Peste bleue-Épisode 4

L’épidémie de typhus au Canada

Les deux détectives arrivèrent en face d’une maison située sur la rue Sherbrooke. Ce n’était pas un manoir comme il en existait plusieurs sur cette rue de nouveaux riches, mais elle était suffisamment imposante pour montrer que ses propriétaires étaient bien-nantis.

Comme toujours, Leclerc s’était bien préparé. Il avait plongé dans la documentation d’époque (dossiers, journaux, etc.) afin d’accumuler des informations sur John Easton Mills. Il en avait appris un peu plus sur l’homme. C’était un Américain d’origine arrivé jeune à Montréal avec son frère Cephas. Ils avaient fondé une entreprise de fourrure qui avait fait leur fortune. Par la suite, le commerce de fourrures déclinant, John avait créé une banque (la Mills Bank) et devint un financier prospère. Il s’était ensuite intéressé à la politique municipale et avait présenté sa candidature à la mairie en 1846. Il fut élu par ses pairs après plusieurs mois d’incidents rocambolesques.

Son principal fait d’armes avait été de gérer l’épidémie la plus meurtrière du Canada. En 1847, le typhus était arrivé par l’immigration massive des Irlandais fuyant les premières vagues de la Grande Famine et qui s’entassaient par milliers dans des bateaux insalubres. Arrivés au Canada, on les parquait dans des baraquements semblables à ceux de « l’Hôpital de la Pointe-Saint-Charles ». Les patients ne savaient pas que, pour beaucoup d’entre eux, on les conduisait vers une mort certaine. L’hôpital accueillit pendant cette période plus de 13 000 patients contagieux. On estime que plus de 6000 personnes y seraient mortes, la plupart des Irlandais que l’on a enterrés dans une fosse commune près de ces baraquements. 

Lorsque les détectives frappèrent à la porte, une servante vint leur ouvrir, les débarrassa de leur chapeau melon et les introduisit dans la bibliothèque. Il y avait là plusieurs fauteuils confortables. Ils en choisirent chacun un et s’y enfoncèrent. Après un quart d’heure d’attente, une femme d’une cinquantaine d’années entra, suivie d’un homme et d’une femme plus jeunes.

— Je suis Madame Mills et voici ma fille et son mari. Que nous vaut l’honneur de la visite de la police ?

Leclerc expliqua qu’il était archiviste à la police de Montréal et qu’on l’avait mandaté pour faire des recherches sur les anciens maires de la ville. La police était très pauvre en renseignements dans le domaine des archives et l’on souhaitait garder en mémoire pour la postérité ceux qui avaient été leur patron pendant des années. Il allait rédiger des biographies des maires en relevant surtout les faits qui avaient marqué leur carrière. 

N’étant pas sûr que leur hôte eût avalé cette couleuvre, Leclerc entendit pourtant la fille de madame Mills répondre qu’elle accueillerait volontiers ses questions. Il s’installa avec son cahier de notes et fit raconter à la veuve le passé de Mills, un passé qu’il connaissait déjà. Le récit qu’elle en fit corroborait en grande partie le sien. De plus, on apprit qu’ils s’étaient mariés à Montréal en 1826 et qu’ils y avaient eu leur première fille la même année de son mariage. Ensuite, le couple avait eu trois autres filles, les deux plus jeunes demeurant encore avec leur mère. Leur seul garçon était décédé deux années après son père. Mary Elizabeth, la cadette, leur avait également donné une petite fille.

Sans qu’on le leur explique, les deux détectives comprirent pourquoi sa fille et son gendre habitaient avec la veuve. Il n’était pas rare en effet qu’une femme restée sans mari doive s’appuyer sur un homme pour la gestion de l’héritage. Comme elle avait perdu son fils unique, le gendre avait pris en charge la maisonnée. Robinson reprit la conversation et demanda :

— Je ne l’ai pas connu personnellement, mais il semble que votre mari soit mort en héros.

— Oui, c’est vrai, mon père était un héros, répondit Mary Elizabeth sans laisser à sa mère le temps de répondre. J’étais encore jeune, mais je l’ai vu se démener pour soigner les malades qui arrivaient à plein bateau. Il ne s’est pas contenté de faire agrandir l’hôpital ; il a lui-même mis la main à la pâte en soignant des malades. Je l’entendais même partir le soir pour aller remplacer les soignants épuisés, durant la nuit… Et il en est mort.

