
Le soleil d’automne franchissait à peine les toits de Montréal lorsque Miss Dupuis poussa la porte du poste de police de la rue Bonsecours. Sa jupe de serge gris foncé balayait les pavés de la cour, et son corsage boutonné jusqu’au col laissait deviner une détermination qui ne fléchissait jamais, même après une soirée passée à développer des photographies dans l’obscurité de son laboratoire improvisé. Sous son bras, une enveloppe de cuir contenait le fruit de son travail nocturne.
La salle du rez-de-chaussée baignait dans cette lumière matinale qui filtrait par les hautes fenêtres à carreaux. Derrière le comptoir en chêne massif, trois constables en uniforme levèrent la tête à son passage. Le plus jeune, Beauregard, lui adressa un sourire franc. Les deux autres échangèrent un regard plus réservé, comme chaque matin depuis qu’une femme avait intégré le bureau des détectives. Miss Dupuis leur rendit leur salut d’un hochement de tête courtois, sans ralentir le pas. Elle avait appris à ne pas s’attarder sur ces petites frictions quotidiennes.
Les marches de pierre résonnèrent sous ses bottines à lacets. La cage d’escalier sentait le tabac froid et l’humidité des vieux murs. Arrivée sur le palier du premier étage, elle inspira profondément avant de tourner la poignée de laiton.
Le bureau des détectives n’avait rien d’imposant. Un local étroit éclairé par une unique fenêtre haute qui projetait un rectangle de lumière dorée sur le plancher de bois usé. Quatre pupitres disposés en quinconce occupaient l’essentiel de l’espace. Deux d’entre eux affichaient un ordre méticuleux : celui de Miss Dupuis, où chaque dossier était empilé avec soin, et celui de Morin, dont les papiers formaient des piles rigoureuses maintenues par des presse-papiers en fonte. En revanche, le bureau de Kelly ressemblait à un champ de bataille après l’assaut : des rapports froissés, des tasses à café vides, un cendrier débordant et une bouteille de whisky irlandais à moitié dissimulée sous un registre de plaintes.
Les trois hommes étaient déjà présents. Robinson, debout près de la fenêtre, contemplait la rue en faisant tourner sa montre de gousset entre ses doigts. Son chapeau melon reposait sur son bureau, et sa moustache en croc semblait encore plus soigneusement cirée que d’habitude.
Kelly, affalé dans son fauteuil, les pieds croisés sur son pupitre encombré, mâchonnait un cure-dent. À cinquante et un ans, ce gaillard imposant de plus de six pieds gardait la carrure d’un docker irlandais. Ses cheveux grisonnants et son visage rougeaud trahissaient son amour immodéré pour la bière et le whisky, mais ses yeux vifs ne manquaient rien de ce qui se passait autour de lui. Depuis qu’il avait vu Thérèse Dupuis pour la première fois, alors qu’elle n’avait que treize ans et venait rendre visite à son beau-père au bureau, il l’avait adoptée comme une nièce. Maintenant qu’elle travaillait avec eux, il veillait sur elle avec la sollicitude bourrue d’un oncle de famille.
Morin, quant à lui, se tenait raide comme un piquet sur sa chaise, parcourant un document en fronçant les sourcils. À trente-deux ans, ce garçon mince et efflanqué d’environ cinq pieds sept pouces faisait tout pour ressembler à Robinson, jusqu’à cette petite moustache qu’il s’était fait pousser et qui ne lui allait pas très bien. Fils de cultivateurs de Saint-Laurent, il était le seul de sa famille à avoir fait des études, et il en tirait une fierté visible dans son maintien rigide et ses réponses toujours un peu trop sèches.
Depuis l’arrivée de Miss Dupuis dans l’équipe un an auparavant, quelque chose avait changé chez lui. Ses mâchoires se crispaient chaque fois que Robinson la félicitait. Ses oreilles rougissaient légèrement quand elle entrait dans la pièce. Il détournait rapidement le regard lorsqu’elle croisait le sien, mais on le surprenait parfois à l’observer à la dérobée quand elle était penchée sur ses dossiers. Ses commentaires à son égard semblaient toujours un peu trop acérés, et ses manifestations d’indignation étaient souvent excessives. Et le soir, quand il quittait le bureau, il semblait fuir quelque chose.
