
Le soleil de midi projetait des rectangles dorés sur le plancher ciré du bureau des détectives. Par les hautes fenêtres donnant sur la place du Marché Bonsecours, Miss Dupuis observait les feuilles d’érable qui flamboyaient contre le ciel d’un bleu profond. La chaleur insolente de cette journée de septembre s’infiltrait par les fenêtres, emplissant l’atmosphère d’une chaleur étouffante.
Elle avait profité de l’heure du dîner pour rentrer chez elle se changer. Sa robe de voyage poussiéreuse, celle qu’elle portait ce matin pour aller à Côte-Vertu, avait cédé la place à une tenue plus appropriée : une jupe bleu marine ajustée, une veste cintrée de même couleur rehaussée de boutons de nacre, et un chemisier blanc à col montant fermé par une broche d’argent. Ses cheveux auburn demeuraient relevés en chignon strict, quelques mèches rebelles encadrant son visage.
La porte s’ouvrit sur Robinson et Kelly. Ce dernier s’épongea le front avec son mouchoir déjà humide.
— Sacrée chaleur pour un 27 septembre ! Soixante-dix degrés au moins ! On se croirait en plein juillet !
Miss Dupuis se leva en souriant.
— Tu as fait honneur au repas, Kelly ?
— La tourte du Blue Boar était excellente, comme toujours. Bœuf et oignons, avec une croûte qui fondait dans la bouche. Et puis les huîtres ! Fraîches du matin, ouvertes par cette belle rousse qui travaille là-bas.
Il se laissa tomber sur sa chaise, qui gémit sous son poids.
— Et toi, reprit-il en la détaillant de haut en bas, tu t’es refait une beauté à ce que je vois, Miss Dupuis. Très élégant, tout ça, dit Kelly avec un ton nettement ironique.
Miss Dupuis leva les yeux au ciel avec un sourire amusé.
— Ce n’est pas parce que je travaille dans la police que je devrais être débraillée comme toi, Kelly. Regarde-toi. Ta veste a l’air d’avoir dormi dans une écurie.
Le grand Irlandais éclata de son rire tonitruant.
— Touché ! Mais moi, vois-tu, je préfère investir dans la bière que dans les tailleurs. Chacun ses priorités !
Robinson, qui avait accroché son chapeau melon, esquissa un petit sourire. Il semblait apprécier la vivacité d’esprit de sa belle-fille. Celle-ci savait tenir tête à Kelly sans se laisser intimider par sa stature imposante.
— Au fait, reprit Kelly, tu aurais dû voir le squelette pendu derrière le comptoir du Blue Boar. Lantern-Jack qu’ils l’appellent, parce que son crâne brille sous la lampe. Un matelot noyé, paraît-il. Les gamins du port viennent le voir et poussent des cris. Crowley fait payer deux sous de plus pour les tables près du squelette !
Miss Dupuis secoua la tête avec un sourire.
— Épargne-nous les détails macabres, Kelly. Nous avons des choses plus sérieuses à…
La voix de stentor de Kelly interrompit Miss Dupuis.
— … Bon sang, Morin ! Qu’est-ce que t’as fait ?
Miss Dupuis se retourna vivement.
Morin venait d’entrer et refermait la porte derrière lui. Il prit le temps de déposer son chapeau melon sur le porte-manteau, puis se retourna vers ses collègues, le visage légèrement rouge.
Le silence se fit immédiatement dans le bureau.
Kelly s’était levé d’un bond, pointant un doigt accusateur.
— Ta moustache ! Elle a disparu !
Le visage de Morin était complètement dénudé. Sans la petite moustache qu’il s’était fait pousser pour ressembler à Robinson, il paraissait plus juvénile, presque enfantin.
Kelly contourna son bureau.
— Il était temps que tu nettoies ce qu’il y avait sous ton nez ! On voyait plus rien de ta bouche avec cette brosse à dents ! T’avais l’air d’un raton laveur qui aurait mangé de la mélasse ! Sans parler du fait que ça te donnait l’air d’avoir dix ans de plus !
Miss Dupuis se contenta de dire d’une voix posée :
— Ça te fait mieux, Morin. Vraiment. Cette moustache ne t’allait pas du tout.
Robinson observait son jeune détective avec son regard habituel, indéchiffrable derrière sa propre moustache en croc parfaitement cirée.
Morin se racla la gorge et s’installa à son bureau, évitant les regards.
