CHAPITRE 7: Un pont sur le Saint-Laurent

Le Grand Séminaire de Montréal

L’équipe de détectives était de nouveau réunie pour faire le point. Il manquait Kelly à qui le chef avait donné congé pour s’occuper de sa famille. Il avait appris que la santé du petit Declan s’était détériorée pendant la nuit. Ce n’était qu’une question de jours ou peut-être même d’heures avant qu’il ne décède. La dysenterie était le genre de maladie dont un enfant, même robuste, ne se remettait généralement pas. Les visages étaient tristes. On savait comment Kelly aimait ses enfants.

— Au moins, le Bon Dieu a épargné ses trois autres enfants, dit Leclerc.

— Je vais prier pour le petit Declan, dit Morin. J’irai allumer des lampions au Sacré-Cœur-de-Jésus à l’église Notre-Dame.

Le chef ne dit rien. Il laissa le silence lourd traîner dans le bureau pendant un bon moment avant d’ajouter.

— Kelly et moi avons rencontré un drôle de pistolet hier : Joe Food. Il nous en a appris un peu plus sur Ronco, l’ex-époux de Marie-Louise.

— Qu’est-ce qui en est ressorti ?

— Je ne le sais pas trop. C’est un vilain personnage, c’est certain. Mais très franchement, il n’y a pas grand-chose dans ses activités qui tiendraient devant un juge.

— Il est mêlé à quoi ?

— Il a des activités légales bien que douteuses moralement. Il fait payer les pauvres immigrants pour leur trouver un emploi. Certaines autres activités le sont un peu moins. Il extorque les tavernes et les auberges pour leur protection… les bordels aussi.

— Les bordels ?

— Eh oui ! Il va voir les tenancières et leur demande de l’argent pour protéger les filles. Il paraît d’ailleurs qu’il ne se gêne pas lui-même pour mettre le doigt dans le pot de miel, si je peux m’exprimer ainsi.

— Les bordels ? répéta Leclerc d’un air dubitatif.

— Tu penses à quelque chose ?

— Vous qui n’aimez pas les coïncidences, chef.

— Et alors ?

— Une des bonnes dames de la Saint-Vincent-de-Paul que j’ai rencontrée m’a dit que Marie-Louise faisait du bénévolat dans les maisons closes et qu’elle cherchait à sortir les filles du métier. Et si Marie-Louise avait rencontré son ex-mari à cette occasion ?

— Il n’aurait sans doute pas aimé beaucoup la voir piétiner ses plates-bandes, surtout s’il gardait de la rancœur envers elle.

— C’est une hypothèse, non ?

— Oui, une hypothèse que l’on garde, Leclerc. De mon côté, j’ai une autre théorie… et elle ne te plaira pas.

— C’est-à-dire ?

— Comme je te l’ai déjà dit, je trouve étrange l’attitude de Meaney dans tout cela.

— Que voulez-vous dire par « étrange » ?

— Je trouve… comment dire… excessive sa réaction face au décès de sa paroissienne.

— Monsieur Meaney aime beaucoup ses paroissiens et ceux-ci le lui rendent bien. Qu’y a-t-il de répréhensible là-dedans ?

— Un curé de paroisse a beau aimer ses paroissiens et apprécier sa ménagère, en connais-tu beaucoup qui s’effondreraient comme il l’a fait à l’annonce de sa mort ?

Leclerc garda le silence, mais on voyait à son visage qu’il n’était pas d’accord avec son chef.

— Réfléchis comme un détective, Leclerc. Voilà un prêtre qui connaît bien une paroissienne, qui l’apprécie jusqu’au point de lui demander de venir régulièrement faire du ménage chez lui. Il l’apprécie tellement qu’il s’inquiète rapidement lorsqu’elle manque un seul rendez-vous. Il va jusqu’à cogner à sa porte pour savoir ce qui se passe et même interroger les voisins.

— C’est normal qu’il s’inquiète pour elle, non ?

— Je veux bien. Si c’était ma mère ou ma sœur, je m’inquiéterais aussi… Mais une étrangère ? Bien sûr, elle l’aide. Mais elles en aident d’autres aussi. Or, les dames de la Saint-Vincent-de-Paul ne semblaient pas s’inquiéter outre mesure, elles. 