— Tiens, voilà notre photographe préférée, lança Kelly sans se redresser. Tu sais que le travail commence à 8 h, Miss Dupuis ? Ou bien les horaires ne s’appliquent pas aux femmes détectives ?
Miss Dupuis referma la porte et s’avança dans la pièce avec un sourire en coin.
— Je travaillais encore à 2 h cette nuit, Kelly, pendant que tu passais la soirée, installé confortablement dans ton fauteuil, un verre de whisky à la main, ta pauvre Nora finissant de laver la vaisselle.
Kelly éclata de rire, manquant d’avaler son cure-dent.
— Touché ! Par saint Patrick, tu as le don de la réplique, Miss Dupuis !
Dans son coin, Morin releva la tête, visiblement stupéfait. Il ne comprenait toujours pas comment cette femme osait taquiner Kelly, réputé pour son tempérament explosif, et comment ce dernier acceptait ces piques avec un plaisir évident. Lui-même n’aurait jamais osé.
Robinson se tourna vers eux, un sourire imperceptible aux lèvres.
— Si nous commencions ? Nous avons du pain sur la planche.
Chacun pivota légèrement sur son siège pour former un demi-cercle informel. Kelly ramena ses pieds au sol avec un grognement. Morin se redressa encore davantage, si c’était possible. Miss Dupuis posa son enveloppe de cuir sur son bureau et en sortit plusieurs épreuves photographiques.
— Bien, fit Robinson. Miss Dupuis, je crois que tu as des choses à nous raconter.
Elle hocha la tête et entama son récit d’une voix posée.
— Avant-hier, je me suis rendue à l’Hôpital général de Montréal à la demande du chef. Mon mari, qui est médecin à l’hôpital, voulait avoir notre avis sur un patient, un adolescent de quinze ans nommé Antoine. Le garçon souffre de ce que les médecins appellent une manie religieuse. Il prétend avoir vu la Vierge Marie dans les bois de Côte-Vertu.
Kelly émit un sifflement moqueur.
— Encore un visionnaire. Ils poussent comme des champignons après la pluie, ces temps-ci.
— C’est ce que j’ai pensé au départ, répondit Miss Dupuis. Mais un détail m’a intriguée. Antoine a décrit avec une précision troublante les souliers de son apparition : des souliers vernis noirs avec des boucles d’argent. C’est un ornement bien terrestre pour la Mère de Dieu, vous ne trouvez pas ?
Morin se pencha en avant, soudain intéressé.
— Tu as donc décidé de vérifier ?
— J’ai pris le constable Beauregard et nous sommes partis hier matin avec Antoine. Il a fallu se rendre jusqu’à Côte-Vertu. Pas à la porte, comme vous savez.
Robinson se redressa légèrement.
— Et ?
Miss Dupuis marqua une pause, ses yeux bleus perçants fixés sur Robinson.
— Antoine nous a fait arrêter à l’orée d’une forêt. Il a fallu se rendre jusqu’à une clairière où on trouve ce que les gens du coin appellent la Source des Fées.
Miss Dupuis, arrêta de nouveau de parler pour ménager son effet. Kelly finit par dire avec un geste de la main :
— Puis ?… Continue…
— Nous y avons trouvé un corps. Une femme, étranglée. Elle gisait sur le dos, les bras le long du corps, dans une position parfaitement symétrique. Comme si quelqu’un l’avait disposée ainsi.
Un silence tomba sur le bureau. Même Kelly avait perdu son air narquois.
— Elle portait une robe bleue de qualité, poursuivit Miss Dupuis, et des souliers vernis noirs avec des boucles d’argent. Exactement comme Antoine l’avait décrite. Elle est morte depuis deux ou trois jours, d’après mon estimation. Belle, blonde, la mi-vingtaine peut-être. Et visiblement issue d’une famille respectable.
Elle saisit les photographies et les distribua.
Kelly prit la sienne avec une délicatesse inhabituelle. En l’examinant, il dit :
— Begor ! Belle femme. C’est-y pas malheureux.
