
Le bureau des détectives baignait dans la lumière dorée du matin. Par les hautes fenêtres donnant sur la place du Marché Bonsecours, Robinson observait les feuilles d’érable qui flamboyaient de rouge et d’orange contre le ciel d’un bleu profond. En ce matin du jeudi 27 septembre, la température promettait d’atteindre les 70 degrés Fahrenheit avant midi, et même plus. Quel automne fabuleux !
Sa montre de gousset marquait neuf heures moins dix. Il rajusta sa moustache en croc devant le petit miroir accroché près de la porte, vérifia l’ajustement de sa veste sombre, puis prit son chapeau melon.
Kelly traînait encore au bureau, les pieds sur une chaise. Miss Dupuis et Morin étaient partis interroger Étienne Corbeil, le veuf de Rose. Il leva les yeux de son bureau encombré de dossiers et dit :
— Vous sortez, chef ?
— Non. Je reste dans l’édifice. Je dois voir le maire.
Il ouvrit la porte et sortit dans le corridor.
Le couloir sentait l’encaustique et le papier poussiéreux. Robinson le connaissait par cœur : les lattes de plancher qui craquaient, les portraits de notables accrochés aux murs, la rampe d’escalier polie par des milliers de mains. Mais ce matin, ce corridor familier lui semblait étrangement long.
Il traversa la section est de l’édifice, celle dédiée à la police, et passa la limite invisible qui marquait le territoire municipal. Ici, les portes arboraient des plaques de cuivre identifiant les services de la ville : finances, travaux publics, secrétariat.
Un conseiller municipal qu’il connaissait vaguement le croisa et le salua d’un hochement de tête. Robinson répondit poliment, conscient que sa présence dans cette aile serait remarquée. Dans un édifice où policiers et fonctionnaires municipaux se côtoyaient quotidiennement, les visites du chef des détectives au maire ne passaient jamais inaperçues.
Au bout du couloir ouest, une porte massive en chêne. Une plaque de cuivre annonçait : Henry Starnes, Maire de Montréal.
Robinson s’arrêta un instant. Le malaise qu’il ressentait était tangible. Il allait interroger son patron politique, l’homme qui, par son influence au conseil municipal, déterminait en partie le budget de la police. Et il allait le faire dans le même édifice où travaillaient ses propres détectives, séparés de lui par un simple couloir.
Il frappa deux coups.
— Entrez.
Le bureau du maire reflétait la double nature de l’homme qui l’occupait. D’un côté, les symboles du pouvoir municipal : portraits de notables, le drapeau britannique dans un coin, une carte détaillée de Montréal épinglée au mur. De l’autre, les outils du banquier, directeur de la Ontario Bank : un coffre-fort imposant, des registres reliés en cuir alignés sur des étagères, une balance de comptoir en laiton posée sur un meuble d’appoint.
Henry Starnes se tenait debout près de la fenêtre, observant la rue en contrebas. À cinquante ans, cet homme de taille moyenne au visage allongé et à la barbe soigneusement taillée dégageait une assurance tranquille. Il portait un costume trois-pièces de drap fin, une chaîne de montre en or barrant son gilet. Ses cheveux grisonnants étaient peignés vers l’arrière avec soin.
Il se retourna, offrant un sourire mesuré.
— Chef Robinson. Ponctuel comme toujours. Quelle commodité que de partager le même édifice, n’est-ce pas ? Cela facilite tellement nos échanges.
Le ton était cordial, mais Robinson y perçut une pointe d’ironie. Starnes aussi ressentait l’étrangeté de cette proximité.
— Monsieur le maire, répondit simplement Robinson.
Starnes désigna un fauteuil de cuir capitonné devant son bureau massif.
— Je vous en prie. Puis-je vous offrir un thé ? Du café ? … Ou quelque chose de plus… vivifiant ?
— Non, merci.
Starnes contourna son bureau et s’installa dans son propre fauteuil. Il croisa les mains devant lui, adoptant l’attitude d’un homme habitué aux négociations délicates.
— Votre message mentionnait une affaire urgente. J’avoue que votre discrétion m’a intrigué.
