Belle Dame-Épisode 20

Silas et Miss Dupuis avec un témoin

Les autres étudiants sortirent de la salle les uns après les autres, jetant des regards curieux vers le petit groupe formé au fond. Hines restait immobile, sa sacoche de cuir à la main, le visage impénétrable, malgré son sourire mélancolique.

Le professeur Abbott, qui rangeait ses notes au pupitre, leva les yeux et remarqua la scène inhabituelle. Il fronça les sourcils en voyant Robinson et Miss Dupuis, puis son regard se posa sur Hines. En homme d’expérience, il comprit immédiatement que quelque chose de grave se tramait.

— Messieurs ? demanda-t-il en s’avançant, sa voix portant l’autorité naturelle d’un homme habitué aux prétoires. Y a-t-il un problème ?

Robinson se tourna vers le professeur et inclina respectueusement la tête.

— Professeur Abbott, je présume ? Je suis le chef Silas Robinson, de la police de Montréal. Voici mon adjointe, Miss Dupuis.

Abbott s’arrêta à mi-chemin dans l’allée centrale. Ses sourcils s’arquèrent légèrement derrière ses lunettes cerclées de métal. Il jeta un coup d’œil rapide à Hines, puis revint à Robinson.

— La police ? Dans ma salle de cours ?

Sa voix n’était pas hostile, simplement intriguée, avec une pointe de méfiance professionnelle. En tant qu’avocat criminaliste, Abbott avait eu affaire aux forces de l’ordre à de nombreuses reprises, pas toujours dans des circonstances agréables.

Robinson choisit ses mots avec soin. Il savait qu’Abbott était un homme influent, doyen de la faculté, et qu’il valait mieux ne pas se le mettre à dos.

— Professeur, nous menons une enquête sur une affaire délicate. Nous aurions besoin de nous entretenir avec l’un de vos étudiants. Dans un cadre privé, si possible.

Abbott croisa les bras sur sa poitrine, son regard perçant alternant entre Robinson et Hines.

— Lequel de mes étudiants ?

— Monsieur Hines, répondit calmement Robinson.

Un silence pesant s’installa. Abbott connaissait bien Hines. C’était l’un de ses meilleurs étudiants, toujours ponctuel, toujours préparé, avec une compréhension remarquable des principes juridiques. Mais Abbott n’était pas né de la dernière pluie. Il savait que plusieurs anciens Sudistes se cachaient à Montréal.

— Je vois, dit-il finalement, sa voix neutre ne trahissant aucune émotion. Et de quelle nature est cette affaire délicate ?

Miss Dupuis prit la parole, sa voix douce, mais ferme.

— Professeur Abbott, nous vous assurons que nous agissons avec la plus grande discrétion. Monsieur Hines n’est pas… formellement accusé de quoi que ce soit pour l’instant. Nous avons simplement des questions à lui poser. Des questions importantes.

Abbott étudia le visage de Miss Dupuis pendant un long moment. Il avait entendu parler d’elle, une femme détective, une rareté dans ce monde d’hommes. Sa présence aux côtés de Robinson atténuait le désagrément de leur démarche.

Hines, qui était resté silencieux jusqu’alors, prit la parole.

— Professeur, je vous assure que je n’ai rien à cacher. Je suis prêt à répondre aux questions de ces détectives.

Sa voix était calme, presque résignée. Abbott le regarda longuement, cherchant à lire dans ses yeux.

— Très bien, dit-il finalement. Mais je ne laisserai pas mes étudiants être interrogés dans des conditions inconvenantes.

Il se tourna vers Robinson.

— Je vous offre l’usage de mon bureau personnel. Il se trouve au deuxième étage de l’aile est. C’est un endroit privé où vous ne serez pas dérangés.

Robinson inclina la tête avec reconnaissance.

— Nous vous remercions, professeur. C’est très généreux de votre part.

Abbott haussa les épaules.

