Belle Dame-Épisode 8

Le poste de police

Robinson se tenait debout près de la fenêtre, observant les ombres s’étirer sur la place du Marché Bonsecours. Derrière lui, ses trois détectives attendaient, installés à leur bureau respectif encombré de dossiers et de notes. Kelly avait posé ses pieds bottés sur une chaise vide, sa stature imposante décontractée, mais son regard vif. Morin, droit comme un i, tripotait nerveusement sa petite moustache. Miss Dupuis, assise près de la lampe à huile, avait déjà sorti son carnet et sa plume. Le bureau des détectives baignait dans cette lumière cuivrée de fin d’après-midi qui transformait la poussière en suspension en paillettes dorées. Nous étions le mercredi après-midi. Cela faisait maintenant deux jours que le corps de Rose Corbeil avait été découvert près de la Source aux fées.

Robinson se retourna enfin, sa haute silhouette se découpant à contre-jour.

– Bien. Commençons par les résultats de l’autopsie.

Il retourna à son bureau, et tout en restant debout, il ouvrit un dossier mince posé là.

— Le docteur Douglas confirme ce que nous soupçonnions. Rose Corbeil a été étranglée. Morte depuis vendredi dernier sans doute, ce qui fait 3 jours quand on l’a trouvée lundi matin.

Miss Dupuis leva les yeux de ses notes.

— Pourtant, son visage ne semblait pas si détérioré, j’ai pu prendre des photographies relativement adéquates

Robinson hocha la tête.

— Douglas dit que c’est possible. L’étranglement n’a pas déformé les traits de manière significative. Les nuits fraîches de septembre ont ralenti la décomposition. Le corps était à l’ombre, protégé du soleil.

Morin se pencha en avant.

— Comment l’a-t-on tuée exactement ?

— Étranglée à mains nues, répondit Robinson en consultant le rapport. Pas de corde, pas de foulard. Les marques sur le cou indiquent des doigts puissants. L’agresseur était fort, ou alors animé d’une rage considérable.

Kelly émit un grognement.

— Ça prend du temps, étrangler quelqu’un. C’est pas un geste impulsif. Il faut maintenir la pression plusieurs minutes et regarder la personne mourir. On dirait que c’était personnel.

Un silence inconfortable s’installa. Miss Dupuis brisa le malaise.

— Donc, ce n’était pas une dispute qui aurait dégénéré. C’était délibéré.

— Exactement, confirma Robinson. Maintenant, Kelly, Morin, racontez-nous votre matinée à Côte-Vertu.

Kelly se redressa, faisant craquer le bois de sa chaise sous son poids.

— On a interrogé quelques voisins ce matin, chef. Et j’ai eu des conversations fascinantes, ma foi.

Il sortit son propre carnet, froissé et taché d’encre.

— D’abord, personne n’a rien vu ni entendu vendredi dernier. Rien du tout. Comme si la belle Rose s’était volatilisée sans faire de bruit. Bien sûr, à Côte-Vertu, les fermes sont si éloignées les unes des autres que les mégères du coin doivent se contenter d’espionner leurs propres poules. Pas moyen de regarder par la fenêtre du voisin quand il habite à un quart de mille.

— Les voisins la connaissaient ? demanda Miss Dupuis.

Kelly eut un sourire en coin.

— Voilà qui devient intéressant. La plupart ne la connaissaient pas du tout. Oh, ils savaient qu’Étienne Corbeil avait une femme, bien sûr. Ils la croisaient de temps en temps. Mais personne n’avait de contacts avec elle.

Morin intervint, consultant ses propres notes.

— Les rares personnes qui la connaissaient nous ont tous dit la même chose. Une femme distante, froide même. Elle ne participait pas aux corvées communes, ne visitait pas les voisines, ne fréquentait pas l’église du village.

— Pas exactement le portrait d’une dame patronnesse, commenta Robinson.

— C’est peu de le dire, renchérit Kelly. J’ai parlé à une vieille dame, madame Beauchamp, qui habite à deux fermes de là. Elle m’a confié que Rose Corbeil lui faisait peur.

Miss Dupuis haussa un sourcil.

— Peur ?