Robinson posa son chapeau sur ses genoux.
— Il s’agit de l’affaire Rose Corbeil. La femme retrouvée morte à Côte-Vertu lundi dernier.
Le visage de Starnes demeura impassible, mais ses doigts se crispèrent légèrement.
— Oui. Terrible histoire. Les journaux en ont parlé. Une affaire de jalousie conjugale, d’après ce que j’ai lu ?
— C’est une possibilité. Mais notre enquête nous mène dans d’autres directions.
Robinson marqua une pause, observant attentivement le maire. Il ajouta :
— Des directions qui touchent à des sujets… délicats.
Starnes décroisa les mains et se cala dans son fauteuil.
— Délicats ?
— Rose Corbeil n’était pas une simple fermière de Côte-Vertu. Elle menait une double vie. Elle était messagère. Pour les Sudistes.
— Ah ! Les Sudistes… Je vois.
Starnes jeta un coup d’œil vers Robinson, jaugeant sans doute ce que le chef des détectives pouvait savoir de ses propres transactions avec les Sudistes. Quelque chose dans le regard impassible de Robinson dut le convaincre qu’il en savait déjà beaucoup. Il finit par ajouter, une note de résignation dans la voix :
— Je vois…
Le silence s’installa dans le bureau. Par la fenêtre ouverte leur parvenaient les bruits de la rue : le roulement d’une charrette, les cris d’un vendeur de journaux, le tintement lointain d’une cloche d’église.
Starnes se leva brusquement et se dirigea vers la fenêtre. Il demeura là, le dos tourné, les mains croisées derrière lui.
— Chef Robinson, vous me placez dans une position difficile si vous voulez me poser des questions à ce sujet.
— Je le comprends, monsieur le maire.
— Vraiment ? dit Starnes sans se retourner. Comprenez-vous que certaines… affiliations passées… relevaient de décisions politiques qui nous dépassaient tous ? Que la neutralité canadienne pendant la guerre de Sécession exigeait une certaine… souplesse ?
Robinson se leva à son tour et s’approcha de la fenêtre, se plaçant légèrement en retrait de Starnes.
— Je ne suis pas ici pour juger les choix politiques du Canada pendant la guerre de Sécession. Je suis ici parce qu’une femme a été étranglée. Et que son assassin court toujours.
Starnes se tourna enfin vers lui. Ses yeux bleu-gris trahissaient une inquiétude soigneusement contrôlée.
— Qu’attendez-vous de moi exactement ?
— Des informations. Des noms. Des connexions.
— Vous me demandez de trahir la confiance de…
— … De gens qui n’ont plus de pouvoir, l’interrompit doucement Robinson. La guerre est terminée depuis dix-huit mois. La Confédération du Sud n’existe plus. Ce qui reste, c’est un réseau d’hommes qui tentent de survivre, de fuir, ou de se reconstruire. Et peut-être, parmi eux, un assassin.
Starnes retourna à son bureau et ouvrit un tiroir. Il en sortit une carafe de cristal remplie d’un liquide ambré et deux verres.
— Finalement, je crois que nous prendrons tous deux un cognac.
Il versa deux mesures généreuses et en tendit l’un des deux verres à Robinson, qui accepta. Starnes vida le sien d’un trait. Robinson se contenta d’y tremper les lèvres.
— Avant de continuer, dit Starnes en se rasseyant, je dois savoir quelque chose. Cette conversation demeure-t-elle confidentielle ?
— Dans la mesure où elle ne compromet pas mon enquête.
— Ce n’est pas une réponse très rassurante.
Robinson vint se rasseoir à son tour et posa son verre sur le bureau.
— Monsieur le maire, je vais être direct. William Ermatinger m’a conseillé de venir vous voir.
Le nom produisit l’effet escompté. Starnes se redressa imperceptiblement.
— Ermatinger ? Vous… vous êtes en contact avec lui ?
— Il a dîné avec moi hier. Il m’a expliqué le contexte général. Les réseaux d’espionnage pendant la guerre. Le rôle de Montréal. Mais il ne pouvait pas, ou ne voulait pas, entrer dans les détails. Il m’a dit que vous, en revanche, connaissiez les aspects… financiers.