— Armande n’en pouvait plus de me voir avec cette moustache. Elle m’en parlait depuis des semaines. Alors j’ai décidé après dîner de la couper sur un coup de tête.
Kelly retourna à son bureau en secouant la tête. Robinson leva la main.
— Bon. Commençons. Nous avons du travail.
Il se dirigea vers la fenêtre et croisa les bras, la lumière dorée illuminant son profil.
— Miss Dupuis, Morin. Racontez-nous votre rencontre avec Étienne Corbeil.
Miss Dupuis ouvrit son carnet et se lança dans un récit détaillé. Elle décrivit l’homme brisé qu’ils avaient trouvé dans son potager, leur promenade jusqu’à la rivière des Prairies, l’île aux Chats que Rose aimait tant.
— Corbeil nous a raconté leur rencontre au printemps 1864, pendant le Triduum pascal. Il faisait partie de la Confrérie Ville-Marie. Elle, de la Confrérie des Dames de la Sainte-Famille. Ils se sont vus pendant les offices à Notre-Dame. Ils se sont mariés en juin. Deux mois seulement après leur rencontre.
Elle tourna une page.
— Corbeil s’est aperçu assez vite qu’elle n’était pas de sa classe. Rose ne savait pas cuisiner, ne faisait pas le ménage, ne touchait jamais aux animaux. Elle s’habillait toujours comme une dame de la ville, même à la campagne. Et elle parlait français avec un accent anglais.
Robinson se redressa légèrement.
— Un accent anglais… Le maire a dit la même chose à son sujet.
— Oui. Corbeil nous l’a confirmé. Rose venait de Charleston, en Caroline du Sud. Elle s’appelait Rose Ravenel avant son mariage. Sa famille était des planteurs de coton. Des gens riches, avec de grandes terres et des domestiques.
Kelly siffla entre ses dents.
— Charleston. Ça explique tout. Une Sudiste jusqu’au bout des ongles.
Morin intervint d’un ton sec :
— Un grand naïf, ce Corbeil. Il ne savait rien d’elle. Elle disparaissait pendant des jours pour ses « sessions spirituelles ». Elle s’enfermait dans son bureau à clé. Elle refusait de partager son lit. Elle est même partie un mois complet en avril dernier, prétendument pour soigner une cousine malade. Et lui acceptait tout ça sans poser de questions ! Ça se peut pas qu’il n’ait pas été jaloux…
Robinson tourna lentement la tête vers lui.
— Tu crois vraiment qu’il l’a tuée, Morin ?
Morin hésita, passa une main sur le haut de sa lèvre fraîchement rasé.
— Je ne sais pas, chef. Ça semble peu probable, je l’admets. Corbeil n’a pas l’air d’un assassin. Mais je préfère garder cette hypothèse sans la rejeter trop vite. Un homme trompé, humilié… La jalousie peut pousser à des actes terribles.
Miss Dupuis intervint avec fermeté :
— Corbeil n’était pas trompé au sens où tu l’entends. Rose menait une vie d’espionne. Elle utilisait leur mariage comme couverture. C’est froid, c’est calculé, mais ce n’est pas de la trahison conjugale ordinaire.
— Le résultat est le même, grommela Morin.
Kelly gratta sa barbe de deux jours du revers de la main.
— J’ai interrogé les voisins hier avec Morin. On a frappé à quatre ou cinq portes. Personne ne connaissait vraiment cette femme. Elle était polie, toujours bien mise, mais distante. Une étrangère dans son propre milieu.
Miss Dupuis rouvrit son carnet.
— Corbeil nous a parlé de John Surratt. Il nous a dit que c’était le cousin de Rose. Surratt a été le témoin de Rose à leur mariage. Il venait la visiter régulièrement, parfois pour une heure ou deux.
— Son cousin ! Foutaise ! s’écria Morin.
Miss Dupuis referma son carnet.
— À la fin, j’ai demandé à Corbeil s’il connaissait des personnes proches de Rose. Il m’a donné le nom du père Larcille Lapierre, curé de l’église Saint-Jacques. C’est lui qui les a mariés. Et c’est lui qui célébrera les funérailles samedi matin. Il faudra que j’aille le rencontrer.
Robinson demeura silencieux un long moment, regardant les feuilles d’érable par la fenêtre. Puis il se retourna.
