ensemble ? 

— Pour autant que j’ai pu voir, ils étaient ensemble… sauf peut-être deux garçons qui couraient plus vite que les autres.

Robinson jeta un coup d’œil à Leclerc. Il était maintenant temps de faire livrer son secret à Madame Walker. 

— Et vous avez reconnu ces garçons, n’est-ce pas ? 

— Non, non… je n’ai pas reconnu tous ces garçons. 

— Vous en avez donc reconnu au moins un ? 

— Est-ce que ces garçons ont fait quelque chose de mal? dit Madame Walker en se tordant les mains avec angoisse. Vous savez, nos voisins sont tous de bonnes familles. Elles vont régulièrement au temple. Ce sont des gens honorables. 

— Vous connaissez bien vos voisins alors ? C’est bien pour cela que vous avez reconnu l’un des garçons ? 

Madame Walker baissa la tête et soupira profondément. Elle finit par dire. 

— Oui, j’ai reconnu le jeune William. C’est le fils d’un de mes voisins qui demeurent un peu plus haut sur la rue. 

— Vous pouvez me donner leur nom et leur adresse ? 

— Je peux vous assurer, inspecteur, que c’est un bon garçon, sérieux, qui fait des études. C’est aussi un garçon pieux qui va régulièrement au temple. Lorsque je les ai vus, ils s’enfuyaient pour éviter le trouble… oui, c’est ça… ils s’enfuyaient. 

Quand Robinson laissa Madame Walker, celle-ci était très abattue. Peut-être avait-elle un sentiment de trahison non seulement à l’égard de ses « bons voisins », mais aussi de ses coreligionnaires. 

Les deux inspecteurs retournèrent au poste de police. Pendant que Leclerc rédigeait son rapport, l’inspecteur-chef donna des ordres afin que l’on puisse aller chercher ledit William. C’était une personne d’intérêt et il voulait l’interroger. Il exigea que ce soit Morin qui le fasse, accompagné d’un autre constable. Il spécifia clairement qu’il fallait que les choses se passent en douceur. Pour le moment, le jeune homme restait un simple témoin et non un suspect. 

Lorsqu’ils arrivèrent au bureau, Kelly était déjà revenu de sa quête d’information. Il avait mis la main sur le trappeur en question dans l’une des nombreuses tavernes de la vieille ville. Ce dernier n’avait pas hésité à lui donner les indications nécessaires pour retrouver le vieux Télesphore. Robinson désirait se charger seul de la besogne de l’interroger. Il ne voulait surtout pas effrayer le personnage qui était du genre misanthrope. Il était nécessaire de le mettre en confiance.

— Chef, demanda Kelly, me donnez-vous la permission de revenir chez moi ?

— Que se passe-t-il, Kelly ? 

— Ben, c’est ma Nora. Elle est tout près d’accoucher, vous savez. 

— Ah oui ! dit Robinson surpris. Comment va-t-elle ? 

— Pour le moment, ça va. Comme c’est son quatrième, elle commence à en avoir l’habitude. Mais là, elle est proche de la délivrance. Il faudra que je m’occupe d’elle dans les prochains jours.

— Et qui s’occupe de vos autres enfants ? 

— Ma cousine est là depuis quelque temps, mais je dois être prêt à faire venir la sage-femme bientôt.

— Allez-y, Kelly. Vous allez nous manquer. Mais la famille, c’est ce qu’il y a de plus important.

— J’espère que ce ne sera pas trop long. Habituellement, ses accouchements sont rapides. Je vais faire mon possible pour revenir au plus vite. 

— Bonne chance alors. Je vous souhaite un beau gros garçon. 

Kelly sourit de toutes ses dents en sortant du bureau. Robinson se tourna vers Leclerc et lui dit. 

— Je ne savais pas que sa femme était enceinte.

— Kelly est très dévoué à son travail. Il ne voulait surtout pas que vous le mettiez hors du coup. Il prend très au sérieux nos enquêtes. 

— C’est tout à son honneur, mais quand même! j’aurais dû le savoir.

— En tout respect, chef, vous n’êtes pas la personne la plus communicative qui soit. On ne peut pas dire que l’on ait envie de se confier à vous. 

— Vous avez raison, Leclerc, je suis plutôt du genre renfrogné, comme vous vous en êtes rendu compte. Ça vous pose un problème ? 

— Non, pas vraiment. Pas à moi en tout cas. Mais il faut apprendre à percer votre carapace pour vous apprécier à votre juste valeur. 