Starnes se massa les tempes.
— Ermatinger joue un jeu dangereux en vous envoyant vers moi.
— Ou un jeu très prudent, au contraire. Il protège ses sources tout en s’assurant que la vérité émerge.
— Et si je refuse de parler ?
Robinson reprit son verre et le fit tourner lentement entre ses doigts.
— Alors je continuerai mon enquête par d’autres moyens. Je frapperai à d’autres portes. Je poserai des questions moins discrètes. Et tôt ou tard, quelqu’un parlera. Quelqu’un qui n’aura pas votre… prudence.
Il leva les yeux vers Starnes.
— Les journaux américains adorent ce genre d’histoires. Une espionne sudiste assassinée au Canada. Les transactions bancaires qui ont financé le terrorisme sudiste. Les noms des complices canadiens…
— C’est du chantage, dit Starnes froidement.
— Non. C’est une enquête criminelle. Je vous offre la possibilité de contrôler ce qui sera révélé. Et ce qui restera secret.
Le tic-tac de l’horloge murale emplit le silence. Starnes se leva de nouveau et marcha vers la carte de Montréal épinglée au mur. Il la fixa longuement, comme s’il y cherchait une réponse.
— Que savez-vous déjà ? demanda-t-il finalement.
— Que Rose Corbeil transportait des messages et de l’argent. Qu’elle était accompagnée souvent d’un jeune homme, probablement John Surratt. Que l’argent transitait par des banques montréalaises. Que le St Lawrence Hall servait de quartier général.
Starnes hocha lentement la tête.
— Vous en savez déjà beaucoup.
— Pas assez. Pas les noms précis. Pas les montants. Pas qui payait Rose exactement.
Starnes retourna à son bureau et se rassit. Il fixa Robinson encore indécis sur ce qu’il allait dire. Enfin, il se décida à lâcher :
— Jacob Thompson était sans doute le plus important à l’époque. Il dirigeait l’ensemble des opérations.
Le maire hésita encore une fois comme s’il en avait trop dit. Comme Robinson attendait la suite, il ajouta :
—Il y avait bien aussi Georges Sanders… Sanders était le théoricien, le stratège.
Après une pause assez longue, Robinson dit :
— C’est tout ?
— Vous en avez suffisamment avec ces deux-là pour continuer votre enquête.
— Ah, vraiment ?
Un ange passa à nouveau avant que Robinson reprenne la parole :
— Et Rose Corbeil, que pouvez-vous me dire de plus sur elle ?
— Elle était une des messagères des Sudistes. Une parmi d’autres, mais redoutablement efficace. On la surnommait « la dame voilée » chez les Nordistes. Parce qu’elle était insaisissable, sans doute. Elle portait toujours un chapeau à voilette qui lui cachait la moitié du visage,
Starnes marqua une pause, semblant peser ses mots.
— Je ne la connaissais pas personnellement. Vous comprenez, je ne faisais que gérer les transactions. Mais au St Lawrence Hall, j’entendais des choses. Thompson et Sanders parlaient d’elle. Ils disaient qu’elle venait de Caroline du Sud, d’une excellente famille. Une femme d’une beauté remarquable, toujours élégante. Mais distante. Très distante. Même avec ceux qui étaient ses contrôleurs.
— Distante comment ?
Starnes haussa légèrement les épaules.
— Thompson la trouvait… impénétrable, c’est le mot qu’il utilisait. Il disait qu’on ne savait jamais ce qu’elle pensait vraiment. Qu’elle livrait juste assez d’elle-même pour qu’on lui fasse confiance, mais jamais trop. Une chose est sûre, elle savait comment obtenir des informations.
Robinson fronça les sourcils.
— On dit que les espionnes utilisent parfois… Comment dire ?… D’autres moyens que les hommes pour obtenir des informations.
Starnes hocha lentement la tête.