— Ses mots exacts étaient : « Cette femme-là avait quelque chose de pas naturel. Elle vous regardait comme si elle lisait dans votre âme et n’aimait pas ce qu’elle y voyait. »

Robinson s’appuya contre son bureau, croisant les bras.

— Pas très charitable comme jugement.

— Peut-être, dit Kelly, mais ceux à qui j’ai parlé ont exprimé la même idée, avec des mots différents. Une femme hautaine, secrète, qui ne se mêlait pas aux gens du coin.

— Et Alberte ? demanda Robinson. La vieille veuve qui s’occupe de la maison ?

Morin prit la parole, redressant son torse maigre.

— Ah, Alberte. Nous avons pu l’interroger lorsqu’elle était seule. Corbeil était parti dans son champ. Il a fallu la cuisiner un bon moment avant qu’elle ne parle. Elle avait peur de dire du mal des morts.

— Qu’a-t-elle fini par dire ?

— Que Rose Corbeil n’était pas une femme très sympathique, répondit Morin. Qu’elle la traitait comme une domestique alors qu’Alberte venait par charité chrétienne ! Qu’elle donnait des ordres sèchement, sans jamais un merci.

Kelly reprit, visiblement amusé par ses souvenirs.

— Alberte nous a raconté que madame Corbeil était toujours habillée comme pour un bal, même à la maison. Des robes de ville élégantes, des gants de dentelle, des chapeaux importés. Elle ne touchait jamais aux travaux de la ferme, jamais. Elle ne cuisinait même pas.

— Alors que faisait-elle de ses journées ? demanda Miss Dupuis.

— Voilà le mystère, dit Morin. Selon Alberte, Rose avait installé un bureau à l’étage. Elle y passait beaucoup de temps. Des heures, il paraît.

Robinson fronça les sourcils.

— Elle y faisait quoi ?

— Alberte n’en sait rien. Elle n’avait pas le droit d’entrer dans la chambre quand madame y était. Et quand madame sortait, la porte était fermée à clé. Elle ne pouvait même pas y faire le ménage.

Kelly feuilleta son carnet.

— Alberte a ajouté quelque chose d’intéressant. Elle a mentionné que c’était une femme qui n’était pas d’ici, que c’était une « étrange ». D’ailleurs, elle parlait français avec un accent anglais. Elle a dit : « Cette dame-là n’était pas de la même classe que monsieur Corbeil. On voyait bien qu’elle venait d’ailleurs, d’un monde où les gens ont des domestiques et ne se salissent pas les mains. »

— Une grande dame qui épouse un cultivateur prospère, mais simple, murmura Miss Dupuis. Ça ne colle pas.

— Ça ne colle pas du tout, confirma Robinson. À moins que ce mariage ait servi un autre but que l’amour.

Morin se leva et fit quelques pas, les mains derrière le dos.

— Chef, tout ça confirme ma théorie du mari jaloux. Étienne Corbeil a épousé une femme au-dessus de sa condition. Une femme qui le méprisait peut-être, qui s’absentait régulièrement, qui était secrète. Et maintenant on découvre qu’elle avait un complice, ce John Surratt. Un homme jeune, beau, de sa classe sociale.

Il se retourna vers Robinson, l’œil brillant.

— Corbeil a découvert la liaison. Il l’a suivie. Il l’a tuée dans un accès de jalousie.

Kelly secoua la tête.

— Ton histoire ne tient pas debout, Morin. Pourquoi l’aurait-il tuée à Côte-Vertu, près de chez lui, pour ensuite faire semblant de s’effondrer lorsqu’on lui a appris sa mort ? Non c’est peu probable.

— La rage, insista Morin. Un moment de folie. Après, il a paniqué et a joué la comédie.

Miss Dupuis posa sa plume.

— Ou alors ce n’était pas le mari du tout. Ce que nous venons d’apprendre de Kelly et Morin confirme plutôt l’autre piste. Rose Corbeil n’était pas une dame patronnesse. Elle était une espionne, une messagère. Elle menait une double vie.

Robinson hocha lentement la tête.

— Je suis d’accord avec Miss Dupuis. La piste de l’espionnage est la plus prometteuse.