Les deux hommes se mirent à rire franchement. Cela faisait partie de ce que Robinson aimait de Leclerc : sa franchise. Il savait qu’il pouvait compter sur lui pour le remettre à sa place, même s’il réagissait avec humeur à ses commentaires. Ce n’était pas toujours de gaieté de cœur qu’il recevait ses critiques, mais il avait compris que cela ne pouvait que lui servir. 

***

Robinson était arrivé en face du manoir McTavish. L’immeuble massif lui sembla aussi imposant que lors de sa découverte il y a quelques jours. Toutefois, la clarté faisait apparaître davantage ses défauts. La pierre était salie par endroits. Des broussailles avaient poussé et cachaient une partie des fenêtres du rez-de-chaussée ainsi que la porte centrale. Les ouvertures étaient barricadées à la va-comme-je-te-pousse. Quelques planches s’étaient détachées des fenêtres supérieures. En bref, l’ouvrage ne payait pas de mine.

L’inspecteur-chef avait récupéré les informations pour retrouver le vieux Télesphore. Mais avant de le rencontrer, il avait décidé de passer au manoir comme il s’était promis de le faire. Il fit d’abord tranquillement le tour du bâtiment en sondant quelques fenêtres ainsi que la porte avant. Rien ne semblait avoir été déplacé. La famille McTavish avait sûrement engagé quelques ouvriers pour venir solidifier régulièrement les barricades ; on voyait que certaines planches avaient été remplacées. Il continua son inspection attentive, levant parfois la tête pour examiner l’état de la charpente et de la toiture. Décidément, cette construction était solide et faite pour durer. On voyait à peine quelques pierres fissurées par les intempéries.

Arrivé à l’arrière, Robinson continua son travail d’inspection jusqu’à ce qu’il atteigne la porte d’entrée. C’est alors qu’il constata une faiblesse dans le panneau. Il ne lui a pas suffi de beaucoup de force pour la faire pivoter et la faire tomber par terre. Le panneau avait été déscelé du mur, puis replacé de telle sorte que l’on pouvait avoir l’impression qu’il était fixé au chambranle. Toutefois, il était relativement facile de l’enlever complètement. On avait alors une large ouverture qui donnait accès à l’intérieur du bâtiment. 

Les yeux de l’inspecteur s’habituèrent tranquillement à la pénombre, la zone intérieure étant éclairée seulement par les nombreux interstices des barricades de planches. Après un certain temps, il a pu se faire une idée de l’espace dans lequel il se tenait. Il était entré au rez-de-chaussée situé au ras du sol. Ce n’était pas un étage noble, mais bien celui de la cuisine et des dépendances où devaient se tenir la plupart du temps les serviteurs. À l’origine, il aurait dû y avoir à l’extérieur un escalier de quelques marches permettant de pénétrer directement au premier étage, là où la famille McTavish devait avoir ses quartiers. Un petit escalier collé au mur permettait de se rendre à l’étage par l’intérieur. 

Robinson grimpa les quelques marches pour se retrouver dans les grands espaces qui devaient loger salle à manger, salon et bibliothèque. Un immense plafond haut d’une douzaine de pieds accueillait les visiteurs. La décoration était à peine commencée, mais on avait une idée de la splendeur de l’ensemble par les quelques stucs déjà terminés au plafond. Il y régnait un désordre figé et de nombreux objets ayant servi à la décoration avaient été laissés là, oubliés : barils de stuc séché, contenants de toutes sortes, etc. Les murs étaient salis par l’humidité et on pouvait y apercevoir quelques graffitis plus ou moins anciens. Le plafond avait été noirci par de la fumée, résultat sans aucun doute de quelques feux illégaux allumés directement sur le plancher de tuiles. 

L’inspecteur décida de monter au deuxième étage par le majestueux escalier de marbre placé le long de l’un des murs. C’était l’étage des chambres. Les restes de cloisons laissaient entrevoir qu’il y en aurait eu plusieurs, sept ou huit peut-être. Des immondices jonchaient le sol un peu partout : bouteilles, papiers gras, et autres détritus, signe qu’on venait parfois s’y cacher. Mais la quantité de déchets était beaucoup moins importante que ce à quoi Robinson s’attendait. La réputation de manoir hanté avait sûrement découragé bon nombre de vagabonds de venir s’y installer. Le troisième étage était réservé aux domestiques et l’on ne pouvait y accéder que par un petit escalier dérobé.