— Rose Ravenel jouait plusieurs rôles avec une précision remarquable. La fermière respectable de Côte-Vertu. La messagère élégante du St Lawrence Hall. Peut-être d’autres encore que nous ignorons. Chaque identité restait hermétiquement séparée des autres. C’est exactement le profil d’une espionne professionnelle.
Il croisa les bras.
— Je préfère suivre cette piste. Si on abandonne l’hypothèse de l’assassinat d’une prostituée, ce qu’elle n’était manifestement pas, ou celle de la jalousie du mari, nous venons de décupler les suspects. Cette femme se mettait en danger régulièrement. Elle transportait de l’argent, des messages, elle fréquentait des hommes dangereux.
Un silence pesant s’installa. Kelly se redressa sur sa chaise. Morin cessa de prendre des notes. Miss Dupuis referma son carnet.
— J’ai rencontré le maire Starnes ce matin, dit Robinson.
Les trois détectives le regardèrent avec surprise. Kelly ouvrit la bouche, puis la referma.
Robinson raconta sa visite au maire. Les noms de John Surratt, Jacob Thompson et Georges Sanders. Le million de dollars en or transitant par les banques montréalaises.
Il fit quelques pas.
— Starnes m’a également parlé du surnom de Rose chez les Nordistes. Ils l’appelaient « la dame voilée ». Thompson, le chef des opérations sudistes, la trouvait « impénétrable ». Il disait qu’on ne savait jamais ce qu’elle pensait vraiment.
Miss Dupuis hocha lentement la tête.
— C’est exactement ce qu’elle a fait avec Corbeil.
— Exactement, confirma Robinson. Corbeil n’était qu’un pion. Une couverture parfaite.
Morin se pencha en avant.
— Et ces hommes ? Où sont-ils maintenant ?
— Surratt a disparu. Il est poursuivi activement pour complot sur l’assassinat de Lincoln. Thompson s’est enfui avec l’argent sudiste. Il ne reste que Sanders qui loge souvent au St Lawrence Hall. Je compte lui rendre visite ce soir.
Robinson se tourna vers Kelly.
— Et toi ? Tu as du nouveau ?
Le grand Irlandais se cala dans sa chaise et sortit sa pipe.
— J’ai revu un copain sur le quai du port ce matin. Un Irlandais comme moi. Son nom est Sean. On se connaît depuis des années. Au début, Sean était mon indicateur. Puis on est devenus copains de beuverie.
Kelly tourna sa pipe entre les doigts. Elle était éteinte. La chef interdisait que l’on fume dans le bureau trop étroit des détectives.
— Ce matin, je suis allé le voir sur les docks. Je lui ai payé quelques bières et je lui ai posé des questions sur Rose Corbeil. Je lui ai dit qu’elle était peut-être une messagère pour les Sudistes pendant la guerre de Sécession.
Robinson s’approcha.
— Continue.
— Sean ne connaissait pas Rose personnellement. Mais il connaissait la route des messagers qui allaient jusqu’à Washington et Richmond. Il l’avait empruntée lui-même, d’une certaine façon. Sean avait travaillé sur l’un des ferries qui faisaient partie de cette route.
Kelly déposa sa pipe et continua :
— Il m’a expliqué toute la route. Les messagers partaient de Montréal. Ils descendaient le fleuve jusqu’à Prescott, traversaient à Ogdensburg, là où Sean travaillait. Puis c’était le train : Syracuse, Albany, les grandes villes. New York, Philadelphie. Parfois jusqu’à Richmond, la capitale des Sudistes.
— Une route bien établie, commenta Miss Dupuis.
Kelly se retourna vers l’équipe.
— C’est sûr. Sean a surtout insisté sur la portion fluviale américaine. Il a travaillé pendant deux ans sur ces ferries. Et il m’a raconté des choses intéressantes.
— Quel genre de choses ? demanda Miss Dupuis.
— Sur ces traversiers, il y avait plusieurs espions sudistes. Tout le monde le savait. Les marins, les capitaines, les débardeurs. Mais personne ne disait rien parce que ça rapportait. Les espions payaient bien pour le silence. Un dollar ici, deux dollars là. Parfois plus pour un passage de nuit, quand la surveillance était moins stricte.
Il se pencha en avant, les coudes sur les genoux.
— Mais c’était très risqué pour les marins qui travaillaient sur ces ferries. La police nordiste surveillait ces passages. Ils avaient des informateurs partout. Quand ils capturaient un ferry avec des espions dedans, ils arrêtaient tous les employés. Tous. Capitaine, matelots, chauffeurs, cuisiniers. Ils les emmenaient dans des prisons militaires et les interrogeaient pendant des jours.