Il se redressa et marcha vers la carte de Montréal accrochée au mur.

— Et pour comprendre cette piste, il faut comprendre le contexte. J’ai dîné ce midi avec William Ermatinger.

Kelly siffla entre ses dents.

— Le vieux renard lui-même.

— Vous savez évidemment que c’était le premier superviseur de la police de Montréal. C’est lui qui m’a engagé comme chef des détectives il y a quinze ans.

— Avant mon temps, donc, dit Morin.

— Toi, t’étais encore aux couches, Morin.

Morin n’osa pas répliquer à Kelly.

— Ermatinger a quitté la police en 1863, expliqua Robinson. Mais il n’a pas pris sa retraite. Il est maintenant le chef des espions canadiens pour le Canada-Est. Vous vous souvenez qu’il a été très utile lors de l’affaire de Griffintown l’année dernière.

Les trois autres opinèrent du bonnet. Le silence s’abattit sur la pièce. Miss Dupuis leva les yeux, intéressée. Kelly se pencha en avant. Même Morin parut impressionné.

— Le service du renseignement ? dit Miss Dupuis. Vous nous en dites plus, chef ?

— Depuis 1864, confirma Robinson. Ermatinger s’occupe de ce service de renseignement pour l’Est du Canada. Sa mission principale actuellement est de surveiller les Fenians, ces Irlando-Américains qui font des raids au Canada.

Kelly, un Irlandais lui-même, grogna entre ses dents.

— Ouais ! Les Fenians. Ils veulent libérer l’Irlande en s’attaquant au Canada. Drôle de logique… Même si leur but n’est pas mal quand même : faire de l’Irlande un vrai pays.

Les trois autres le regardèrent d’un air dubitatif. L’Irlandais Kelly n’avait jamais vraiment perdu son nationalisme irlandais même s’il avait quitté son pays d’origine depuis longtemps.

— Peut-être, dit Robinson avec un demi-sourire. Mais pour ce qui est des Fenians, c’est suffisamment préoccupant pour que le gouvernement canadien mette sur leur dos son nouveau service de renseignements.

Robinson fit une pause avant d’ajouter :

— Bref, ce n’était pas la raison pour laquelle je voulais rencontrer Ermatinger. Il connaît tous les secrets de cette ville. Et aujourd’hui, il m’en a révélé quelques-uns.

Il retourna à son bureau et s’assit, croisant les mains devant lui.

— Pendant notre conversation, Ermatinger m’a expliqué quelque chose d’important. Il m’a dit que pour comprendre les Fenians aujourd’hui, il faut comprendre les réseaux d’espionnage qui ont opéré ici pendant la guerre de Sécession. Parce que ce sont les mêmes routes, les mêmes méthodes, parfois les mêmes hommes.

— Les Sudistes, dit Miss Dupuis en chuchotant presque. Le St Lawrence Hall ?

— Exactement. Entre 1862 et 1865, Montréal était le quartier général principal des opérations sudistes à l’étranger. Le plus important au monde.

Morin fronça les sourcils.

— Mais nous étions neutres, non ?

— Officiellement, oui, répondit Robinson. En pratique, une grande partie de l’élite montréalaise sympathisait avec les États du Sud. Les agents sudistes opéraient au grand jour. Ils louaient des suites au St Lawrence Hall, au Queen’s Hotel à Toronto. Les banques canadiennes détenaient leurs fonds.

— Combien d’argent, chef ?

— Ermatinger parle d’un million de dollars ou plus. En or et devises fortes. Dans les coffres de la Banque de Montréal, et de sa voisine, la Ontario Bank.

Kelly ouvrit des yeux ronds.

— Un million ? C’est une fortune colossale. De quoi acheter tout un quartier de Montréal !

Miss Dupuis laissa échapper un sifflement bas. Même Morin parut impressionné par la somme.

— Et ce n’est pas tout, continua Robinson. Ces espions ne se contentaient pas de boire du Mint Julep au Dooley’s bar du St Lawrence Hall. Ils ont monté des opérations depuis le Canada. Des tentatives d’incendie à New York, des raids sur des camps de prisonniers, du sabotage de navires.

— Le raid sur St. Albans, dit Kelly. J’en ai entendu parler.