— C’est évidemment un grand malheur… Il n’a pas eu de chance… dit Leclerc en regardant la veuve.

— Ce n’était pas une question de chance, rétorqua la fille. Comme il soignait les malades, il était inévitable que tôt ou tard cela lui arrive.

— Oui, vous avez raison, ajouta Robinson. Ce que mon adjoint veut dire, c’est que de très nombreuses personnes, religieuses ou bénévoles, ont soigné les malades du typhus et ils n’en sont pas tous décédés. Plusieurs ont été touchés par la maladie et ils se sont rétablis. Le cas le plus célèbre, il me semble, est celui de Mgr Bourget. Il venait régulièrement donner l’extrême-onction aux malades. Il a attrapé la maladie et il est toujours vivant. C’est pourquoi on pense que M. Mills n’a pas été chanceux.

— Ça n’enlève rien à son héroïsme en tout cas.

— C’est évident, continua Robinson. Je n’étais pas présent, mais je me souviens que les journaux avaient vanté votre mari en des termes très élogieux. Il y avait beaucoup de monde aux funérailles ? Est-ce dans cette maison que vous avez exposé le corps ?

La veuve qui n’avait pas dit un mot jusque-là répondit :

— Nous avons fait des funérailles intimes, sans exposition. Mon mari était un homme modeste et il n’aurait pas voulu d’un événement grandiose. 

— Le fait qu’il soit mort du typhus, reprit sa fille, n’était pas pour attirer les foules, vous vous en doutez bien. Tout le monde craignait la contagion. Ma mère a préféré simplement faire transporter son cercueil fermé au cimetière.

— Oui, bien sûr. Je comprends. Et où a-t-il été enterré ?

— Dans le Saint Lawrence Burial Ground. Il y avait une grande foule à son enterrement.

— Je croyais qu’il avait été inhumé dans le fleuve Saint-Laurent ? dit Leclerc

— Ça, c’est ce qu’ont écrit les journaux canadiens-français qui ont mal traduit le nom du cimetière, dit sa fille, insultée. Comme si l’on avait pu jeter le corps de mon père dans le fleuve… Quand même !

— Cela veut donc dire qu’il y est toujours ? reprit Robinson.

— Certainement, mais pas pour très longtemps encore. On va bientôt faire transférer ses restes dans le nouveau cimetière protestant sur le Mont-Royal. Ce sera plus facile pour nous d’aller le visiter… Mais pourquoi posez-vous toutes ces questions sur son enterrement ? En quoi est-ce si important pour sa biographie d’avoir tous ces détails ?

Robinson regarda la veuve qui avait baissé les yeux. Il sortit de sa poche la montre à gousset et la lui montra.

— Reconnaissez-vous cette montre ?

C’est la fille qui la prit dans sa main. Elle l’examina attentivement et la lui remit.

— Elle ressemble à celle que mon papa avait reçue alors qu’il était directeur de la City Bank.

— Il a été directeur de cette banque ?

— Ce fut le premier directeur. C’est une œuvre qui lui tenait à cœur. Il était très généreux. Il a donné beaucoup de son temps et de son argent, y inclus à des œuvres religieuses catholiques, lui qui était protestant. C’est lui qui a fourni les fonds pour la construction de la première église catholique irlandaise, l’église Saint Patrick. Mon père a toujours fait en sorte d’aider les plus pauvres.

— Pouvez-vous me montrer la montre de votre père ?

— Maman, tu sais où elle est.

— Non… il a dû la perdre… Elle n’était pas dans ses affaires quand il est mort.

— Évidemment, vous ne l’auriez pas enterré avec lui de toute façon. Ce n’est pas notre coutume de mettre des objets de valeur dans le cercueil du défunt.

— Bien sûr que non…

— Alors, il est possible que cette montre-ci lui appartienne. Qu’en pensez-vous ?

— Peut-être. Mais il y en a sûrement plusieurs comme celle-là.

— Vous avez raison. Il y en a eu exactement quinze.