— C’est vrai. À quoi pensez-vous alors ?

— Je ne sais trop, Leclerc… Je ne sais trop… 

— Ne me dites pas que vous le soupçonnez d’avoir quelque chose à voir avec cet horrible meurtre ? 

— Je ne sais pas, Leclerc. Ce n’est qu’une théorie.

— Voyons chef, ce n’est pas possible ce que vous dites là. Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?

Robinson garda le silence, très conscient que ses propos heurtaient profondément son adjoint. Leclerc continua.

— Et pourquoi serait-il venu nous prévenir de sa disparition s’il avait eu quelque chose à voir avec sa mort ? Il nous aurait volontairement mis la puce à l’oreille ? Ça n’a pas de sens.

— Je le sais bien. Ça n’a pas beaucoup de sens. Dans notre métier, il faut être capable d’envisager toutes les possibilités. Puis, tu me connais, Leclerc. Je ne m’avancerais jamais sur un terrain comme celui-là surtout, si sensible, sans avoir recueilli des faits solides. C’est pourquoi j’ai besoin d’en savoir plus sur l’abbé Meaney. Je vais aller interroger son supérieur.

— Et que fait-on de Ronco ? demanda Morin.

— On le garde sous le coude. Je vais demander à quelques constables de se mettre en civil afin de surveiller discrètement ses activités.

— Ça va coûter cher, chef. Le superintendant ne sera pas content.

— Il le sera, ne t’en fais pas. Ronco est un gros poisson dont nous ne nous sommes pas encore suffisamment occupés. S’il n’a rien à voir avec la mort de Marie-Louise, il aura plusieurs autres péchés à se faire pardonner, c’est assuré.

***

La voiture venait de s’arrêter devant l’entrée de l’immense bâtiment. Robinson et Morin descendirent de la chaise de poste que le chef avait conduite lui-même. Ce petit véhicule à deux roues, tiré par un seul cheval, était le préféré de Robinson à cause de sa maniabilité et de son anonymat. Même si ce genre de véhicule était conçu pour accueillir deux personnes, les deux hommes étaient un peu à l’étroit dans la cabine. Robinson préférait tout de même la chaise de poste au cab de police, beaucoup plus imposant, qui devait être conduit par un policier. 

Les deux hommes se retrouvèrent devant un bâtiment nouvellement construit sur le flanc du Mont-Royal. Les Sulpiciens possédaient à cet endroit un immense terrain où l’on trouvait naguère une ferme et quelques bâtiments défensifs dont il ne restait que deux tours, des constructions cylindriques à moellons érigées au XVIIe siècle. On avait toujours appelé cet endroit Le Fort-Des-Messieurs-de-Saint-Sulpice. Le fort lui-même avait été détruit pour laisser place au nouvel édifice du Grand Séminaire de Montréal.

Le bâtiment avait belle allure : quatre étages avec un corps principal de deux-cent-soixante-dix pieds de long sur cinquante pieds de large et deux ailes de longueur égale aux extrémités. Ces deux ailes formaient des pavillons mesurant chacun quatre-vingt-dix-sept pieds de long sur quarante-huit de large. Le bâtiment était en pierres de taille de calcaire extraites d’une carrière à flanc de colline. Il avait été inauguré trois ans plus tôt. Les Sulpiciens s’y étaient installés ainsi que les séminaristes, délaissant le Vieux Séminaire de la rue Saint-Paul.

En entrant, les deux hommes se retrouvèrent devant un escalier monumental aux arrangements complexes et aux rampes de chêne ouvragées qui montait jusqu’au quatrième étage. Il y avait un bureau à l’entrée où se tenait le portier. Après s’être identifiés et avoir demandé à parler au supérieur, ils se firent indiquer le chemin au premier étage. Lorsqu’ils montèrent l’escalier, les marches de bois craquèrent sous leur poids.