— Octobre 1864, confirma Robinson. Un groupe de Sudistes basés à Montréal a traversé la frontière au Vermont. Ils ont pillé trois banques, tué un homme, tenté d’incendier la ville. Puis ils sont revenus au Canada.

— Je m’en souviens vaguement, dit Morin. Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?

— Nos juges les ont relâchés, dit Robinson d’un ton neutre. Vous imaginez la réaction américaine.

Morin secoua la tête.

— Ça a dû créer une crise diplomatique.

— Exactement. C’est à ce moment que les autorités canadiennes ont commencé à collaborer discrètement avec les États du Nord, comme pour se faire pardonner. À la fin de 1864, Ermatinger et ses hommes échangeaient des informations avec les Nordistes pour contrer les espions sudistes.

— C’est instructif, chef, intervint Morin, mais comment tout cela nous rapproche-t-il de l’assassin de Rose Corbeil ?

Miss Dupuis griffonnait rapidement et sans tenir compte de la remarque de Morin, elle dit :

— Donc, il existe des dossiers, des rapports de surveillance, des noms que nous pourrions consulter. Ermatinger peut-il nous aider ?

— Pas vraiment non. Il est surtout concentré sur les Fenians.

Kelly se leva à son tour et s’étira, faisant craquer ses articulations.

— Et les Nordistes ? Ils ne faisaient rien pendant ce temps ?

— Moins visibles, mais présents, répondit Robinson. Allan Pinkerton, le célèbre détective de Chicago, dirigeait le service de renseignement des Nordistes. Ermatinger l’a même consulté à New York pour apprendre ses méthodes. Pinkerton surveillait les Sudistes et les Fenians depuis longtemps.

Kelly émit un grognement.

— Pinkerton. J’ai entendu parler de lui. Un type qui ne lâche jamais prise, à ce qu’on dit.

Morin fronça les sourcils.

— Donc, pendant quatre ans, Montréal grouillait d’espions des deux camps ?

— Et d’espions britanniques qui surveillaient les deux autres camps, ajouta Robinson. Sans oublier les opportunistes, les criminels qui profitaient du chaos pour faire du trafic.

Il se leva et marcha vers la fenêtre. Le soleil déclinait rapidement maintenant, baignant la ville d’une lumière dorée.

— Ermatinger m’a expliqué quelque chose d’important. Il m’a dit : « Pendant ces années, il y avait tellement d’or sudiste qui transitait par Montréal que certaines fortunes d’aujourd’hui ont des origines troubles. »

Le silence s’abattit sur la pièce.

Miss Dupuis fut la première à parler.

— Donc, des gens importants ont bâti leur fortune sur cet argent sudiste ?

— Et ils continuent à utiliser les mêmes réseaux, dit Robinson. Les hôtels, les banques, les passeurs clandestins. Cette infrastructure n’a pas disparu avec la fin de la guerre. Elle est toujours là, disponible pour quiconque a besoin de faire passer de l’argent, des messages, ou des hommes.

Kelly ajouta :

— Les mêmes routes qu’avant. Les mêmes complices.

— Exactement, confirma Robinson. Et c’est là que notre affaire devient compliquée. Rose Corbeil était une messagère pour les Sudistes. Elle utilisait ces réseaux. Elle connaissait ces routes, ces contacts.

Morin se rassit, pensif.

— Donc, quelqu’un qui voulait la faire taire aurait pu être un espion nordiste, un Fenian, un banquier compromis.

— Ou même un ancien espion sudiste. Pourquoi pas ? reprit Kelly.

— Ou quelqu’un qui voulait l’empêcher de révéler des secrets, ajouta Miss Dupuis. Des transactions douteuses, des trahisons, des fortunes mal acquises. Ça multiplie considérablement le lot des suspects.

Robinson retourna à son bureau et ferma le dossier de l’autopsie.

— De plus, Ermatinger ne peut pas nous aider davantage.

— Je comprends, dit Miss Dupuis. Lui aussi est tenu au secret comme espion canadien.