— Seulement quinze ? dit la fille, surprise.

— Nous avons vérifié auprès de la banque. Tous les gestionnaires qui ont reçu cette montre l’ont gardée. En réalité, il n’y a qu’une seule montre dont nous ayons perdu la trace : celle-ci.

— Ce serait donc la montre de mon père ? dit Mary Elizabeth en regardant sa mère.

— Comme je l’ai dit, nous ne l’avons pas trouvée dans ses affaires. Il l’avait peut-être donnée… ou peut-être l’avait-il perdue…

— C’est une possibilité, dit Robinson en faisant semblant de réfléchir. Puis, il sortit de sa sacoche la chevalière maçonnique. La reconnaissez-vous ?

— C’est la chevalière de papa ! Il la portait toujours à sa main droite. Quand je lui ai posé la question une fois, il m’a dit que c’était pour sa graduation du collège.

Le mari de Mary Elizabeth prit la chevalière entre ses doigts, l’examina attentivement et la remit à la veuve.

— Et vous, Madame, la reconnaissez-vous ?

— Ça ressemble à la même bague que celle de mon mari, du moins c’est le même dessin. Il la gardait toujours à son doigt.

— Et la bague de votre mari, l’avez-vous retrouvée dans ses affaires à sa mort ?

— Non…

— Pourquoi toutes ces questions ? reprit la fille… Et ces objets… Que se passe-t-il, détective ? Vous n’êtes pas venu pour la biographie de mon père, n’est-ce pas ?

— Non, pas vraiment.

— Alors pourquoi ?… Qu’y a-t-il ?

— Nous avons découvert récemment un corps dans la forêt du Mont-Royal, un squelette en fait. Nous avons de très bonnes raisons de croire que c’est le corps de votre père… de votre mari, madame.

À ces mots, la veuve s’évanouit et tomba comme une chiffe molle. Les deux détectives se précipitèrent pour la relever et la faire asseoir dans un fauteuil. La fille se dépêcha de sortir pour aller chercher une serviette humide et des sels. Pendant ce temps, le beau-fils s’approcha et dit à Robinson :

— Ça n’a tout simplement pas de sens ce que vous dites. Comment M. Mills a-t-il pu être enterré au cimetière St Lawrence et en même temps se trouver à des miles de là, sur la montagne ?

— Effectivement, ça n’a pas beaucoup de sens. Savez-vous quelque chose de votre côté ?… Monsieur ? …

— Elijah Moffet, vous pouvez m’appeler Elijah. Je ne sais pratiquement rien de cette famille et je tombe des nues, croyez-moi.

— Pouvez-vous me parler de ce que vous savez alors, Elijah?

— Je n’ai voulu rien dire devant les dames, mais j’ai reconnu le dessin de la bague. Il s’agit d’une chevalière maçonnique du rite d’York.

— Vous êtes franc-maçon vous-même ?

— Oui, mais pas du même rite et pas de la même loge, sinon j’aurais rencontré M. Mills à un moment donné ou l’autre lors de nos réunions. D’ailleurs, vous êtes sûrement au courant, détective Robinson ?

— Pourquoi dites-vous cela ?

— Il y a des signes qui ne trompent pas.

— Vous avez raison. J’appartiens à une loge maçonnique, mais je ne suis pas très pratiquant.

Mary Elizabeth revint en courant vers la bibliothèque, épongea le front de sa mère avec la serviette humide et lui mit des sels sous le nez, ce qui eut pour effet de la réveiller brusquement. La veuve regarda autour d’elle, désemparée.

— Voyez donc ce que vous avez fait ! Je vais me plaindre aux autorités. Perturber ainsi une vieille dame avec vos histoires invraisemblables… abracadabrantes.

Les deux détectives se reculèrent légèrement afin de laisser passer la colère de la fille. Ils savaient d’expérience que dans ces moments-là, il ne fallait pas insister.

— Pauvre papa ! Il a eu bien des épreuves dans sa vie… et même après sa mort, à ce que je vois.

— Pardonnez-nous si nous avons été brutaux. Nous devons faire notre enquête pour apprendre la vérité.