Morin étudia l’image en pinçant les lèvres, mais sans dire un mot.
Quant à Robinson, il examina le cliché longuement, ses sourcils froncés.
— Comment as-tu réussi à prendre ces photos ? demanda Morin. Il devait faire sombre dans cette forêt.
Le visage de Miss Dupuis s’illumina brièvement. Elle ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine fierté lorsqu’on parlait de photographie.
— J’ai utilisé la Dubroni. C’est un appareil français remarquable qui permet de préparer les plaques de verre directement dans la chambre noire intégrée. J’ai travaillé avec la lumière déclinante, en rallongeant le temps d’exposition. C’est un appareil que j’ai appris à maîtriser lorsque je travaillais comme assistante chez monsieur Notman. Il demande de la patience, mais les résultats en valent la peine.
Kelly secoua la tête.
— Par tous les saints, vas-tu aboutir ? Tu vas pas nous donner un cours de photographie, quand même.
— J’ai ensuite fait transporter le corps, continua Miss Dupuis en reprenant son ton professionnel. Je l’ai envoyé à la maison des morts de l’Université McGill. Le docteur Douglas s’occupe personnellement de l’autopsie.
— La maison des morts ? répéta Morin.
— C’est un petit bâtiment annexé à la faculté de médecine, expliqua Robinson. Un endroit où les médecins pratiquent les examens post-mortem sur les cadavres non réclamés ou sur ceux qui nécessitent une investigation. Le Dr Douglas y enseigne l’anatomie pathologique à ses étudiants. C’est là qu’il fait les autopsies.
Miss Dupuis continua :
— Donc, j’ai passé la soirée et une partie de la nuit à développer les photos prises dans le laboratoire. Voilà pourquoi j’arrive un peu plus tard ce matin.
Elle déposa les autres clichés sur le bureau de Robinson. On y voyait la clairière sous différents angles, la position du corps, les traces dans l’herbe autour.
— As-tu trouvé quelque chose qui pourrait nous indiquer son identité ? demanda le chef en scrutant les images.
— Une seule piste pour l’instant. Elle portait une médaille au cou, une médaille de la Confrérie des Dames de la Sainte-Famille.
Kelly se redressa brusquement, son fauteuil grinçant sous son poids.
— Les Dames de la Sainte-Famille ? Mais c’est une organisation pour les femmes de la haute société ! Seules les épouses et les filles des marchands, des notaires et des médecins y sont admises. Pas le genre de femmes qui traînent dans les bois.
Robinson se leva et s’approcha de la fenêtre, les mains croisées dans le dos. Le rectangle de lumière automnale sculptait son profil sévère.
— L’urgence, c’est de découvrir qui elle est. Sans identité, nous ne pouvons pas commencer à chercher qui l’a tuée ni pourquoi.
Kelly bondit sur ses pieds avec une vivacité surprenante pour un homme de sa corpulence.
— J’ai une hypothèse, chef. Et si c’était une prostituée ?
Miss Dupuis fronça les sourcils.
— Une prostituée ? Avec ces vêtements ? Cette médaille ?
— Il y a des prostituées de luxe, répliqua Kelly. Des filles qui servent les messieurs de la haute ville. Elles s’habillent aussi bien que les bourgeoises, parfois mieux. Et puis, réfléchis : une femme de petite vertu découverte à Côte-Vertu ! Eh ! C’est bien trouvé ça, non ?
Il rit de sa propre blague, mais Miss Dupuis ne sourit pas. Elle se leva, sa jupe bruissant contre le bois de sa chaise.
— Kelly, je t’aime bien, mais parfois tu pousses la foutaise un peu loin. Cette femme a été assassinée et disposée comme une poupée dans une clairière. Elle mérite plus que tes jeux de mots faciles.
Le ton était ferme, mais sans acrimonie. Kelly leva les mains en signe d’apaisement.
— Tu as raison, Miss Dupuis. Pardonne-moi. Mais mon hypothèse tient la route. J’ai des informateurs dans certains établissements du centre-ville. Je pourrais leur montrer la photo, voir s’ils la reconnaissent.
Robinson hocha lentement la tête.
