Les romans policiers historiques

Rue Notre Dame en 1850

Pour celles et ceux qui s’impatientent de retrouver mon enquêteur Silas Robinson, vous n’aurez pas longtemps à attendre, car une deuxième enquête est sur le point d’être publiée sur mon blogue sous forme d’épisodes de feuilleton. Restez branchés !

D’ici là, j’aimerais vous faire part de ma réflexion sur les romans policiers historiques et vous proposer une suggestion de lecture.

Le roman policier historique est un genre littéraire à part entière. Le roman policier a sa propre histoire qui débute au XIXe siècle. L’inspecteur Lecoq d’Émile Gaboriau est sans doute l’un des premiers personnages de roman policier de type whodunit dans lequel un détective mène une enquête pour trouver le coupable. Évidemment, le plus connu de tous est Arthur Conan Doyle et son fameux Sherlock Homes écrit à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. 

Toutefois, les premiers romans policiers historiques écrits par des auteurs contemporains sur des périodes historiques relèvent d’un phénomène relativement récent. L’une des premières autrices à en avoir fait un genre à part entière est Ellis Peters avec ses aventures du frère Cadfael qui se passent au Moyen-Âge. Bien sûr, on pourrait aussi faire référence au roman Le Nom de la Rose de Umberto Eco, bien que l’on ne puisse pas le considérer comme un véritable roman policier.

Actuellement, plusieurs auteurs de romans en font une véritable spécialité. J’aimerais aujourd’hui mettre en évidence une autrice indépendante qui utilise l’autoédition pour publier ses œuvres. Il s’agit de Delphine Montariol. Elle a publié quelques séries de romans policiers qui se déroulent au XIXe siècle et au début du XXe. Je me suis intéressé à la série Worthington et Spencer, deux détectives privés, une femme et son cousin, qui résolvent des crimes se passant dans la bonne société britannique de l’ère victorienne à la fin du XIXe siècle.

Les deux détectives se rencontrent lors d’une première enquête dans un manoir anglais où plusieurs meurtres sont commis (Sombres secrets). L’action se déroule sur les chapeaux de roue et nous tient en haleine malgré le nombre impressionnant de personnages. Évidemment, ce n’est pas la première fois que l’on retrouve une telle unité de lieu dans les romans policiers depuis Agatha Christie notamment. Le tout reste d’en renouveler le genre, ce que l’autrice ne manque pas de faire. 

Une deuxième enquête se déroule alors que les deux cousins se sont associés pour créer une agence de détectives privés. Elsie, la cousine plus jeune de Spencer, ne passe pas inaperçue auprès de la police de Londres. On n’a pas vu souvent une femme de caractère comme elle mener des enquêtes avec un tel sang-froid et une telle faculté de déduction. Elle forme la paire parfaite avec son cousin, ancien membre de la police militaire de l’armée britannique des Indes. Dans Esprits tueurs, ils devront affronter de redoutables adversaires dans le milieu de l’ésotérisme londonien. 

Une troisième enquête tout aussi palpitante (Exquises miniatures) les amène à une investigation dans le monde des clubs anglais fermés et de la haute société de l’époque, tout en se faisant de solides alliés auprès des quelques détectives de Scotland Yard et d’un procureur rigoureux. Ils réussiront à boucler une enquête sur d’énigmatiques maisons miniatures qui représentent la commission de meurtres plus sordides les uns que les autres. 

L’écriture de l’autrice est simple, fine et surtout déliée. Elle contrôle ses intrigues de façon parfaite. Dès le début des enquêtes, nous sommes entraînés malgré nous grâce à un style qui a fait le succès des polars américains. Il n’y a rien de superflu dans la narration. On ne se perd jamais dans des descriptions inutiles. De plus, la formation d’historienne de l’autrice nous garantit l’authenticité de l’univers bien particulier de l’époque victorienne et de ses mœurs. Enfin, elle sait donner un ton particulier à ses romans, le narrateur se tenant un peu décalé de l’action comme pour nous dire : « vous savez, ce n’est qu’une histoire après tout ». Cette atmosphère produit des romans très agréables, presque légers, malgré la noirceur des thèmes et des crimes, ce qui nous donne le goût d’y revenir. Pour tout dire, voilà des ouvrages qui font honneur au genre particulier des romans policiers historiques.