— La vérité !… La vérité !… Mais vous la connaissez la vérité : mon père est mort du typhus et il a été enterré au cimetière St Lawrence

— … Et ce fut sans doute un moment très pénible pour vous et pour votre famille…

— Ce n’est rien de le dire. Je l’ai tellement pleuré, mon papa.

— Au moins, vous avez eu le temps de lui faire vos adieux.

— Non justement… et ce fut cela le pire. On ne pouvait pas le voir pendant qu’il était malade.

— On ne le gardait pas ici même ?

— Bien sûr que non. Beaucoup trop de risques de contagion. Mon oncle avait loué un petit appartement près de la banque. C’est là qu’il a été soigné.

— Personne d’autre que votre oncle ne l’a vu ? Même pas votre mère ?

— Bien sûr que maman y allait parfois pour le visiter, mais mon oncle ne voulait pas qu’elle vienne trop souvent.

— Son agonie a duré longtemps ?

— Sûrement quelques semaines. Un jour maman et mon oncle sont revenus de l’appartement pour nous annoncer qu’il était décédé et qu’ils avaient fait le nécessaire pour l’enterrer. Je n’ai donc pas pu l’embrasser avant qu’il parte.

Pendant tout le temps de cette conversation, la veuve regardait dans le vide, comme si elle n’entendait pas ce qui se disait.

— Tout cela est bien malheureux. Nous sommes désolés pour vous. De toute façon, je pourrai fermer définitivement mon enquête dans peu de temps. Vous m’avez bien dit que vous alliez assister bientôt à la translation des restes de votre père. Nous serons là et nous ouvrirons le cercueil afin d’avoir une certitude qu’il est bien là où il doit être et que tout le reste n’est qu’une série de malentendus.

— Vous n’y trouverez que des pierres, dit la veuve qui prononça sa phrase d’une voix éteinte.

— Qu’est-ce que tu dis là, maman ?

— Ils ne trouveront que des pierres dans le cercueil.

— Mais comment se fait-il ?

— C’est Cephas, mon beau-frère, qui en a eu l’idée.

— Quelle idée ?

— John avait disparu et nous ne savions pas où il était ou encore s’il était toujours vivant.

— Disparu !

— Cela lui arrivait parfois de disparaître. Mais ça ne durait jamais longtemps, que deux ou trois jours habituellement. Une semaine tout au plus. Il revenait ces journées-là toujours un peu plus gai, comme apaisé.

— Qu’est-ce qu’il faisait pendant ces temps-là ?

— Il n’a jamais voulu me le dire.

— C’est donc votre beau-frère qui a eu l’idée de garder secrète son… escapade.

— Oui, il a proposé de l’attendre pendant quelques semaines en disant à tout le monde qu’il était trop malade pour recevoir. Lorsqu’il reviendrait, nous n’aurions qu’à lui demander de jouer la comédie du rétablissement. Nous avons espéré tant et tant qu’il revienne bientôt… Mais il n’est jamais réapparu.

— Pourquoi ne pas avoir averti la police ?

— Cephas disait que la police ne faisait rien en cas de disparition d’un adulte. Elle ne le chercherait même pas. Puis, il y avait la réputation de la famille à protéger.

— La réputation ! dit sa fille en haussant le ton. Mais nous, ses enfants, tu ne crois pas que nous aurions aimé le savoir ?

— Nous avons voulu vous protéger. Vous étiez encore très jeunes.

— Mais il aurait pu se passer n’importe quoi. Il aurait pu avoir eu un accident…

— … Ou il aurait pu se suicider, dit Leclerc.

La veuve le regarda, le visage en larmes.

— C’était une possibilité en effet… la plus plausible selon nous.

— Il était neurasthénique ?

— Sous ses dehors d’homme fort, John a toujours été fragile. Il lui arrivait parfois de s’isoler. Cela pouvait durer des jours. Dans ces moments-là, il restait au lit. Quand il en sortait, c’était presque pire. Il déambulait dans la maison comme s’il était ailleurs, sans faire attention à personne. Quand il finissait par se reprendre et que je voulais connaître les raisons de cet abattement, il ne me racontait rien. Il ne voulait simplement pas en parler. La seule fois où j’ai pu lui tirer les vers du nez, il m’a simplement avoué que les fantômes de son passé revenaient le hanter.