— C’est une piste à vérifier. Prends une photo, Kelly, et va voir tes contacts immédiatement. Si elle travaillait dans ce milieu, quelqu’un la connaît forcément.
Kelly s’empara d’un des clichés et le glissa dans la poche intérieure de sa veste.
— Je devrais avoir des nouvelles d’ici cet après-midi, chef.
— Et tâche de ne pas trop t’attarder dans ces maisons, Kelly, ajouta Miss Dupuis avec un demi-sourire. Ta pauvre Nora s’inquiéterait.
Kelly porta la main à son cœur dans une parodie d’indignation.
— Comment oses-tu suggérer que je… Moi, un homme marié et père de quatre enfants ! C’est un scandale !
Mais il souriait en disant cela. Il attrapa son chapeau melon accroché à la patère et se dirigea vers la porte.
— Je file, chef. À tout à l’heure.
La porte claqua derrière lui. Robinson se tourna vers Miss Dupuis.
— Miss Dupuis, prends la médaille et va à la confrérie des Dames de la Sainte Famille. Tu sais où aller?
— Oui, au Séminaire Saint-Sulpice, adjacent à l’église Notre-Dame. C’est là que les Dames se réunissent, si mes informations sont exactes. Quelqu’un la reconnaîtra peut-être.
Morin se leva brusquement, repoussant sa chaise avec bruit.
— Attendez, chef. C’est à moi de faire ça. J’ai plus d’expérience qu’elle dans ce genre d’enquête. Je connais les protocoles pour interroger les gens d’Église.
Robinson se tourna lentement vers son détective. Sa voix resta calme, mais le ton n’admettait pas de réplique.
— Miss Dupuis a découvert le corps. C’est elle qui a mené l’investigation initiale. Et surtout, Morin, elle va devoir interroger des femmes. Des femmes de la bonne société qui ne parleront jamais librement devant un homme. Elles se méfieront de toi, elles te donneront des réponses convenues. Avec Miss Dupuis, elles seront plus à l’aise.
Morin serra les mâchoires. Sa petite moustache frémit.
— Mais chef, je…
— C’est un ordre, Morin.
Le jeune homme se rassit lourdement, les traits figés. Miss Dupuis sentit son regard brûlant sur sa nuque. Cette rivalité devenait de plus en plus pénible.
Puis, soudain, Morin se leva en trombe, attrapa son chapeau melon et partit en claquant la porte
Robinson et Miss Dupuis se retrouvèrent seuls dans le bureau. Le silence s’installa, ponctué seulement par le tic-tac de l’horloge murale et les bruits lointains de la rue en contrebas.
Miss Dupuis referma son carnet et le glissa dans la poche de sa veste.
—Il est contrarié.
—Je sais, répondit Robinson sans se retourner.
—Il pense que tu me favorises.
—Je sais cela aussi.
Robinson se dirigea vers son bureau et s’assit. Il ouvrit un tiroir et en sortit un dossier mince qu’il posa devant lui.
—Morin est un bon détective. Méthodique, attentif aux détails, travailleur. Mais il manque encore de maturité. Il prend les choses trop personnellement. Il se vexe trop facilement.
Miss Dupuis s’approcha du bureau.
—Il est jaloux.
Robinson leva les yeux vers elle, ses sourcils se haussant légèrement.
—Jaloux ?
—De moi. De ma position. Du fait que je sois ta belle-fille. Il pense que j’ai un avantage injuste.
Robinson eut un petit sourire.
—Et il n’a pas tout à fait tort. Tu as un avantage. Mais pas celui qu’il croit.
—Qu’est-ce que tu veux dire ?
Robinson se cala dans son fauteuil.
—Tu as l’avantage d’avoir un esprit qui fonctionne différemment. Tu vois les choses que les autres ne voient pas. Tu poses les bonnes questions. Tu comprends les gens, surtout les femmes. Morin est un excellent enquêteur pour les crimes ordinaires. Les vols, les agressions, les fraudes. Mais pour une affaire comme celle-ci, complexe et nuancée… tu es meilleure que lui.
Il marqua une pause. Miss Dupuis ajouta :
—Et il le sait. C’est pour ça qu’il est jaloux.
