
Le soleil de cette fin septembre baignait la façade de pierre grise des maisons de la rue Saint-Denis d’une lumière dorée particulièrement douce.
Thérèse Dupuis venait de sortir sur le perron, ajustant d’un geste précis les plis de sa robe bronze et resserrant son châle de cachemire sur ses épaules. Elle vérifiait que son chignon auburn tenait bien sous son chapeau à plume, replaçant d’un mouvement machinal une mèche de cheveux qui avait toujours tendance à se rebeller. Cette petite indiscipline capillaire, on le voyait bien, la contrariait.
Elle avait soupé la veille avec son mari chez sa mère Rosalie et son beau-père, Silas Robinson, comme tous les dimanches d’ailleurs. Jean-Baptiste Turmel, médecin à l’Hôpital général de Montréal, avait raconté ses interrogations concernant l’un de ses nouveaux patients. L’homme semblait atteint de manie religieuse, très agité, et prétendait avoir vu une belle dame dans une forêt de Côte-Vertu qu’il identifiait comme la Vierge Marie. Turmel restait perplexe : le patient pouvait être délirant, certes, mais il pouvait y avoir aussi une part de vérité dans ses dires, du moins le croyait-il. Robinson avait aussitôt demandé à Thérèse d’aller rencontrer cet homme à titre professionnel. Elle se présenterait sous le nom de Miss Dupuis, adjointe du chef des détectives de police de Montréal.
Turmel apparut à son tour sur le perron, ajustant sa montre à gousset dans son gilet. Sa redingote noire impeccable et sa barbichette soigneusement taillée à la Napoléon III lui donnaient l’allure d’un jeune médecin sérieux et ambitieux. Ses lunettes cerclées de fer brillaient dans la lumière matinale. Il offrit son bras à son épouse avec cette courtoisie naturelle qui le caractérisait.
— Allons donc tirer cette affaire au clair, lui dit-elle d’un ton décidé, ses yeux bleus étincelant d’une détermination qui ne souffrait aucune contradiction.
Ils descendirent l’escalier extérieur de pierre qui menait directement de leur premier étage à la rue Saint-Denis.
La rue Saint-Denis s’animait déjà de cette activité matinale propre aux quartiers bourgeois. Les façades de pierre grise des maisons voisines, aux fenêtres hautes ornées de leurs encadrements sculptés, témoignaient de la prospérité tranquille du secteur. Quelques domestiques balayaient les seuils, et l’odeur du pain frais s’échappait d’une boulangerie toute proche.
Ils allèrent vers le sud en direction des Jardins Viger. Turmel salua d’un signe de tête discret un confrère qu’il reconnut.
— Mes patients de ce matin comprendront notre retard, dit-il. Je suis convaincu que ta visite va donner des résultats.
Les Jardins Viger se déployèrent bientôt devant eux dans toute leur splendeur récente. Inaugurés seulement six ans plus tôt, ils représentaient l’orgueil de la bourgeoisie canadienne-française de Montréal. Les allées soigneusement entretenues serpentaient entre les massifs de fleurs aux couleurs encore vives malgré la saison avancée. La fontaine opulente trônait au centre, entourée de bancs où quelques dames en crinolines prenaient le frais sous leurs ombrelles malgré l’heure matinale.
— Comme cet endroit devient rapidement le cœur de notre société, observa Turmel en contemplant les serres qui abritaient les plantes les plus délicates.
Thérèse acquiesça d’un air déterminé. Son regard scrutait déjà les environs avec l’œil exercé d’une enquêtrice.
Ils traversèrent les jardins d’un pas mesuré, saluant de loin quelques connaissances. L’ombre des érables et des ormes qui bordaient les allées projetait des motifs mouvants sur leurs vêtements sombres. Le parfum des dernières roses de septembre se mêlait à celui, plus terre-à-terre, des feuilles qui commençaient à jaunir.
Quittant les jardins par leur sortie ouest, ils empruntèrent la rue Dorchester en direction de l’ouest. Le paysage urbain changea progressivement : les maisons bourgeoises cédaient la place à des bâtiments plus imposants, plus institutionnels. Les trottoirs de bois résonnaient sous les pas des nombreux passants pressés qui se dirigeaient vers le centre-ville.
Thérèse observa l’hôpital d’un œil professionnel. L’imposant bâtiment de pierre grise, avec son dôme caractéristique et ses galeries du côté sud, abritait peut-être les réponses qu’ils cherchaient.