— Je ne le fais pas par générosité, chef Robinson. Je le fais parce que si l’un de mes étudiants est impliqué dans une affaire criminelle, je préfère que cela soit traité avec discrétion. L’Université McGill n’a pas besoin de scandale.

Il se dirigea vers la porte, puis se retourna.

— Suivez-moi. Je vais vous y conduire.

Ils sortirent de la salle de cours dans un silence tendu. Hines marchait entre Robinson et Miss Dupuis, sa sacoche de cuir toujours à la main. Abbott les précédait, sa démarche assurée résonnant dans le couloir désert.

Ils montèrent un escalier de bois aux marches usées par des décennies de passages. Les murs de pierre grise étaient nus, à l’exception de quelques cadres contenant des portraits de professeurs illustres. La lumière du jour filtrait par de hautes fenêtres, projetant des ombres allongées sur le plancher.

Au deuxième étage, Abbott tourna à droite dans un couloir plus étroit. Il s’arrêta devant une porte de chêne massif portant une plaque de cuivre gravée : « Professeur J.J.C. Abbott ».

Il sortit une clé de sa poche et déverrouilla la porte.

— Voici mon bureau. Vous y serez tranquilles.

Il poussa la porte, révélant une pièce de taille modeste, mais confortable. Les murs étaient tapissés de bibliothèques remplies de livres de droit reliés en cuir. Un bureau de noyer massif trônait près de la fenêtre, encombré de dossiers et de documents. Trois fauteuils de cuir usé faisaient face au bureau, et un petit poêle à bois occupait un coin de la pièce, actuellement éteint.

La fenêtre donnait sur les jardins du campus, offrant une vue apaisante sur les érables dont les feuilles rouges et or dansaient dans la brise de ce début d’octobre.

Robinson entra le premier, suivi de Miss Dupuis et de Hines. Abbott resta sur le seuil.

— J’ai un rendez-vous dans vingt minutes, dit-il en consultant sa montre à gousset. Quand vous aurez terminé, laissez simplement la clé sur mon bureau. Je la récupérerai plus tard.

Il regarda une dernière fois Hines, et quelque chose passa dans son regard, de la compassion, peut-être, ou simplement de la curiosité professionnelle.

— Monsieur Hines, j’espère que cette affaire se réglera à votre avantage.

Hines hocha la tête sans un mot.

Abbott referma la porte derrière lui. Ses pas s’éloignèrent dans le couloir, puis le silence retomba.

Robinson se tourna vers Hines. Les deux hommes se regardèrent longuement. Dehors, le vent faisait bruire les feuilles des arbres. Une horloge quelque part dans le bâtiment sonna la demie. Miss Dupuis posa sa sacoche sur une table et sortit son carnet de notes.

— Capitaine Hines, dit-il, asseyez-vous. Nous avons beaucoup de questions à vous poser.

Hines posa sa sacoche de cuir sur le plancher et s’installa dans l’un des fauteuils. Il croisa les mains sur ses genoux et leva les yeux vers Robinson.

Le silence retomba dans le bureau du professeur Abbott après qu’il eut refermé la porte. Robinson resta debout un moment, observant Hines, qui s’était assis dans un des fauteuils de cuir près du poêle éteint. Miss Dupuis s’assit à son tour sur un autre fauteuil et installa son carnet sur ses genoux, le crayon prêt. 

— Capitaine, commença calmement Robinson, vous savez sans doute pourquoi nous sommes ici.

L’étudiant leva lentement les yeux. Sa voix était posée, mais teintée d’une lassitude visible.

— Je crois, oui. C’est à propos de Rose Corbeil qui a été assassinée la semaine dernière.

Robinson hocha la tête et s’assit face à lui. 

— Vous la connaissiez bien ?

— Aussi bien que l’on peut jamais connaître une femme comme Rose, répondit Hines. Nous avions travaillé ensemble, avant… avant tout cela.