Robinson garda le silence, fixant Miss Dupuis d’un regard appuyé.
— Quoi ? fit-elle en fronçant les sourcils.
Un sourire entendu étira les lèvres de Robinson.
— Je crois aussi que tu lui es tombée dans l’œil.
Miss Dupuis resta bouche bée, comme si la foudre venait de s’abattre à ses pieds.
— Silas ! Qu’est-ce que tu racontes là ?
— La façon dont il te regarde… dont il s’attarde quand tu entres dans une pièce…
Le visage de Miss Dupuis s’empourpra.
— Mais… C’est insensé ! Il est marié… Et je le suis aussi !
Robinson haussa les épaules avec philosophie. Miss Dupuis ajouta :
— Tu te trompes… Tu dois te tromper.
Le silence qui suivit disait le contraire. Finalement, Robinson changea de sujet :
— Va au Séminaire, dit Robinson à Miss Dupuis. Essaie de savoir quand la Confrérie se réunit, qui en sont les membres, s’ils ont un registre, etc. ? Tu peux montrer la photo à quelqu’un de confiance, mais sois discrète, il ne s’agit pas de déclencher une panique parmi les femmes de la confrérie.
— Bien, chef.
Elle rassembla les photographies restantes et les rangea soigneusement dans son enveloppe de cuir. Puis elle prit son chapeau et ses gants posés sur son bureau.
— Une dernière chose, ajouta Robinson alors qu’elle se dirigeait vers la porte. Le Dr Douglas devrait avoir terminé son autopsie d’ici ce soir. Passe le voir en fin de journée. Je veux savoir exactement comment cette femme est morte.
Miss Dupuis s’arrêta et regarda Robinson.
— Mais, Silas… Tu sais bien…
— Quoi… qu’y a-t-il ?
— Mais tu sais bien que je ne suis pas dans les bonnes grâces du Dr Douglas
— Douglas ! Un excellent médecin, je te l’accorde, mais quel âne bâté dès qu’il sort de l’hôpital ! Il ne supporte pas qu’une femme vienne empiéter sur son domaine. Dis-lui que tu viens de ma part. Tu verras comme il deviendra doux comme un agneau. Le bon docteur a déjà fait les frais de me contrarier. Il sait qu’il vaut mieux m’avoir pour ami.
— Bon, d’accord. J’y serai.
Miss Dupuis sortit du bureau et descendit l’escalier de pierre. Les constables du rez-de-chaussée la saluèrent à nouveau, avec un peu plus de chaleur cette fois. Peut-être commençaient-ils à s’habituer à sa présence.
Dehors, la rue Bonsecours bourdonnait d’activité. Les marchands ouvraient leurs boutiques, les charrettes chargées de légumes se dirigeaient vers le marché, et l’odeur du pain frais flottait dans l’air vif de septembre. Les érables qui bordaient la rue flamboyaient dans leurs robes d’or et de pourpre. C’était une matinée magnifique, l’une de ces journées d’automne où le ciel était d’un bleu éclatant et où l’air sentait la pomme mûre et les feuilles mortes.
Miss Dupuis marchait d’un pas vif vers l’arrêt, mais son regard restait dans le vague. Ses sourcils se fronçaient par intermittence, ses lèvres remuaient légèrement, comme si elle repassait mentalement les détails de la réunion.
Elle remonta la rue Bonsecours d’un pas décidé, serrant l’enveloppe de cuir contre elle. La basilique n’était qu’à quelques minutes de marche. Elle longea les façades de pierre grise, croisant des commis qui se hâtaient vers leurs bureaux et des servantes qui revenaient du marché, leurs paniers chargés de provisions. Un charretier cria un avertissement en passant, ses roues de bois cognant bruyamment sur les pavés.
En tournant sur la rue Notre-Dame, elle aperçut les deux tours imposantes de la basilique qui se dressaient contre le ciel bleu. Quelque part dans cette ville, un meurtrier se promenait librement. Peut-être savait-il déjà qu’on avait découvert son crime. Peut-être observait-il en ce moment même les allées et venues au poste de police.
Miss Dupuis pressa le pas. Elle trouvera le nom de la victime. Et elle obtiendra justice.
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