Il redescendit au premier et fit systématiquement le tour des pièces. Rien ne laissait penser que l’intérieur du manoir avait quelque chose à voir avec les meurtres. Il trouva bien quelques objets qui ne semblaient pas avoir leur place dans cet endroit. Il ramassa quelques bouts de bois gras de pin résineux, du même type que Leclerc avait rapporté lors de sa première investigation. Aussi une corde de chanvre qui ressemblait à celle attachée à la ceinture du cadavre de Michael Mooney. S’il s’était passé quoi que ce soit ici, on avait sûrement pris la précaution de tout nettoyer avant de quitter les lieux. 

L’enquêteur ressortit par la porte arrière, replaça le panneau de bois et contourna le bâtiment pour aller rejoindre la piste que Kelly lui avait indiquée. Arrivé à l’avant de l’édifice, il ne put s’empêcher de s’arrêter pour admirer le paysage. Venu au Canada depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, Silas Robinson était encore émerveillé par le Nouveau Monde. Britannique pur jus, il avait surtout vécu à Londres, à l’exception d’une dizaine d’années passées dans une petite ville d’Irlande. Il y avait accompagné son père, un pasteur anglican, qui considérait l’Irlande catholique comme un véritable pays de mission. 

Devenu policier à la Metropolitan Police de Londres, mieux connue sous le surnom de Scotland Yard pendant les années 30, il avait finalement pris la décision de s’expatrier au Canada en 1844 pour des raisons obscures. Célibataire et sans famille (son père étant décédé peu avant son départ), il avait voulu refaire sa vie dans un pays qui offrait plus de possibilités. 

Une des premières choses qu’il fit lorsqu’il arriva à Montréal fut de grimper le flanc du Mont-Royal afin d’admirer le panorama. À cette époque, Montréal était encore une petite agglomération concentrée à l’intérieur de ses anciennes fortifications; la ville était entourée de champs où paissaient des animaux de ferme. Aujourd’hui, il se surprenait encore de la vitesse avec laquelle Montréal se développait. L’ancienne bourgade d’Hochelaga, située non loin d’où il se tenait maintenant, était déjà un carrefour important pour les Indiens. On disait qu’au moment où les découvreurs européens arrivèrent ici, de grandes palissades de bois protégeaient plus d’une cinquantaine de longues maisons, qui abritaient approximativement 1500 personnes. 

Pourtant, l’emplacement géographique de Montréal n’était pas idéal pour le commerce. Plusieurs cours d’eau s’y rencontraient, certes, mais ils étaient encombrés de hauts fonds et de remous dangereux, dont les tumultueux rapides de Lachine, qui interdisaient toute navigation vers l’intérieur des terres autrement que par canoës et par portage. 

Malgré tout, la ville s’était épanouie. On avait creusé un canal de contournement des rapides de Lachine, aménagé le port afin qu’il puisse accueillir de plus gros tonnages, creusé un chenal à travers le fleuve Saint-Laurent toujours menacé d’ensablement. Ce que Robinson voyait aujourd’hui du haut de son promontoire était une agglomération en pleine expansion industrielle. Il pouvait apercevoir les deux tours carrées de l’église Notre-Dame, la flèche du Christ Church et de quelques autres églises, la coupole majestueuse de l’immeuble de Bonsecours, etc. Plus loin, une véritable forêt de mâts de bateau près du port et plusieurs voiles circulant sur le fleuve ainsi que de nombreux bateaux à vapeur donnaient un aperçu de l’activité commerciale de Montréal. Au loin, sur la rive sud, beaucoup moins développée que sa cousine nordique, on apercevait quelques clochers d’église et de nombreuses maisons. En levant les yeux vers l’horizon, Robinson pouvait apercevoir quelques-unes des Montérégiennes, une petite chaîne de montagnes en continuité avec le Mont-Royal.

Enfin, plus près de la montagne, il aperçut les nouveaux développements des Terraced Houses du quartier Saint-Antoine, dont celles de la rue Union où il se trouvait le matin même. Plus bas, des faubourgs populaires s’étendaient jusqu’au canal Lachine dans le quartier Saint-Anne et Griffintown. Ce qu’il ne voyait pas mais qu’il connaissait, c’était le développement qui contournait maintenant la montagne, le quartier Saint-Laurent et la côte Sainte-Catherine qui allaient permettre à la ville de s’étendre dorénavant au nord et à l’ouest. 

Ne restait du paysage champêtre qu’avait dû être Hochelaga que la forêt du Mont-Royal plantée sur la montagne en forme de deux îlots arrondis séparés par une petite vallée. C’est par celle-ci que Robinson allait pouvoir trouver la cabane du vieux Télesphore.