Miss Dupuis observait attentivement l’homme devant elle. Il paraissait beaucoup plus jeune que sur la photographie qu’elle avait vue : les traits fins, les yeux clairs, la moustache soigneusement entretenue. Pourtant, quelque chose en lui trahissait la fatigue d’un homme qui avait trop vu.

— Dites-moi, capitaine, reprit Robinson, vous avez été envoyé au Canada par le président Davis en 1864, n’est-ce pas ?

— Oui. Avec Jacob Thompson et le sénateur Clay. Trois hommes et une mission : continuer la guerre dans l’ombre.

Il sourit tristement, comme si des souvenirs qui lui remontaient le rendaient malheureux comme les pierres.

— C’était il y a une éternité.

— Et Rose Corbeil ? demanda Robinson. Faisait-elle partie de vos opérations ?

— Pas directement au début. Thompson l’avait recrutée pour ses talents de messagère. Elle connaissait bien les réseaux et pouvait circuler sans attirer l’attention.

— C’est sous votre responsabilité qu’elle devait se trouver lorsqu’elle a été tuée ? Sanders vous l’avait confiée, me semblait-il ?

Hines redressa légèrement la tête.

— Je le sais. Et je ne me le pardonnerai jamais.

Un silence s’installa. Le tic-tac de l’horloge accroché au mur résonnait dans la pièce.

— J’ai reçu l’ordre de Sanders de veiller sur elle, poursuivit Hines. Rose était menacée. Des agents nordistes cherchaient encore à se venger de ce qu’elle avait fait pendant la guerre. C’est du moins ce qu’il m’a dit. J’ai fait ce que j’ai pu, mais elle… elle n’était pas une femme facile à protéger.

— Pourquoi ? demanda Miss Dupuis doucement.

— Parce qu’elle ne voulait pas l’être. 

Il passa une main sur son front.

— Quand on vit trop longtemps dans la clandestinité, on finit par ne plus faire la différence entre la vie et la survie.

Robinson se pencha vers lui.

— Je vais être franc avec vous, capitaine. Certains disent que vous aviez plus qu’un devoir envers elle. Que vous étiez peut-être… attaché à cette femme.

Hines releva la tête brusquement, comme piqué au vif. Ses yeux clairs croisèrent ceux de Robinson, et pendant un instant, le masque tomba. On y lut quelque chose de trop humain pour être feint. Une douleur ancienne, presque tendre.

— J’ai eu du respect pour elle, chef Robinson. 

Le ton était mesuré, mais sa main tremblait légèrement sur l’accoudoir du fauteuil

— Du respect ! Seulement du respect ?

Hines se raidit, serra les poings, puis relâcha lentement sa prise.

— Si vous insinuez que… que j’avais… vous vous trompez complètement.

— Parce que, si cela avait été le cas, capitaine, j’aurais de bonnes raisons de vous soupçonner…. Vous savez, j’ai souvent vu les hommes rejetés par une femme qui ont passé de l’amour à la haine en un clin d’œil.

Hines se raidit et regarda Robinson avec un air effaré :

— Qu’est-ce que vous laissez entendre ? Vous êtes complètement dans l’erreur. Rose était sous ma garde. J’avais fait une promesse de la protéger. Comment aurais-je pu … ? 

— Et pourtant, Rose est morte sous votre garde justement, insista Robinson.

Il détourna le regard vers la fenêtre où les feuilles rousses tourbillonnaient sous le vent d’octobre. Sa voix se fit plus basse, presque un murmure.

— Je ne le sais que trop bien… J’aurais donné ma vie pour éviter cela… J’avais fait une promesse…

Il marqua une pause, puis ajouta d’un ton presque éteint :

— Mais la vie se moque de nos serments.

Un silence lourd suivit. Miss Dupuis leva brièvement les yeux de son carnet. Elle fixa le visage de Hines. Le ton avait changé. Elle perçut l’émotion contenue derrière ces derniers mots.