— Nous voilà arrivés, dit Turmel. J’espère que mes collègues seront coopératifs.
— Ils le seront, répliqua Thérèse avec assurance. Ou ils auront affaire à mon chef et ils n’aimeront certainement pas ça.
Des hommes en tenue sombre (médecins et visiteurs) circulaient avec une gravité particulière, tandis que les Sœurs Grises glissaient silencieusement dans leurs habits caractéristiques.
Turmel s’arrêta un instant au pied des marches de pierre qui menaient à la grande porte d’entrée, surmontée de son imposte vitrée. Il se tourna vers son épouse et lui sourit avec cette tendresse mêlée de fierté qu’il éprouvait toujours à l’accompagner dans ses démarches professionnelles.
— Tu es certaine de vouloir procéder ainsi, Thérèse ? demanda Turmel en ralentissant le pas. Le Dr Gilmour n’apprécie guère les visiteurs inattendus, surtout quand ils viennent s’immiscer dans ses diagnostics.
— Je t’en prie, Jean-Baptiste, dit Miss Dupuis avec un sourire taquin. Eh oui, j’en suis certaine. Si ce garçon a réellement vu quelque chose dans cette forêt, nous devons le savoir. Ces détails sur les souliers vernis ne sortent pas de l’imagination d’un fermier de quinze ans.
Ils franchirent les lourdes portes de bois sombre et pénétrèrent dans le hall d’accueil aux plafonds hauts. Une odeur âcre de phénol mélangée à celle, moins plaisante, de la sueur et des corps malades les saisit immédiatement. La lumière naturelle filtrait par les grandes fenêtres, créant des rectangles dorés sur le sol de pierre polie.
— Dr Turmel ! La voix claqua comme un fouet dans l’air épais du corridor principal. Mais enfin ! Il est déjà 9 h 30 !
Un homme de taille moyenne s’avançait vers eux d’un pas autoritaire. Le Dr Gilmour arborait une barbe poivre et sel soigneusement taillée qui encadrait un visage aux traits sévères. Ses yeux gris acier perçaient derrière des lunettes cerclées de métal, et sa redingote noire impeccablement boutonnée lui donnait l’allure d’un pasteur rigide. Une chaîne de montre en or serpentait sur son gilet, témoignant de son statut dans l’établissement.
— Dr Gilmour, salua Turmel en ôtant son chapeau, permettez-moi de vous présenter Miss Dupuis, de la police de Montréal.
Les sourcils broussailleux de Gilmour se froncèrent davantage tandis qu’il jaugeait la jeune femme d’un regard peu amène.
— Une femme !… Dans la police !! … Une petite secrétaire sans doute, dit le Dr Gilmour en regardant Turmel d’un air condescendant, tout en évitant soigneusement de regarder Miss Dupuis.
— Docteur, vous connaissez Silas Robinson, le chef des détectives de la police de Montréal.
— Bien sûr. Qui ne le connaît pas ?
— J’ai soupé avec lui hier soir ainsi qu’avec son adjointe, Miss Dupuis, dit Turmel en désignant cette dernière de la main.
— Son adjointe ? répéta le Dr Gilmour, la mine complètement déconfite, sans jeter un coup d’œil à Miss Dupuis.
Puis il ajouta dans un rire sarcastique ;
— Où va le monde, dites-moi ? Et pourquoi pas des femmes médecins, tant qu’à y être.
Voyant que sa blague tombait complètement à plat, le Dr Gilmour reprit son sérieux et demanda à Turmel sans jeter un regard à Miss Dupuis.
— Alors, qu’est-ce que la police vient faire ici ?
— Je viens voir le jeune Antoine, répondit Miss Dupuis, comme si la question s’adressait à elle.
Le Dr Gilmour continua à regarder Turmel :
— Dr Turmel, vous savez parfaitement que le jeune Antoine n’est pas votre patient. Le docteur Beaubien s’occupe des déments. Vous n’avez rien à faire dans la salle des aliénés !
Miss Dupuis intervint encore une fois, mais d’une voix ferme cette fois.
— Dr Gilmour, c’est à ma demande que le Dr Turmel m’accompagne. Une enquête est en cours concernant certains événements survenus dans la région de Côte-Vertu. Le témoignage de ce jeune homme pourrait s’avérer crucial.