— Thompson m’a raconté qu’elle savait charmer quand c’était utile à la Cause. Pas de la façon vulgaire que vous imaginez peut-être. C’était plus subtil. Un regard, une conversation intime, une promesse implicite. Elle faisait croire aux hommes qu’ils avaient une chance. Et pendant qu’ils rêvaient, elle écoutait, observait, prenait note. Puis elle disparaissait.
Il eut un sourire amer.
— La « dame voilée » ne se dévoilait jamais vraiment.
Après une pause, Robinson reprit :
— Vous semblez bien connaître ce milieu. Cela m’intrigue : pourquoi une femme ?
Starnes eut un sourire sans joie.
— Parce qu’une femme élégante attire moins les soupçons qu’un homme suspect. Parce qu’elle peut voyager avec des malles remplies de robes sous lesquelles se cachent des messages ou de l’or. Parce que les douaniers sont moins rigoureux avec les dames.
— Elle recevait de l’argent ?
Starnes hésita, puis hocha la tête.
— Des sommes régulières. Entre cinquante et cent dollars par mois. Une fortune pour une femme de son milieu.
Robinson fronça les sourcils.
— Pourtant, elle vivait modestement à Côte-Vertu.
— C’est ce qui rendait son jeu efficace. Je l’ai vue quelques fois au St Lawrence Hall quand elle venait pour des transactions. Une vraie dame. Elle portait une robe de soie et des gants en dentelle, et parlait français avec un accent anglais.
Le maire marqua une pause.
— Puis un collègue m’a dit l’avoir croisée à Côte-Vertu. Elle portait une robe simple, mais de bonne qualité, un châle ordinaire, les cheveux coiffés modestement. Toujours élégante, certes, mais… différente. Plus effacée. Plus discrète. Il m’a dit qu’il avait failli ne pas la reconnaître. Ce n’était pas les vêtements qui changeaient tant, c’était… son attitude. Sa façon de se tenir. Comme si elle devenait quelqu’un d’autre.
Starnes secoua la tête avec une sorte d’admiration réticente.
— Deux femmes différentes. Ou peut-être aucune des deux n’était vraiment elle. Je n’en sais rien. Je ne faisais que signer les reçus.
Robinson hocha la tête en silence, puis il reprit :
— Et d’où venait cet argent ?
— De comptes gérés par Thompson. L’argent transitait par… par certaines banques montréalaises.
— La Ontario Bank, par exemple ?
Le silence de Starnes valait toutes les confirmations.
— Et par la Banque de Montréal aussi, ajouta-t-il finalement. Thompson gérait environ un million de dollars. En or et devises fortes. C’était son budget pour les opérations clandestines.
Robinson nota mentalement les informations.
— Un million de dollars, c’était une somme colossale ! Et l’homme qui accompagnait Rose : Surratt. Quel était son rôle ?
— John Surratt, confirma Starnes. Le fils de Mary Surratt, la femme pendue après l’assassinat de Lincoln. On le soupçonne même d’avoir participé au complot. À l’époque, c’était un courrier sudiste, comme Rose. Ils travaillaient souvent ensemble.
— Étaient-ils… amants ?
Starnes secoua la tête lentement.
— Je ne le crois pas. Je les ai vus ensemble au St. Lawrence Hall à quelques reprises, quand ils venaient pour l’argent. Elle écoutait ses conseils, suivait ses directives. Professionnelle, certes, mais c’était lui qui menait. Thompson m’a confirmé que Surratt l’avait formée, qu’il lui avait montré les ficelles du métier.
Il marqua une pause.
— Mais encore une fois, c’étaient des impressions. Cette femme… elle ne laissait rien paraître qu’elle ne voulait pas montrer.
— Et Surratt ? Il recevait aussi de l’argent ?
— Oui. Des montants similaires.
Robinson se pencha en avant.
—Et où puis-je trouver ces messieurs ?
Starnes se leva et marcha vers le coffre-fort. Il composa la combinaison et l’ouvrit, en sortit un dossier mince. Il le feuilleta rapidement.
— Thompson s’est enfui après la guerre. Il a vidé les comptes des Sudistes et refuse de rendre l’argent. Il prétendait que c’était une compensation pour ses pertes de propriété.