On peut trouver facilement les livres de Delphine Montariol en format papier et numérique (Kindle seulement) sur Amazon. Il est aussi possible de se les procurer sur son site web : https://www.delphinemontariol.com.

Quelle imagination!?

Calliope

J’ai reçu des commentaires de quelques lecteurs et lectrices qui, ayant lu mes romans ou mes contes, me disent comment ils me trouvent imaginatif. Je reçois cette remarque évidemment comme un compliment, même si je ne suis pas certain qu’il soit mérité. 

Je ne sais pas comment fonctionnent les autres écrivains, mais quant à moi, j’ai besoin de deux choses pour écrire un roman, ou même seulement pour le commencer : un contexte et un canevas de base. Sans ces deux éléments, je ne peux rien faire. 

Pour ce qui est du contexte, jusqu’à maintenant c’est ce qui me demandait le plus de réflexion. Je dis « jusqu’à maintenant » puisque dorénavant, je m’intéresse au détective Silas Robinson qui œuvre dans le Bas-Canada autour des années 1850. J’ai donc résolu de cette façon ma difficulté à trouver le contexte. Pas si simple pourtant, car il faut une bonne dose de travail pour ne pas sombrer dans l’erreur et l’anachronisme. Il est vrai que plusieurs de mes ouvrages font appel à des contextes diversifiés, que ce soit la guerre en Syrie (Les suppliantes) ou encore la période de la grande dépression à Montréal (Une orchidée dans le jardin d’hiver) ou un village de pêche éloigné dans Le Legs d’Andréa. Dans l’histoire de la jeune fille perdue dans la toundra (La femme qui aimait le froid), le contexte a surgi de l’histoire même, celle d’une femme « gelée » par ses problèmes personnels. Incidemment, quelqu’un connaissant bien la région du Grand Nord a voulu savoir quand j’avais eu l’occasion d’y aller tellement il trouvait la description réaliste. Or, je n’ai jamais mis les pieds dans le Nunavik. La touche magique du romancier, sans doute !

En ce qui a trait au canevas de base, je me souviens avoir été frappé par l’origine du grand roman de Flaubert, Madame Bovary. Il s’agissait tout simplement d’un fait divers paru dans les journaux de l’époque : le suicide d’une bonne bourgeoise dans une ville de province en France. Un simple fait divers ! Évidemment, le livre est un chef-d’œuvre et n’est pas Flaubert qui veut. Mais combien d’autres romans s’appuient sur des événements souvent anodins pour raconter leur histoire ? 

Car, il ne faut pas l’oublier, écrire un roman, c’est avant tout raconter une histoire. C’est du moins ma conception romanesque avec laquelle je sais que certains seraient en désaccord, et c’est leur droit. Quand je lis un roman, je redeviens un enfant à qui l’on raconte une histoire et qui est emporté par le récit. Lorsque j’en écris un, je veux obtenir le même résultat auprès de mes lecteurs éventuels. Pour cela, j’ai besoin d’un canevas de base. Dans le cas de mes romans, ce ne sont pas des faits divers qui sont à l’origine de mes histoires, mais des récits de la mythologie grecque. Plusieurs de ces récits sont tirés des tragédies d’Eschyle et d’Euripide. La plupart de mes romans, y inclus le tout dernier qui est un roman policier (Les crimes du manoir Debartzch), sont des interprétations de certaines de ces tragédies. Je découvre en effet chez les Grecs anciens des ressorts dramatiques inattendus et tellement contemporains qu’il m’a semblé possible d’en faire une sorte d’adaptation pour aujourd’hui. De quelles tragédies s’agit-il ? À vous de le découvrir. 

Cela répond en partie à la question de départ : où trouvez-vous l’imagination pour construire votre récit ? En fait, je n’ai pas suffisamment d’imagination et il me faut usurper mes histoires. Remarquez, je ne suis pas le seul. C’est Umberto Eco qui écrit dans une apostille à son roman Le nom de la rose : « Les livres parlent toujours d’autres livres, et chaque histoire raconte une histoire déjà racontée ».