Ils trouvèrent facilement le bureau du supérieur situé à l’extrémité du couloir, puis frappèrent à la porte. On entendit les pas de quelqu’un qui vint ouvrir. Monsieur Dominique Granet était l’actuel supérieur de la communauté des Messieurs de Saint-Sulpice. C’était un petit homme chauve sur le dessus de la tête et portant des binocles. Il accueillit ses hôtes avec un sourire affable et les invita à venir s’asseoir dans le grand espace qui lui servait de bureau. Trois grandes fenêtres éclairaient la pièce. Le parquet était en bois de la même essence que celle du bureau massif. Un mur complet était couvert des rayonnages d’une bibliothèque bien remplie.

— Cela me fait grand plaisir de vous rencontrer enfin, inspecteur Robinson.

— Il est plutôt rare que les gens aient du plaisir à me voir.

— Sachez que les Sulpiciens ont le plus grand respect pour vous, surtout depuis que vous avez résolu l’affaire Mills avec beaucoup d’habilité et de discrétion.

— Je n’ai fait que mon devoir.

— Pourquoi êtes-vous venu cette fois ? Un de nos Messieurs fait des siennes ?

— Pas vraiment, rassurez-vous.

Robinson n’avait pas encore annoncé publiquement que la mort de la femme sans tête était liée à celle de Marie Louise. Les journaux s’étaient emparés de ce fait divers avec avidité, mais ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent. La plupart des titres de journaux se résumaient à quelque chose comme : « Une inconnue sans tête retrouvée près de la Roche Noire ».

— Nous enquêtons sur la disparition d’une femme, l’une des paroissiennes de l’église Sainte-Anne. C’est un prêtre de Saint-Sulpice qui en est le curé… pardon, le directeur.

— Oui, Monsieur Adrian Meaney. Un excellent pasteur.

— Nous aimerions obtenir quelques informations à son sujet.

— En quoi est-il concerné par cette disparition ?

— En rien, évidemment. Mais nous avons comme méthode de travail dans ce genre de situation de bien connaître tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par la personne disparue. Nous les appelons des témoins.

— Pourquoi alors ne pas aller l’interroger directement ?

— Nous l’avons fait. Cependant, nous avons besoin de renseignements, sur sa carrière par exemple, que son humilité empêcherait sans doute de nous donner. Il est d’origine irlandaise, je crois ?

Morin, qui n’avait pas pipé mot jusqu’à maintenant, s’apprêtait à prendre des notes sur son calepin. Il aimait accompagner son chef dans ce type d’interrogatoire. Il apprenait beaucoup en sa présence. Par exemple, son chef avait une façon bien à lui d’aborder un sujet délicat. Il appelait sa méthode « les chemins de traverse ». 

— Un Irlandais, effectivement. Je ne sais pas exactement où il est né, mais il a fait ses études au petit séminaire de Newry en Irlande du Nord. Vous connaissez ?

— Bien sûr. Je suis d’origine britannique comme vous avez dû l’entendre. Mais j’ai vécu longtemps en Irlande, dans un comté du sud cependant. Je suppose qu’il a dû partir de Newry pour faire des études avancées. Ce n’est pas une très grande région.

— Comme c’était un bon élève, il a été envoyé à Paris pour faire des études au collège irlandais. Il y a été tonsuré dans les années 30, je ne sais plus trop quand. Avez-vous besoin des dates exactes ?

— Non, ce ne sera pas nécessaire. Ce n’est que pour avoir un portrait d’ensemble de l’homme. Je suppose qu’il a dû ensuite faire une formation au séminaire Saint-Sulpice, puis sa solitude à Issy-les-Moulineaux ?

— Je vois que vous êtes très bien informé.

— Vous savez, c’est mon métier d’être bien informé.

— Il a suivi son cursus à Paris et il est arrivé récemment au Canada, en 1858. Il a tout de suite été nommé directeur de la desserte de Sainte-Anne. Les Sulpiciens venaient de faire construire cette belle église et nous cherchions depuis quelques années un sulpicien compétent pour s’occuper de la communauté irlandaise.

— Il est vrai que le quartier compte beaucoup d’Irlandais.

