Une touchante réflexion d'Hélène Lecours. Dieu peut-Il être présent et absent tout à la fois ? Une bonne question à se poser en cette période de chaos.

Délire sur Dieu

perfection 005

Je vous aime, Dieu, même si je ne crois pas en Vous. Je vous aime pour votre créativité et, surtout peut-être, pour Votre beauté.

Je ne crois pas en Vous, mais Vous êtes partout répandu sous la forme de Votre intelligence, de Vos réalisations, de Vos incarnations successives à l’infini.

Je ne sais quoi Vous dire, puisque je sais, je pense et je sais que je pense parfois et même souvent, que Vous n’existez probablement pas réellement, compte tenu de certaines réalités qui frappent en plein visage. Tout s’explique tellement mieux en réalité, si Vous n’existez pas !

Je crois donc en Vous selon les jours, les états d’esprit et les humeurs qui sont les miens. Même si la majorité des humains croit résolument en Toi ! Pardon en Vous, puisque Vous êtes au moins trois, Moi, je pèche contre l’Esprit, je ne suis pas si résolue, je doute. J’oscille, je cherche un équilibre mental et physique. Je perds, je gagne !

Mais, si je ne crois pas assez résolument en Vous, Dieu, Vous avez cependant tout pouvoir sur moi, car je sais que Votre foudre s’abattra un jour ou l’autre sur chacun d’entre nous, tous autant que nous sommes, car nous sommes tous « pécheurs », imparfaits et donc tous mortels, jetables. Et, où frappe Votre foudre, Dieu, cela fait mal la plupart du temps.

Pourtant, je Vous sens bien présent depuis le jour de notre rencontre, quelque peu fulgurante, de ce funeste mois de décembre 1968, là où Vous êtes venu me chercher, dans mon enfer, où Vous m’avez prise dans Vos bras et conduite par la main jusqu’à mon Salut. Ce jour mortifère où Vous avez frappé à ma porte.

Oui, Vous m’avez tout donné, sauvé la vie, et je doute encore de Vous. Votre grain serait-il tombé dans la poussière du chemin ? Quoi qu’il en soit, je trouve cela SAIN et donc SAINT de douter, dans ce monde qui est le nôtre, où l’on prêche le bien et où l’on accomplit le mal, le plus souvent en Votre Saint Nom, Dieu. Saint Nom que personne ne connaît véritablement par ailleurs

En Vos Saints Noms devrais-je dire ! Car nous avons tous les choix parmi les Saints Noms de Votre puissance, les plus beaux étant : AMOUR, père/mère, enfant/fils/fille, homme/femme. Les moins beaux : pouvoir, vengeance, stupeur et tremblements. Mais quel est le véritable nom de Dieu, nom de Dieu ?!

Compassion, Chemin, Vérité, Vie, semblent en tout cas les Saints Noms de Votre Bon sens. Car Vous ne pouvez qu’Être Bon sens, Vous ne pouvez que Vous trouver dans le Juste Milieu, dans Votre justice inimitable, là où Vous êtes, infailliblement, étant le Bon Sens en plusieurs personnes, Dieu.

Vous donnez Sens à la Vie, sans Vous rien n’a de sens, sans Vous c’est le néant. Dieu inspire la Vie, gagne sur la mort. Dieu est ce qui inspire la vie… Dieu transpire la Vie.

Aussi, Dieu est comme un cheval indomptable. C’est la véritable définition de ce Dieu unique qui n’existe pas, mais qui SUR-EXISTE. Qui galope dans nos pensées et dans nos réflexions, qui chevauche nos actes. Dieu est Un et Soi, une totalité dirait X, Y ou Z. Une totalité si grande que, nous le sentons bien, elle dépasse notre imaginaire, mais dont pourtant, nous le sentons tout aussi bien, nous sommes faits. Il y a des affinités infinies entre Vous et nous.

Dieu pourrait tout aussi bien s’appeler « Toujours là ». Ce qui revient à dire partout. Dieu est moi, Dieu est toi, Dieu est Nous, Dieu est LE Tout : le Tout-puissant, le Tout-présent, le Tout-Amour, le Tout-créateur. Et, le Tout-Absent !

Dieu est le seul et unique Toujours et donc il est forcément tout aussi bien le seul et unique Jamais, soit l’Enfer, que nous connaissons bien mieux que Vous, Dieu.

Je Vous aime, Dieu, Dieu merci ! Vous savez bien que ma tête est croche, devant Vous. Elle est faite pour douter et elle ne s’en prive pas. Je veux pourtant voir Votre beau visage un jour, votre Saint visage, ce magnifique Piège, ce miroir de nous-mêmes quand nous allons dans le « Bon sens » et qui, je l’espère — vertu cardinale — n’est pas un miroir aux alouettes.

Je Vous attends donc, Dieu et j’attends mon heure, qui viendra aussi infailliblement que la vérité sur Vous. Je Vous attends et essaierai que mon pied reste ferme sur le Chemin et devant Vous… qui n’existez pas !

Amen, Alléluia !


*Supra, reproduction d’un collage d’Hélène Lecours: Perfection


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4 réflexions au sujet de “Délire sur Dieu”

  1. J’ai du mal avec le mot Dieu et ce que la religion en a fait.
    Quel nom donner à ce mystère insaisissable?
    Je dirais «Présence»…
    Cette Présence est en tout: en nous humains, en ce monde vivant, en notre planète terre aussi vivante, au monde sidéral où naissent vivent et meurent les étoiles.
    Présence en tout, indépendamment de ce que nous déclarons bien ou mal.
    Présence en notre minuscule temps d’humanité, poussière d’éternité où nous passons comme un éclair pensant.

    Merci pour cette réflexion Hélène

    Suzie

  2. J’aurais bien aimé répondre au commentaire d’Yves Ouellette mais… Voici: je comprends très bien ses réticences au sujet du Dieu qui foudroie. Je faisais allusion à la mort « à qui nul homme vivant ne peut échapper » et que l’on attribue à la « vengeance » du Dieu de l’Ancien Testament sur Adam et Ève. Je faisais surtout allusion à la PEUR que la mort provoque généralement et qui engendre une certaine soumission, une crainte, c’est vrai. La nature est ainsi faite. Le défi est de faire confiance à « Dieu », la Vie. .

  3. …beaux passages dans ce texte. Mais en une seule phrase vous en détruisez la beauté quand vous parlez du Dieu vengeur dont « la foudre s’abattra un jour ou l’autre sur chacun de nous » : il me semble encore entendre les terrifiants silences qui « raisonnaient » dans l’église à l’évocation de la colère de Dieu. Cette vengeance de Dieu est une notion de l’Ancien Testament; dans le nouveau on parle plutôt de pardon et d’amour et on place l’individu au coeur de la spiritualité en lui demandant de nettoyer la saleté intérieure qu’il porte en lui. Devant votre Dieu l’individu n’est rien, alors qu’en fait, la vérité historique qui s’impose à nous n’est-elle pas que la vraie spiritualité commence par l’individu et que ce n’est qu’à travers soi que l’on peut espérer atteindre la divinité?

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