Morin fronça les sourcils.
— Ils torturaient ?
Kelly haussa les épaules.
— Sean ne m’a pas parlé de torture. Mais il m’a dit que certains marins ne sont jamais revenus. Disparus. Peut-être morts, peut-être emprisonnés quelque part. Personne ne savait. Les familles ne recevaient jamais de nouvelles.
Un silence pesant s’installa dans le bureau. Robinson fixait Kelly avec intensité.
— Sean t’a-t-il donné un nom ? Celui qui dirigeait ces opérations ?
Kelly hocha lentement la tête.
— Oui. Le plus méchant de ces policiers, selon les dires de Sean, était leur chef : un certain Lafayette Baker.
Robinson se redressa brusquement. Ce nom, il le connaissait. Ermatinger lui en avait parlé. Lafayette Baker : le chef des services secrets des Nordistes pendant la guerre de Sécession. Cet homme traquait sans relâche les conspirateurs de l’assassinat de Lincoln. Un homme brutal, sans scrupules, qui opérait comme une police secrète.
— Baker, répéta Robinson pensivement. Oui, je connais ce nom. Un personnage controversé. Violent. Impitoyable.
Kelly reprit :
— Sean disait que Baker était un démon. Que ses hommes, les « Baker’s Rangers » comme on les appelait, étaient des brutes. Qu’ils arrêtaient sans mandat, emprisonnaient sans procès, et faisaient disparaître ceux qui refusaient de parler.
Robinson se dirigea vers la fenêtre et croisa les bras, le regard perdu sur les toits de Montréal.
— Et c’est pour cette raison que Sean a quitté les ferries ?
— Ben oui, chef. À un moment donné, il a trouvé que c’était trop risqué. Il gagnait bien sa vie, certes. Mais il préfère charger des caisses de farine quinze heures par jour que de finir pendu ou jeté au fond du Saint-Laurent.
Kelly reluqua du côté de sa pipe avec l’envie irrésistible de l’allumer, mais il ne le fit pas. Il continua :
— Il m’a dit quelque chose d’intéressant avant que je parte. Il m’a dit : « Kelly, ces espions sudistes, c’étaient pas des amateurs. C’étaient des professionnels. Ils avaient des codes, des contacts, des safehouses partout le long de la route. Et ils se protégeaient entre eux. Si l’un d’eux tombait, les autres disparaissaient comme de la fumée. »
Robinson se dirigea vers la fenêtre, les mains croisées derrière le dos.
— Ce qui signifie que, si Rose Ravenel a été tuée, ce n’était probablement pas par un étranger à ce réseau complexe. C’était quelqu’un qui la connaissait. Quelqu’un qui faisait partie de ce monde d’espionnage.
— Exactement ce que je me suis dit, approuva Kelly.
Miss Dupuis leva la main.
— Mais si Baker était si redoutable, comment se fait-il que Rose ait pu opérer pendant des années sans être capturée ?
Robinson lissa sa moustache.
— Bonne question. Soit elle était extraordinairement prudente, soit elle avait de la protection. Ou les deux.
Il fit quelques pas.
— Il y a plusieurs possibilités.
Il marqua une pause.
— Mais pour l’instant, nous n’avons pas assez d’éléments. C’est pourquoi nous devons continuer.
Miss Dupuis se leva du bureau où elle était assise depuis le début. Elle lissa sa robe machinalement.
— Donc, si je résume : Rose Ravenel était une espionne professionnelle. Elle travaillait pour les Sudistes. Elle transportait messages et argent entre Montréal et les États du Sud. Elle était payée généreusement. Elle menait une double vie parfaite. Et maintenant elle est morte, étranglée dans un champ. La question est : qui l’a tuée et pourquoi ?
— Exactement, dit Robinson.
Il fit quelques pas dans le bureau, les mains croisées derrière le dos. Les éléments de l’affaire commençaient à se rejoindre, mais le tableau restait incomplet. Trop de zones d’ombre. Trop de questions sans réponses.
— Il y a plusieurs possibilités. Première hypothèse : des représailles nordistes. Si Baker ou ses hommes ont finalement découvert qui elle était, ils auraient pu la tuer.