— Alors, qui l’a tuée ? demanda-t-elle.

Hines détourna les yeux vers la fenêtre sans répondre.

Miss Dupuis adopta une autre approche. Elle avait appris de son chef l’art de prendre des chemins de traverse. Elle ferma son carnet, se leva, et fit quelques pas vers les rayonnages.

— Monsieur Hines, dit-elle avec douceur, vous avez bien connu Jacob Thompson. C’est ce que vous venez de dire.

Hines eut un léger mouvement de recul.

— Oui. Je lui dois ma carrière.

— Sa mort a été… soudaine, ajouta-t-elle.

— Oui. À Paris, si je ne me trompe. Une maladie, non ?

Elle baissa lentement les yeux vers lui. 

— Vous ne saviez pas qu’il avait été empoisonné ?

Un bref silence. Miss Dupuis se rapprocha de son fauteuil. Elle s’y rassit et reprit son carnet. Hines reprit la conversation :

— Je n’en avais pas la certitude, répondit Hines. Mais je l’avais soupçonné.

Miss Dupuis reprit :

— Et qui aurait pu vouloir sa mort ?

— Beaucoup d’hommes. Thompson avait des ennemis, oui. Mais les ennemis ne sont pas toujours les plus dangereux. Ce sont parfois les amis qui deviennent terribles quand on touche à ce qu’ils chérissent.

— Vous pensez à quelqu’un en particulier ?

Hines hésita, puis lâcha :

— Le sénateur Clay, peut-être.

Robinson fronça les sourcils.

—Clement Claiborne Clay? Celui qui a dirigé les opérations secrètes avec vous ?

— Lui-même.

Robinson reprit, intrigué.

— Mais je croyais qu’ils étaient alliés.

— Officiellement, oui. Mais ce n’était un secret pour personne qu’ils se détestaient cordialement. Ils le faisaient savoir au monde entier. Thompson était un homme d’argent, Clay un idéaliste brisé. Deux visions du Sud qui ne pouvaient pas coexister.

Hines se pencha en avant, ses mains jointes. 

— On disait que Clay méprisait Thompson. Il le considérait comme un opportuniste. Et Thompson, lui, traitait Clay de rêveur malade. C’était ce qui se disait. 

Robinson acquiesça.

— Ermatinger m’avait déjà parlé de ce différend. Clay aurait refusé de participer à certains plans de sabotage jugés trop brutaux.

— Exact, confirma Hines. Il se voyait encore comme un sénateur du Sud, pas comme un espion. Mais la guerre n’avait plus de place pour les hommes d’honneur.

Une ombre passa sur son visage.

— Quand il est revenu d’emprisonnement…

— Quel emprisonnement ?

— Il a été soupçonné d’être impliqué dans l’assassinat d’Abraham Lincoln. Une récompense a été offerte à son sujet. Il s’est livré, a été détenu à Fortress Monroe pendant presque un an sans procès, puis il a été libéré cette année.

— Et alors ?

— Quand il est revenu de cette période d’emprisonnement, Clay n’était plus le même.

Miss Dupuis releva la tête.

— Vous l’avez revu après sa libération ?

— Oui. C’était au début de septembre. Il était arrivé à Montréal sans prévenir. Amaigri, le teint cireux, les mains tremblantes. Il toussait sans arrêt. Mais ses yeux… ils brillaient encore d’une intelligence redoutable.

Robinson haussa un sourcil. Il demanda :

— Qu’est-ce qu’il voulait ?

Hines prit le temps de répondre.

— Il disait vouloir renouer avec les anciens. Revoir les survivants de la mission canadienne. Mais j’ai compris qu’il cherchait autre chose.

— Quoi donc ?

— Des réponses.

La voix de Hines s’était faite plus grave.

— Pendant son emprisonnement à Fortress Monroe, il avait appris la mort de Thompson. Et il ne croyait pas une seule seconde qu’il s’agissait d’une maladie.