— Antoine ? dit le Dr Gilmour en éclatant d’un rire sans joie. Vous voulez interroger un délirant ? Mademoiselle…
— Appelez-moi, Miss Dupuis, l’interrompit-elle.
— MISS Dupuis, ajouta le Dr Gilmore en insistant sur le Miss, plus bougon que jamais, ce garçon souffre de manie religieuse aiguë. Il voit la Vierge Marie partout ! Ce n’est pas la première fois que nous le logeons dans nos murs. Ses divagations n’ont aucune valeur pour quelque enquête que ce soit.
— Avec tout le respect que je vous dois, docteur, répliqua Miss Dupuis en soutenant son regard, c’est à moi d’en juger. Pourrions-nous le voir ?
Le Dr Gilmour consulta sa montre avec ostentation.
— Très bien, mais faites vite. Et vous, Turmel, nous reparlerons de vos retards et de vos initiatives personnelles.
Ils traversèrent le long corridor central dont les murs blanchis à la chaux étaient ponctués de portes en bois sombre. Leurs pas résonnaient sur la pierre froide, accompagnés par les bruits étouffés qui s’échappaient des diverses salles : gémissements, toux persistantes, murmures de prières. L’escalier en bois grinça sous leur poids tandis qu’ils montaient vers le deuxième étage.
— Cette salle accueille nos patients tranquilles, expliqua le Dr Gilmour en s’arrêtant devant une porte marquée d’une plaque de cuivre ternie. Antoine est arrivé hier. Son père l’a amené quand il a commencé à avoir des visions. Comme je vous le disais, ce n’est pas la première fois que cela lui arrive.
Il poussa la porte et ils pénétrèrent dans une salle de taille moyenne baignée de lumière dorée. Trois grandes fenêtres à carreaux donnaient sur la rue Dorchester, offrant une vue sur les bâtiments en développement du quartier. Une quinzaine de lits en fer blanc étaient disposés le long des murs, séparés par de minces rideaux de toile beige. Au centre de la pièce, un poêle en fonte noir attendait les premiers froids d’octobre.
Miss Dupuis observa discrètement les autres occupants de la salle. Près de la première fenêtre, un vieil homme d’une soixantaine d’années marmonnait des prières dans un mélange de français et de gaélique, ses doigts noueux égrenant un chapelet usé. Plus loin, un adolescent de seize ans environ restait prostré, fixant le vide de ses yeux ternes. Dans un coin, un homme dans la quarantaine s’approchait d’un autre patient en mimant les gestes d’un médecin, palpant délicatement son front avec une sollicitude déplacée.
— Où est Antoine ? demanda Miss Dupuis en parcourant la salle du regard.
— Là-bas, indiqua le Dr Gilmour en pointant vers le fond de la salle. Lit numéro douze. Et comme vous pouvez le constater, sœur Marie-Clothilde veille déjà sur lui.
Effectivement, une religieuse était agenouillée près d’un lit, ses lèvres remuant silencieusement dans une prière. Elle portait l’habit gris caractéristique des Sœurs Grises : une robe ample de laine grossière serrée à la taille par une corde, un scapulaire blanc immaculé et une cornette empesée qui encadrait un visage aux traits doux, mais fatigués. Ses mains, rougies par les travaux domestiques et les soins aux malades, tenaient un petit crucifix de bois.
Ils s’approchèrent en silence. Antoine était allongé sur le côté, face à la fenêtre, ses yeux fixés sur un point invisible au-delà des carreaux. C’était un garçon mince aux cheveux châtains ébouriffés, au visage encore enfantin malgré ses quinze ans. Ses vêtements de toile grossière, une chemise de lin écru et un pantalon de drap brun rapiécé aux genoux trahissaient ses origines rurales modestes.
— Antoine, appela doucement sœur Marie-Clothilde en français, tu as de la visite.
Le garçon tourna lentement la tête vers eux. Ses yeux bruns, d’une intensité troublante, semblaient porter en eux une ferveur mystique qui donnait à son regard juvénile une profondeur dérangeante.
— C’est Elle ? murmura-t-il d’une voix rauque. A vas-tu r’venir me voir ?
Miss Dupuis s’avança et prit une chaise près du lit.
— Bonjour, Antoine. Je suis Miss Dupuis. Je travaille avec la police de Montréal.
