Vous lirez ci-dessous l’ÉPILOGUE, dernier épisode du roman LE LEGS D’ANDRÉA. En ces temps de confinement et contrairement à l’habitude de notre blogue de prendre une pause estivale, nous présenterons dans quelques semaines un nouveau roman-feuilleton : LES CRIMES DU MANOIR DEBARTZCH, un roman policier se déroulant au XIXe siècle au Canada. Soyez au rendez-vous !

LEGS (Épilogue)

Copenhague@Photo de Marcel Viau

Zoé traversa le même couloir vert sale avec ses rangées de cases grises cabossées. Il n’y avait pas d’étudiants au CÉGEP. Il était trop tôt. Les cours n’avaient pas encore commencé. Elle alla directement au bureau du directeur au dernier étage. Ce bureau, elle le connaissait bien pour l’avoir fréquenté naguère, pas nécessairement pour les bonnes raisons.

En arrivant devant la secrétaire, elle ne la reconnut pas. C’était l’été, du moins la fin de l’été. Les employés permanents n’étaient pas encore arrivés. Elle se présenta : « je suis Zoé Joncas. Le directeur m’attend ». La jeune fille examina son ordinateur, regarda de nouveau Zoé et signala sa présence à M. Perreault.

— Vous pouvez entrer.

Zoé ouvrit la porte délicatement. Elle entendit Monsieur Perreault lui dire : « Entre, Zoé, entre ». Quand elle eut pénétré dans le bureau, monsieur Perreault était penché sur un dossier. Il commença à se lever pour recevoir Zoé et s’arrêta à mi-chemin de son élan lorsqu’il l’aperçut.

— Doux Jésus ! C’est bien toi, Zoé ?

Évidemment, Zoé avait bien changé. Elle avait mis un pantalon jeans noir tout neuf. Elle portait des ballerines en suédine noire. Un chemisier blanc à manches longues mettait en valeur son teint mat. Sa coiffure rehaussait son beau visage. Elle portait des boucles d’oreilles avec des perles. Il était facile de comprendre pourquoi Monsieur Perreault ne la reconnaissait pas.

Monsieur Perreault contourna son bureau. Il alla l’accueillir en l’embrassant sur les deux joues. Zoé était ravie de cette délicate attention. Il l’invita à s’asseoir sur l’une des deux chaises en face de son bureau. Il reprit sa place et il lui demanda.

— Il y a longtemps ! Ça me fait tellement plaisir de te voir. Tu as l’air en grande forme.

— Je ne suis pas encore rétablie, mais ça va mieux.

Après un moment de silence que ne voulut pas briser le directeur, elle ajouta.

— Je trouvais important de revenir vous voir pour m’excuser de mon comportement. Ce que j’ai fait était inacceptable.

— Voyons Zoé. Tu n’étais pas bien. Ici, tout le monde l’a compris.

— Vous n’aviez pas à payer parce que j’allais mal.

— Comme je te trouve changée, Zoé. La dernière fois que nous avons tenté d’avoir une conversation ensemble, tu étais recroquevillé sur cette chaise et tu me lançais des regards furieux. Tu as fait des pas de géant en quelque mois. Que t’est-il arrivé ?

— Oh, c’est une longue histoire. J’ai rencontré de gens qui m’ont aidé… je me demandais M. Perreault s’il était possible de reprendre ma dernière année d’études ici.

— Bien sûr Zoé. Certainement. Tu as été l’une de mes meilleures élèves… quand tu ne t’amuses pas à lancer des chaises par la fenêtre.

Zoé rit franchement à cette boutade de M. Perrault qui s’amusait follement. Il était tellement content de la voir ainsi. Il ajouta.

— Et je serai même fier de te retrouver dans nos murs. Je vais faire le nécessaire et je te recontacterai.

— Merci beaucoup, M. Perreault.

— Qu’as-tu l’intention de faire après ton DEC ?

— J’irai à l’université sûrement.

— Tu as des projets ?

— Peut-être Psycho. Je ne suis pas encore certaine.

Perreault se leva et tendit la main à Zoé à travers le bureau. Elle la lui serra.

Elle s’apprêtait à sortir lorsqu’elle se rendit compte qu’elle avait oublié de replacer sa chaise. Elle la souleva de ses bras solides jusqu’à mi-corps et regarda la fenêtre pendant plusieurs secondes, puis jeta un regard malicieux au directeur. Elle remit la chaise à sa place. Les deux se regardèrent en souriant. Zoé sortit du bureau le cœur léger. Elle retira son portable de sa poche arrière et signala un numéro.

— Allô, Jessy, c’est moi, Zoé.

FIN

 

 

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