— Donc impossible à interroger. Et Surrat.
— Même chose. Personne ne sait ce qu’il est devenu.
— Et Sanders ?
— George Sanders. Celui-là, vous pouvez le trouver facilement. Il loge au St Lawrence Hall. Un homme dans la soixantaine, cheveux gris, barbe fournie. Il boit beaucoup et parle encore plus.
Starnes referma son dossier et le remit dans le coffre-fort. Puis il revint s’asseoir.
— La plupart de ces espions étaient puissants pendant la guerre. Maintenant, ce sont des fantômes. Des hommes sans pays, sans fortune. Sauf Thompson, qui a volé l’argent sudiste.
— Mais ils ont encore des contacts. Des loyautés.
— Peut-être. Ou peut-être qu’ils se méfient les uns des autres. La défaite crée des ressentiments. Des accusations de trahison, de lâcheté, de vol.
Robinson se leva et remit son chapeau.
— Une dernière question, monsieur le maire. Rose Corbeil était-elle toujours active cet été ? Transportait-elle encore des messages, de l’argent ?
Starnes détourna le regard.
— Je… je ne peux pas répondre avec certitude. Les transactions bancaires sont confidentielles.
— Même dans une enquête criminelle ?
— Il y a des limites à ce que je peux révéler sans compromettre la banque.
Robinson enfila son chapeau.
— Alors j’irai poser la question ailleurs.
Il se dirigea vers la porte, mais la voix de Starnes l’arrêta.
— Robinson.
Le détective se retourna. Le maire s’était levé et le fixait avec une intensité nouvelle.
— Soyez prudent. Ces hommes… ils ont l’habitude de tuer. Le raid de St. Albans, les tentatives d’incendier New York, les sabotages. Ce n’étaient pas des jeux. C’était la guerre. Et certains d’entre eux ne comprennent pas qu’elle est terminée.
— Vous pensez que l’un d’eux a tué Rose Corbeil ?
Starnes se tut un long moment, le regard perdu par la fenêtre, puis il se retourna vers Robinson
— Ces réseaux d’espionnage… ils fonctionnaient sur la confiance, mais aussi sur les secrets. Chacun détenait des informations compromettantes sur les autres. C’était une protection mutuelle, mais aussi une menace permanente. Si Rose avait découvert quelque chose qu’elle n’aurait pas dû savoir… Si elle était devenue un risque…
Il laissa sa phrase en suspens.
— Ces hommes ont l’habitude d’éliminer les problèmes, chef Robinson. Froidement. Méthodiquement. Rose était loyale à la Cause, mais la loyauté ne protège pas toujours. Parfois, elle rend encore plus dangereux.
Starnes secoua la tête.
— Maintenant, je vous ai dit tout ce que je pouvais. Pour le reste, allez voir Sanders. Il était proche de Rose. Il connaissait les tensions entre les différents agents. Si quelqu’un peut vous dire qui avait une raison de la tuer, c’est lui.
Robinson hocha la tête et ouvrit la porte. Avant de sortir, il se retourna une dernière fois.
— Merci, monsieur le maire. Cette conversation restera confidentielle. Dans les limites de mon enquête.
— Je n’en espérais pas davantage.
Robinson descendit le corridor lentement, réfléchissant aux informations qu’il venait d’obtenir. Quatre noms. Un million de dollars. Un réseau d’espionnage qui avait peut-être survécu à la guerre. Et quelque part dans ce réseau, un assassin.
Et surtout, une femme. Rose Ravenel, « la dame voilée ». Une femme qui jouait plusieurs rôles avec une telle perfection que personne ne savait qui elle était vraiment. Une femme assez habile pour tromper les Nordistes, assez froide pour compartimenter sa vie, assez mystérieuse pour qu’un banquier qui ne faisait que signer ses reçus la trouve insaisissable.
L’horloge du corridor marquait onze heures et demie. Robinson retourna vers le bureau des détectives. Il avait pris l’habitude d’inviter occasionnellement ses subalternes à dîner. Certes, il était un peu tôt, mais Kelly ne refusait jamais un repas, quelle que soit l’heure.
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