— La grande majorité de la population est Irlandaise venue des vagues d’immigration dues aux famines en Irlande. Ce sont des familles pauvres et très croyantes. Nous avions besoin d’un prêtre généreux et dévoué pour s’occuper d’eux et monsieur Meaney n’a pas fait mentir sa réputation. Ces Irlandais qui s’entassent dans le quartier sont des gens industrieux et travailleurs, mais pauvres comme Job. Ils sont locataires de maisons vétustes, des gagne-petit pour la plupart. Selon monsieur Meaney, seulement trois paroissiens ont pu donner vingt piastres pour ses œuvres l’année dernière.

— Monsieur Meaney a la réputation d’aider les pauvres de sa paroisse ?

— Certainement. Il se démène pour cela… passez-moi l’expression… comme un diable dans l’eau bénite. Il amasse des fonds auprès des communautés catholiques plus riches pour créer des œuvres de bienfaisance. Il est actuellement en train de mettre sur pied un asile d’orphelins, comme le font les protestants. Pour soutenir cette œuvre, il a formé un comité chargé d’organiser des bazars. Depuis deux ans, il accumule beaucoup de sous de cette façon.

— Il semble très respecté.

— Certes. Nous le considérons comme une figure montante de notre communauté. Nous avons des plans pour lui. Je ne serais pas surpris que l’on pense déjà à lui à Rome pour un évêché quelque part. L’importance de ses activités, le succès de ses œuvres de bienfaisance et ses qualités pastorales lui valent une renommée enviable, surtout auprès des catholiques irlandais.

— Cela ne doit pas aller sans déplaire à certains confrères, non ?

— Que voulez-vous dire ?

— Vous savez, monsieur Granet, je travaille constamment avec toutes sortes de spécimens de la nature humaine. Je connais bien certains traits de caractère de mes semblables. Je sais de façon certaine que lorsque quelqu’un essaie de s’élever, d’autres tentent de le rabaisser.

— Je vois ce que vous voulez dire.

Le supérieur prit un temps pour réfléchir, autant pour ramasser ses idées que pour se demander ce qu’il était en droit de dire. Il continua.

— Je vois bien… Il est certain qu’on lui reproche parfois de s’occuper trop exclusivement des Irlandais et de délaisser les Canadiens français. Pourtant, ce n’est pas vrai. Monsieur Meaney a appris le français à Paris. Il le parle et l’écrit très bien.

— Autre chose ?

— Je ne vous apprends rien si je vous dis que certains trouvent que les Sulpiciens prennent beaucoup de place dans l’Église de Montréal. Nous sommes souvent en désaccord avec l’évêque pour le contrôle des dessertes et l’ouverture de nouvelles. L’évêque aimerait créer des paroisses avec certaines de nos dessertes, dont Sainte-Anne. Elles tomberaient alors sous l’autorité de l’évêché et non plus sous la nôtre. Monsieur Meaney s’y oppose farouchement. Comme nous, il ne veut pas de la division territoriale de la seule et unique paroisse de Montréal, c’est-à-dire la paroisse Notre-Dame. 

— Si je comprends bien, il se fait des ennemis.

— Je n’irais pas jusqu’à ce point-là. Des envieux, certainement. Des frustrés, sans doute.

— Je le conçois bien. Pouvez-vous m’en dire plus ?

— Oh, il y a bien quelques frustrés. Certains prêtres séculiers qui relèvent de l’évêque, par exemple, voudraient peut-être prendre la place de monsieur Meaney si l’église Sainte-Anne venait à se transformer en paroisse.

— Et cela a des conséquences pour lui ?

— Pas vraiment… des rumeurs peut-être, sans plus.

— Pouvez-vous me parler de ces rumeurs ?

Le supérieur fit une drôle de moue en silence, très réticent, semble-t-il, à répondre à cette question.

— Ce n’est pas à moi de commenter ces rumeurs. Généralement, le propre des rumeurs, c’est qu’elles sont non fondées de toute façon.

— Je suis bien d’accord avec vous. Vous savez, avec le métier que je fais, il y a longtemps maintenant que je suis en mesure de distinguer le vrai du faux. C’est même une obligation de ma part si je veux que la vérité surgisse.

— Certes, je vous fais confiance bien sûr… il y a un certain prêtre séculier qui distille de façon insidieuse des rumeurs sur la vie privée de monsieur Meaney.