— La police ? Ils veulent m’arrêter ? Ils veulent m’arrêter parce que j’ai vu la Sainte Vierge ? Mon papa m’a dit que c’était défendu d’parler de ces affaires-là.
— Pas du tout, le rassura Miss Dupuis avec un sourire maternel. Au contraire, je suis très curieuse. J’aimerais savoir ce que tu sais.
— C’est vrai ?
— Oui, oui. Je vais souvent faire des prières à la Sainte Vierge à l’église Saint-Jacques. J’allume des lampions aussi.
L’intérêt d’Antoine s’accrut l’avantage.
— Vous l’avez vu, vous aussi ?
— Non, je n’ai pas eu cette chance. Je n’ai vu que sa statue. Toi, peux-tu me dire ce que tu as vu ?
Antoine se redressa légèrement, ses traits s’animant pour la première fois.
— A l’étâ ben belle ! Comme dans lé images de l’église Saint-Laurent. Ses cheveux dorés, y brillaient au soleil… et sa robe, mon Dieu, quelle robe ! C’est la belle dame, quoi !
— Raconte-moi sa robe, Antoine, encouragea Miss Dupuis, sortant discrètement un petit carnet de son réticule.
— Bleue ! Bleue comme le ciel du mois de Marie ! Mais pas n’importe quel bleu… c’était comme… comme la couleur des bleuets quand y sont tout neufs, vous savez ? Et le tissu… Il ferma les yeux, cherchant ses mots. On aurait dit qu’y était fait avec de la lumière. Ça brillait, mais comme tout doux, comme de l’eau de la rivière quand la lune se mire dedans.
Turmel échangea un regard avec Miss Dupuis. Cette description détaillée ne correspondait pas aux divagations incohérentes que l’on attendrait d’un délirant.
— Et où était-elle exactement, cette belle dame ? demanda Miss Dupuis.
— Dans la clairière, près de la source ! Vous savez, la Source des Fées dans le bois de Côte-Vertu.
— C’est près de chez toi ça ?
— Assez.
— Tu y vas souvent à cette source.
— Assez. C’est une source où on va chercher d’l’eau de Pâques. Quand j’y vâ, j’fâ des prières à la Sainte Vierge et au bon Dieu.
— Et hier, tu as donc vu la belle dame ?
— C’est comme je vous dis. Elle était là, avec les yeux grands ouverts.
— Elle avait les yeux ouverts, tu dis ? Ses yeux, ils étaient de quelle couleur ?
— Bleus, comme sa robe. Mais pas du même bleu que sa robe. Plus pâles… comme de la glace en hiver.
— Elle te regardait ?
— Ben non. Elle regardait le ciel. C’est certain.
Le visage d’Antoine s’illumina en disant ces derniers mots. Il continua :
— A m’a dit que j’étâ un bon p’tit gars, que la Sainte Vierge avait besoin de bons p’tit gars comme moi…
— Elle t’a parlé ? intervint le Dr Gilmour avec scepticisme. Et que t’a-t-elle dit exactement ?
Antoine hésita, jetant un regard craintif vers le médecin, puis se referma en se tournant de côté. Miss Dupuis s’approcha du Dr Gilmour et lui dit d’un ton ferme :
— S’il vous plaît, veuillez ne pas interrompre mon interrogatoire. Vous pouvez aller vous installer dans le coin si vous voulez écouter. Mais je vous prie de ne plus intervenir.
Le Dr Gilmour était furieux de se faire reprendre ainsi, mais, sous le regard d’acier de Miss Dupuis, il recula et s’adossa à un mur.
Miss Dupuis revient vers le lit et posa doucement sa main sur celle du garçon.
— N’aie pas peur, Antoine. Tu peux tout me dire. Tu sais que, moi aussi j’aime la Vierge Marie.
Antoine se retourna et regarda Miss Dupuis. La confiance lui revient.
— A m’a dit… Il baissa la voix jusqu’au murmure. A m’a dit qu’â l’étâ fatiguée, qu’â l’avâ marché longtemps. Qu’â se reposait.
— Tu veux dire qu’elle était couchée ?
— Ben oui. Sur le dos, comme si â dormait. Mais â dormait pas, parce qu’â l’avait les yeux ouverts !
— La belle dame était couchée sur le dos ?
Antoine acquiesça, sans dire un mot.
Encore une fois, Miss Dupuis, jeta un coup d’œil à Turmel qui semblait de plus en plus convaincu de la véracité des dires d’Antoine.