— Ce n’est pas seulement cela. Il voudrait nous aider plus, mais il n’est pas suffisamment au courant. Il m’a cependant dit une chose qu’il nous faudra retenir. Il nous faut être prudents. Nous parlons de gens puissants qui n’aimeront pas qu’on fouille dans leur passé.

— Alors, comment en savoir plus ? demanda Kelly.

— Ermatinger m’a quand même donné un nom : Henry Starnes.

Kelly releva brusquement la tête.

— Starnes ? Le banquier ?

— Lui-même. Starnes était déjà le directeur de la Ontario Bank pendant la guerre. Selon Ermatinger, il était le banquier des espions sudistes. L’argent transitait par sa banque.

Morin émit un sifflement.

— Et il est devenu maire de Montréal !

— Évidemment, dit Kelly avec un sourire tordu. Quand tu as géré l’or des espions, t’es capable d’acheter tous les conseillers municipaux pour te faire nommer maire.

Robinson lissa sa moustache en croc, signe qu’il réfléchissait intensément.

— Je vais rencontrer le maire Starnes demain. Avec prudence. Un homme dans sa position ne se laisse pas intimider facilement.

— Que cherchez-vous à découvrir, chef ? demanda Miss Dupuis.

— Si Rose Corbeil était encore active pour le réseau d’espions sudistes… Si elle transportait toujours de l’argent, des messages… Et surtout, si quelqu’un avait une raison de la faire taire.

Il se tourna vers Miss Dupuis et Morin.

— Vous deux, vous retournez voir Étienne Corbeil. Il est temps de tirer au clair ce qu’il savait vraiment de son épouse. Est-ce qu’il était au courant de ses activités ? Est-ce qu’il la couvrait ? Est-ce qu’il fermait les yeux en échange de l’argent qu’elle rapportait ?

Miss Dupuis hocha la tête.

— Et s’il ne savait rien ?

— Alors, il était le parfait idiot, dit Kelly durement. Une couverture respectable pour une espionne. Un mari naïf dans une ferme tranquille, loin des regards indiscrets.

Morin se leva, ajustant sa veste.

— Quand partons-nous ?

— Demain matin, répondit Robinson. Il est trop tard maintenant. Kelly, toi, tu continues à interroger tes contacts, ce soir si tu peux. Je veux savoir si quelqu’un a entendu parler de mouvements inhabituels la semaine dernière. Des étrangers à Côte-Vertu, des transactions suspectes, des gens qui posaient des questions sur Rose Corbeil.

Kelly acquiesça.

— J’ai déjà quelques pistes. Des gars qui traînent dans les tavernes près du port. Si quelqu’un a vu quelque chose, ils le sauront.

Robinson consulta sa montre de gousset. Six heures moins le quart. La lumière déclinait rapidement maintenant.

— Bien. On se retrouve ici demain à neuf heures. Miss Dupuis, n’arrive pas en retard pour une fois.

Miss Dupuis leva les yeux au ciel, mais ne répondit pas.

Les quatre détectives se levèrent, rassemblant leurs affaires. Kelly enfila son lourd manteau, Morin récupéra son chapeau melon, Miss Dupuis ferma son carnet d’un geste sec.

Alors qu’ils se dirigeaient vers la porte, Robinson les rappela.

— Une dernière chose.

Ils se retournèrent.

— Ermatinger m’a mis en garde. Il m’a dit que nous marchions sur des œufs. Que ces réseaux impliquent des gens puissants, des gens qui ont des amis au gouvernement. Des gens qui préféreraient que certains secrets restent enfouis.

Kelly grogna.

— Quand est-ce que ça nous a déjà arrêtés, chef ?

Robinson eut un sourire sans joie.

— Jamais. Mais il faut être prudents. Pas de déclarations publiques, pas de confrontations spectaculaires. Nous enquêtons discrètement jusqu’à ce que nous ayons des preuves solides. Compris ?

Les trois détectives acquiescèrent.

— Bien. Alors au travail.

Ils sortirent dans le corridor obscur. Robinson entendit leurs pas décroître dans l’escalier, puis le silence retomba. Il resta seul dans le bureau, debout près de la fenêtre. Dehors, les réverbères à gaz s’allumaient un à un, ponctuant la nuit naissante de leurs halos jaunâtres.

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