Voilà, on y était ! Le chef était arrivé là où il le voulait. Sa méthode des chemins de traverse avait fonctionné. Jamais il n’abordait directement une question délicate sans y être obligé. Il pouvait faire de grands détours, ce qui amadouait son interlocuteur et décontenançait parfois ses adjoints. Morin qui avait assisté jusque-là sans dire un mot à l’interrogatoire était ébahi.

— Ah bon ! dit le chef qui faisait semblant d’être surpris par la remarque du supérieur.

— Des rumeurs, oui. Il laisse entendre que notre confrère n’est pas très à l’aise avec certains de ses engagements.

— Pardonnez-moi, monsieur Granet, mais vous savez je suis anglican. Je ne vois pas très bien de quoi il s’agit quand l’on parle d’engagement.

Une autre des stratégies du détective concernant les interrogatoires, c’était de poser des questions dont il avait déjà les réponses, quitte à jouer les innocents devant son interlocuteur. De toute évidence, Robinson savait très bien de quoi il s’agissait en abordant les engagements des prêtres.

— Pour nous les prêtres, nous ne faisons pas de vœux comme les communautés monastiques. Cependant nous avons des engagements, comme d’obéir aux autorités ecclésiales et évidemment le célibat.

— Alors, vous ne vous engagez pas à l’équivalent d’un vœu de pauvreté.

— Non, d’autant que les premiers Sulpiciens étaient des gens très riches. Ils ne voulaient pas abandonner leur fortune. Ils ont préféré en faire profiter la communauté, particulièrement ici à Montréal.

— Par conséquent, il serait incongru que Monsieur Meaney ait détourné des fonds ?

— Tout à fait incongru. Nous l’aurions su de toute façon.

— Les rumeurs parlent de quel autre engagement brisé alors ?

— Ce n’est sûrement pas vrai. C’est impossible. On dit que notre confrère aurait transgressé l’engagement du célibat.

— Cet engagement consiste, je pense, à ne pas se marier ?

—  Plus que cela. Nous devons nous garder chastes en tout temps envers les femmes. Cet engagement a une valeur sacrée chez les prêtres catholiques, vous savez. Jamais notre confrère n’aurait transgressé cet engagement, sachant que dans ce cas, il serait réduit à l’état laïque et ne pourrait plus exercer son ministère.

— Donc, la rumeur dirait que votre confrère fréquenterait une femme en secret.

— Ce ne sont que des rumeurs. Je n’y crois pas une seconde. Notre confrère est tellement dévoué à sa communauté. De plus, il a toujours respecté ses engagements depuis que nous le connaissons. 

— Vous m’avez dit qu’il était à Montréal depuis seulement deux ans. C’est peu pour bien connaître quelqu’un.

— Mais nous sommes en contact permanent avec nos confrères de Paris et d’Irlande. Nous suivons de très près nos confrères à partir du moment où ils sont engagés avec nous. Je peux vous assurer que jamais jusqu’à maintenant nous n’avons eu à reprocher quoi que ce soit à monsieur Meaney concernant ses engagements. À mon avis, comme je le disais, sa réputation fait des frustrés et des jaloux.

— Je suis bien prêt à vous croire sur parole. J’aimerais bien quand même avoir le nom de celui qui fait circuler ces rumeurs.

— Il s’agit d’un prêtre séculier, aumônier de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul : l’abbé Alphonse Thériault. Je n’ai malheureusement pas son adresse.

— Ne vous en faites pas, nous la trouverons. Nous ne vous ferons pas perdre plus de temps. Nous vous remercions grandement de votre aide.

Morin ferma son carnet et le rangea avec son crayon dans son cartable. Les deux hommes se levèrent en même temps et serrèrent la main du supérieur.

— Puis-je vous demander d’être discret dans vos démarches et de me tenir au courant s’il y avait du nouveau ?

— Ne vous inquiétez pas pour la discrétion. Pour nous, c’est d’une importance capitale de nous concentrer sur les faits seulement et non sur les opinions ou sur les rumeurs. Merci de nous avoir reçu, monsieur Granet.