Miss Dupuis hocha la tête et ajouta :
— Deuxième hypothèse : un différend financier. Si Rose transportait de grosses sommes, elle aurait pu être tentée de garder une partie pour elle. Ou quelqu’un aurait pu croire qu’elle l’avait fait. Ou encore, quelqu’un aurait tout simplement voulu la voler.
Kelly ajouta :
— Troisième hypothèse : un conflit interne. Rose savait peut-être quelque chose de compromettant sur l’un de ses complices. Elle représentait un danger. On l’a éliminée.
Morin dit :
— Quatrième hypothèse : Corbeil. Je sais que Miss Dupuis pense qu’il est innocent, mais un homme jaloux peut faire des choses terribles. Même un homme naïf.
Robinson leva la main pour interrompre l’énumération.
— Toutes ces hypothèses sont valables. Mais pour l’instant, nous n’avons pas assez d’éléments pour en privilégier une. C’est pourquoi nous devons continuer à creuser. À interroger. À chercher.
Morin leva la main.
— Chef, ne vaudrait-il pas la peine d’aller fouiller à Côte-Vertu ? Dans le bureau que Rose gardait fermé à clé. Peut-être y trouverions-nous des lettres, des documents.
Robinson secoua lentement la tête.
— J’en doute. Cette femme était extrêmement prudente. Elle n’aurait sûrement rien laissé chez elle. Mais c’est quelque chose que je garde en réserve.
Il se tourna vers l’équipe.
— Voici ce que nous allons faire. J’irai rencontrer Georges Sanders ce soir. C’est probablement l’un des seuls témoins qui pourraient nous en dire plus sur Rose.
Il se tourna vers Miss Dupuis.
— Toi, tu vas suivre la piste du père Larcille Lapierre. Va le voir rapidement. C’est lui qui a marié Rose et Corbeil. Il en connaît certainement plus sur elle que son mari. Et un prêtre entend des confessions.
Miss Dupuis hocha la tête. Robinson se tourna vers Kelly et Morin.
— Pour vous deux, il est temps de vous occuper des autres dossiers. Et il y en a pas mal qui traînent.
Le visage de Morin se ferma immédiatement. Ses mâchoires se serrèrent.
— Chef, je pensais que nous allions tous continuer sur l’affaire Corbeil.
— Pour le moment, Miss Dupuis et moi avons assez d’éléments pour avancer. Les autres dossiers ne peuvent pas attendre. Des crimes ont été commis. Des victimes attendent que justice soit faite.
Kelly haussa les épaules.
— Ça me va, chef. J’ai trois vols à élucider, deux agressions et un incendie suspect dans Griffintown. Sans parler de cette histoire de fausse monnaie. Viens m’aider, Morin. On va commencer par l’incendie. J’ai un témoin qui prétend avoir vu quelqu’un s’enfuir avec un bidon.
Morin serra les poings. Il jeta un regard vers Miss Dupuis, qui évitait de croiser ses yeux. Une rougeur monta à ses joues.
— Bien, chef, marmonna-t-il entre ses dents.
Robinson observa la scène sans rien dire. Il connaissait la rivalité entre Morin et Miss Dupuis. Il voyait aussi l’attirance refoulée du jeune homme pour la belle Miss Dupuis.
— C’est tout pour aujourd’hui.
Les détectives se levèrent. Kelly enfila sa veste. Morin ramassa ses affaires en silence, la mâchoire serrée. Miss Dupuis rangea son carnet.
Ils sortirent un à un. Robinson retourna vers la fenêtre. Le soleil déclinait sur la place du Marché Bonsecours. Les ombres s’allongeaient sur les pavés. Quelque part dans cette ville, un assassin marchait librement. Un homme qui avait étranglé Rose Ravenel et l’avait abandonnée dans un champ.
Robinson sortit sa montre de gousset. Six heures moins le quart. Il avait le temps de rentrer, de se changer, puis de se rendre au St Lawrence Hall. Sanders serait là. Et peut-être, enfin, il obtiendrait des réponses. Il remit sa montre dans sa poche, prit son chapeau melon, et quitta le bureau.
Dehors, l’automne montréalais flamboyait sous un ciel d’un bleu profond. Les feuilles d’érable dansaient dans la brise légère. La température demeurait exceptionnellement douce. Mais, sous cette beauté se cachait quelque chose de sombre. Quelque chose qui attendait d’être découvert. Un réseau complexe de secrets et de mensonges. Et quelque part dans ce réseau, la clé du meurtre.
Il releva le col de sa veste et se mit en route vers sa maison.
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