Voilà quelques brèves réflexions qui ne permettront pas de répondre entièrement à la question du titre de ce billet. Peut-être donneront-elles néanmoins quelques explications sur l’origine « mystérieuse » d’un bon nombre de récits romanesques qui ne font pas toujours appel, tant s’en faut, à cette imagination créatrice débordante que Malebranche appelait la folle du logis. Plusieurs auteurs seraient d’accord avec moi pour affirmer que nous sommes plus des usurpateurs que des inventeurs, même s’ils sont peu nombreux à l’avoir dit publiquement.

Une saga alsacienne

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Dans le cadre d’une série de commentaires que je souhaite faire de romans policiers historiques, je voudrais débuter par une trilogie écrite par Emmanuel Viau et publiée récemment (2017-2019) aux Éditions du Signe. Ces trois ouvrages ne sont pas à proprement parler des polars ; on devrait plutôt les qualifier de romans noirs. Ils n’en restent pas moins fascinants, ne serait-ce que du point de vue historique. L’auteur y aborde l’Alsace sous un angle nouveau, du moins pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec le passé très riche de cette région de l’Europe qui fut de tout temps un lieu de passage des empires, des royaumes et des États. 

Les trois livres abordent trois périodes différentes (quatre en fait) de l’histoire d’Alsace.

Dans Les légions furieuses (2017), on évoque la danse des fous qui se produisit pendant un laps de temps très court de la longue histoire de Strasbourg, en 1518. Durant quelques semaines, une épidémie de manie dansante jeta à la rue des milliers de malades. Il s’agit de la fameuse « danse de Saint-Guy » restée célèbre sous ce nom dans la mémoire des hommes. La furie se termina abruptement sans que personne, même aujourd’hui, n’ait été capable d’expliquer le phénomène. L’auteur met en scène des personnages tout en contraste dont certains seront récurrents dans les deux autres ouvrages. Les descriptions de Strasbourg et des environs sont hallucinantes de vérité. On croirait y être !

Le deuxième livre, Le sang des paysans (2018), porte sur le massacre de l’armée des paysans en face de la ville de Saverne en 1525. Des milliers d’hommes furent tués en une seule journée. On retrouve l’un des personnages, Vit, enfant dans le premier livre, qui a pris la tête du soulèvement. Cette insurrection, l’une des premières grandes révoltes populaires de l’Europe moderne, fut réprimée dans le sang par une caste aristocratique impitoyable. Évidemment, les choses tournèrent mal et plusieurs mourront dans la tourmente. Mais à la toute fin du roman, la musique jouée par une mystérieuse flûte nous permet de garder espoir.

Le troisième livre se passe sur deux périodes différentes. Nous sommes toujours sur la lancée du livre précédent lorsqu’arrive le grand incendie du monastère du Mont Saint-Odile en 1546 pendant lequel nous suivons les traces de Marie, La petite muette du Mont Saint-Odile (2019). En parallèle, l’auteur nous accompagne dans un des événements les plus noirs de l’histoire de Strasbourg, à savoir le massacre de la Saint Valentin deux siècles auparavant, soit en 1349. Ce jour-là, la communauté juive de la ville a presque été éradiquée. Si, d’un premier abord, il n’est pas évident d’apercevoir le lien entre ces deux événements, la conclusion se chargera de nous le montrer, ce qui aura l’heur de surprendre le lecteur à de nombreux égards. Cette conclusion peut d’ailleurs être considérée comme une sorte d’épilogue à l’ensemble de la trilogie. 

La trilogie d’Emmanuel Viau est une véritable saga alsacienne. L’auteur a fait montre d’une grande exactitude historique, du moins selon certains fins connaisseurs du pays. Mais il y a beaucoup plus. Les trois livres nous tiennent en haleine tout du long par des intrigues particulièrement bien ficelées. Les personnages (les bons comme les méchants) sont parfaitement crédibles malgré la distance historique. De plus, les protagonistes sont particulièrement attachants, ce qui nous fait même regretter parfois de les perdre en route. Le rythme des ouvrages est haletant, à tel point que nous regrettons souvent de devoir interrompre la lecture. 

Ne boudez pas votre plaisir et dépêchez-vous de vous procurer cette magnifique saga alsacienne. Les trois volumes sont disponibles dans toutes les bonnes librairies françaises. Quelques exemples : FNACAmazon.fr. On peut également se les procurer au Canada chez Amazon.ca.

Marcel Viau