Miss Dupuis prit des notes rapides. Elle laissa retomber son crayon et dit :

— Qui lui avait parlé de cela ?

— Un autre prisonnier. Un journaliste américain arrêté pour correspondance suspecte. Il avait séjourné à Paris au même moment que Thompson. D’après lui, l’ancien commissaire avait reçu la visite d’une dame voilée quelques jours avant sa mort.

— Une dame voilée ? répéta Miss Dupuis.

— Oui. On disait qu’elle venait du Canada. Belle, mystérieuse, vêtue de noir. Après sa visite, Thompson est tombé malade. On n’a jamais retrouvé cette femme.

Robinson et Miss Dupuis échangèrent un regard.

— Et Clay ? demanda Robinson.

— Clay a compris tout de suite, murmura Hines. Il connaissait cette femme.

Un silence tendu remplit la pièce. Le bruit du vent dans les branches semblait soudain assourdissant.

— Vous voulez dire que…

— Oui, chef. Il savait que cette dame voilée, c’était Rose Corbeil.

Miss Dupuis se raidit un peu. C’était sa réaction chaque fois qu’elle découvrait quelque chose d’important.

— Clay avait été le référent de Rose à une époque, continua Hines. Elle travaillait pour lui. Elle exécutait les missions les plus délicates. Il avait pour elle une estime réelle.

— Et quand il a appris qu’elle avait tué Thompson ? demanda Robinson.

— Il ne m’a jamais dit alors qu’il était au courant. Mais j’ai vu dans ses yeux quelque chose d’inquiétant. Pas de la colère. Pas même du mépris. Plutôt une sorte de résolution froide. Comme s’il venait de trouver un sens à sa survie.

Robinson se leva, fit quelques pas vers la fenêtre. Dehors, les érables du campus agitaient leurs feuilles rouges dans la lumière du matin.

— Continuez.

Hines reprit, la voix basse.

— Après sa libération, Clay est venu me trouver ici, à Montréal. Il savait que j’étais encore au Canada pour mes études. Il m’a fait demander à la résidence où je logeais sur la rue Sherbrooke.

Il se frotta les tempes, cherchant ses mots.

— Je me souviens encore de son arrivée. Il portait une redingote usée, un chapeau déformé par la pluie. Il semblait sorti d’un autre siècle. Pourtant, dès qu’il parlait, on sentait le pouvoir.

Miss Dupuis prit une inspiration.

— Qu’est-ce qu’il voulait de vous ?

— Il m’a dit qu’il devait retrouver Rose. Qu’il la savait en danger. Qu’il voulait la protéger.

Robinson revint vers la table.

— Et vous l’avez cru.

— Oui, répondit Hines. Je n’avais aucune raison de ne pas le croire. Nous avions combattu ensemble. Je ne pouvais pas douter de sa parole, vous comprenez.

— Qu’avez-vous fait ?

— Je lui ai indiqué où elle logeait.

Miss Dupuis leva les yeux de son carnet.

— À Côte-Vertu ?

— Oui.

Il resta un moment silencieux, le regard perdu dans le vide. Puis il ajouta d’une voix presque éteinte :

— Clay m’a dit qu’il prendrait la relève. Qu’il saurait mieux qu’un soldat comment la protéger. 

C’est le moment que le doyen Abbott choisit pour frapper à la porte de son propre bureau. Il l’entrouvrit et dit :

— J’ai un rendez-vous dans quelques minutes. Est-ce que vous avez terminé ?

Robinson répondit :

— Non. Mais nous allons nous déplacer. Merci de nous avoir prêté votre bureau, Monsieur le Doyen.

Les trois se levèrent en même temps. Robinson récupéra son chapeau melon et les deux autres reprirent leurs sacs. Ils sortirent du bureau d’Abbott pour se diriger vers l’escalier.

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