— Puis, à part sa belle robe et ses beaux cheveux et ses beaux yeux. As-tu remarqué quelque chose de spécial ?
Après une certaine réticence, il ajouta
— Ses souliers ! lâcha-t-il finalement. Â voulâ pas que j’en parle. Â m’a dit que les gens comprendraient pas pourquoi la Sainte Vierge avait des souliers si beaux. Mais moi, j’ai compris ! La Sainte Vierge, â peut ben porter ce qu’â veut !
Miss Dupuis leva les yeux de ses notes.
— Décris-moi ces souliers, Antoine.
— Oh ! Les yeux du garçon brillèrent d’admiration. C’était les plus beaux souliers que j’ai jamais vus ! Noirs comme du charbon, mais qui brillaient comme un miroir ! Avec des p’tits talons pas trop hauts, et pis… et pis des boucles en argent ! J’avais jamais vu des souliers comme ça, même pas sur les dames qui viennent à l’église le dimanche !
Sœur Marie-Clothilde leva les yeux de son crucifix, visiblement troublée par cette description si précise. Le Dr Gilmour fronça les sourcils dans son coin, sa certitude vacillant légèrement.
— Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? poursuivit Miss Dupuis.
— Ben… Rien. Est restée là… couchée.
— Et puis ?
— Pis après , ben j’su r’parti.
— Tu l’as laissé là ?
— Ben oui. Il fallait que j’aille dire au curé de lui construire une église pour la protéger.
Finalement, Antoine se tut. Il avait tout dit.
Un silence pesant s’installa dans la salle. Même le vieil homme avait cessé ses marmonnements pour écouter. Miss Dupuis referma son carnet.
— Antoine, dit-elle finalement, accepterais-tu de retourner là-bas avec moi ? Pour me montrer l’endroit exact ?
Le garçon pâlit sensiblement.
— Y retourner ? Mais on va la déranger. Il faut attendre que le curé fasse construire une église… pour la protéger.
— Je ne la dérangerai pas, rassure-toi, dit Miss Dupuis. Tu n’as rien à craindre, tu me fais confiance ?
Antoine hocha la tête en signe d’approbation.
— Attendez un peu ! protesta le Dr Gilmour en s’approchant. Il n’est pas question que ce patient quitte l’hôpital ! Son état nécessite une surveillance constante !
Miss Dupuis se tourna vers lui, son regard se durcissant imperceptiblement.
— Dr Gilmour, avec tout le respect que je vous dois, cette enquête relève de l’autorité policière. Si vous refusez de coopérer, je me verrai dans l’obligation d’aller chercher un mandat du juge de paix. Je ne pense pas que ce soit ce que vous souhaitez… voir arriver la police dans votre établissement avec toute la publicité que cela entraînerait.
Le docteur blêmit à cette perspective. Un scandale serait désastreux pour la réputation de l’hôpital et sa propre carrière.
— C’est du chantage ! grommela-t-il.
— C’est de la collaboration entre citoyens responsables, répliqua Miss Dupuis avec un sourire glacial. Antoine m’accompagnera ce matin. Ne vous inquiétez pas, je le ramènerai dans la journée.
Le Dr Gilmour capitula avec une grimace.
— Très bien ! Mais sous votre entière responsabilité ! Et je veux un rapport détaillé de cette… excursion !
Miss Dupuis se tourna vers Turmel et s’approcha de lui pour lui parler tout bas afin de ne pas être comprise par le Dr Gilmour.
— Peux-tu faire préparer Antoine avec ses vêtements de sortie ? Moi, je vais aller chercher un fiacre et passer au poste de police de l’édifice Bonsecours pour demander qu’un constable nous accompagne.
— Est-ce vraiment nécessaire ? demanda Turmel, perplexe.
Miss Dupuis rangea son carnet dans son réticule et ajusta ses gants.
— On ne sait jamais ce qu’on peut trouver dans ces situations, Jean-Baptiste. Si cette « belle dame » n’était pas une apparition divine… je pourrais avoir besoin d’aide.
Elle se pencha vers Antoine, qui la regardait avec des yeux pleins d’espoir et d’appréhension mêlés.
— Sois sage, Antoine. Nous partons bientôt.
Puis, se dirigeant vers la sortie d’un pas déterminé, elle ajouta par-dessus son épaule.
— Je vais chercher un fiacre. Je reviens.
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