Mary Elizabeth regarda sa mère comme si elle découvrait un monde inconnu jusqu’alors. Son père, neurasthénique ? Elle ne semblait pas en croire ses oreilles.

— Vous a-t-il déjà parlé de ces… fantômes ?

— Non jamais. Je sais seulement que cela le faisait souffrir énormément. Pourtant, quelques années avant sa mort, il allait un peu mieux. John était méthodiste, vous savez, mais il n’avait jamais été très pratiquant. Lorsqu’il avait rencontré le révérend Caughey, qui a été un temps pasteur de la Wesleyan Methodist Church à Montréal, il s’est tout de suite attaché à lui. Malheureusement le révérend a dû partir pour l’Angleterre peu de temps après. C’est à partir de cette période que John s’est absenté pour des périodes d’une semaine de temps en temps.

— A-t-il revu le révérend ?

— Une ou deux fois, lorsque le révérend Caughey est revenu à Montréal pour quelques conférences en 1845. Je ne sais pas si c’est à cause de ces rencontres, mais à partir de ce moment-là, John a commencé à se transformer, comme s’il avait vécu une véritable conversion. Ce n’est que maintenant, avec le recul, que je suis capable de le reconnaître.

— Transformé ?

— Je veux dire qu’il n’agissait plus de la même façon. Il était devenu… plus… humain… plus attentif aux autres… à ses enfants… à moi.  

— Selon vous, que s’est-il passé ?

— Je ne sais pas. Depuis que je le connaissais, John était toujours resté un homme secret ; il ne se livrait pas.

— Et donc, selon vous, il allait mieux depuis quelques années ?

— C’est ce que je croyais, mais…

— … Vous pensez qu’il aurait rechuté ?

— C’est ce que son frère pensait. Et je l’ai cru moi aussi. Je savais bien comment il était lorsqu’il était… dans cet état. J’avais peur pour lui. Alors, Cephas a inventé cette histoire de maladie contagieuse. Il a loué un appartement près de son bureau et il a fait semblant d’aller le rencontrer régulièrement. John n’y était pas, évidemment. J’ai aussi joué le jeu. Puis, on a annoncé sa mort. Nous avons commandé un cercueil qui nous a été livré à l’appartement. Nous l’avons rempli de pierres. Vous connaissez la suite…

La fille de la veuve était abasourdie. Elle n’en revenait toujours pas. Sa mère la regarda et lui dit.

— Tu sais, ma chérie, nous devions maintenir la réputation de la famille. Un suicide… Ce n’était pas possible…

— La réputation de la famille ? Mon œil ! La réputation de l’entreprise et de la banque de papa, oui. J’en veux beaucoup à oncle Cephas d’avoir inventé une telle histoire. S’il était encore vivant, il aurait affaire à moi.

— Où avez-vous retrouvé le corps de mon mari ? demanda la veuve.

Leclerc lui raconta comment nous avions découvert le squelette et de quelle façon nous avions pu l’identifier.

— Comment est-il mort ?

— Nous ne le savons pas encore, mais nous sommes certains d’une chose : il ne s’est pas suicidé. L’expertise médico-légale est formelle à cet égard. C’était peut-être un accident…

— Vous avez un doute ?

— Nous n’excluons pas l’hypothèse d’un homicide.

Cette dernière remarque provoqua une onde de choc chez les deux femmes. Mary Élisabeth se mit à sangloter comme sa mère.

— Nous allons devoir annoncer officiellement notre découverte. Nous n’avons pas le choix. Si j’ai un conseil à vous donner, ne faites aucun commentaire aux journalistes. Renvoyez-les simplement à la police. L’enquête est toujours en cours et nous avons besoin d’investiguer davantage. Nous ne voulons pas que toutes sortes d’informations circulent n’importe comment.

— Merci de nous avertir. Nous serons discrets, répondit la fille. Détective Robinson, allons-nous pouvoir récupérer ce qui reste du corps de mon père pour l’inhumer dignement ?

— Dès que nous en aurons terminé avec l’enquête, nous vous le remettrons sans faute. Vous avez ma parole.